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L’art poétique vit un vrai renouveau

Le Printemps de la poésie, rendez-vous romand foisonnant, est au diapason d’un art qui a cessé d’intimider pour transcender toutes les frontières.

Antonio Rodriguez, directeur du Printemps de la poésie devant l'une des affiches de l'événement mettant en scène Victor Hugo.
Antonio Rodriguez, directeur du Printemps de la poésie devant l'une des affiches de l'événement mettant en scène Victor Hugo.
FLORIAN CELLA

Has been, la poésie? Antonio Rodriguez a voulu en avoir le cœur net. Lorsqu’il a créé poesieromande.ch en 2011, ce professeur de français de l’Université de Lausanne et poète souhaitait dresser un état des lieux de la pratique. Avec une centaine de poètes recensés en Suisse romande, elle est apparue d’emblée bien vivante. «Il faut juste trouver comment en parler. En prenant le grand modèle Ramuz, Gustave Roud, Philippe Jaccottet, on opte pour une construction plutôt vaudoise de la poésie romande.» Exit les femmes, les auteurs des autres cantons. Les Maurice Chappaz, Corinna Bille, Alexandre Voisard ou Anne Perrier. Sans oublier l’Anglais Lord Byron: «Le paysage lémanique a été pour les romantiques une immense source d’inspiration.»

Parmi la riche production des auteurs vivants, Antonio Rodriguez ne souhaite pas mettre de noms en avant: «Faut-il élire le grand poète de demain? Nous pensons qu’il est mieux de rendre visible toutes les pratiques, et les intermédiaires qui permettent de les faire connaître.» De ce positionnement est né un Printemps de la poésie déjà conséquent en 2016. Sa troisième édition offrira du 12 au 24 mars une affiche foisonnante, avec plus de 120 événements. En préambule dès mercredi à L’UNIL, les premières Assises de la poésie réfléchiront à sa transmission.

Revivifiée auprès des jeunes par le rap ou le slam, affranchie des pages imprimées pour s’envoler sur les réseaux sociaux, la poésie, bien loin des sonnets, échappe désormais à une forme définie. Elle peut se livrer sur Twitter en 140 caractères comme dans une chanson. L’attribution du Prix Nobel de littérature à Bob Dylan l’a d’ailleurs montré. L’acte poétique se nourrit aussi de performances, de dialogues avec la musique ou les arts visuels.

Réseaux de poètes

Ses déploiements numériques l’ont par ailleurs affranchie des voies éditoriales classiques. Le Vaudois Marc Rosset écrivait des haïkus à côté d’une activité professionnelle prenante. Il a créé en 1995 poesie.org et a été surpris par sa résonance. Les visites du site, momentanément en pause pour des raisons techniques, avaient grimpé jusqu’à 1000 visites par jour: «Ça a ouvert la possibilité d’être lu sans avoir à passer par le papier.» Quitte à y venir par la suite: «La Québécoise Luci-Louve Mathieu s’est fait connaître par le site et a ensuite été publiée.» Il évoque la création de réseaux inédits et transfrontaliers, ainsi qu’un «esprit haïku»: «Il y a une collaboration pour arriver à la meilleure version possible, l’un propose un texte, d’autres l’améliorent, on construit ensemble.»

Cette érosion des frontières et cet esprit collaboratif caractérisent aussi ce qui naît au «Printemps»: «Ce qui se crée aujourd’hui dans le monde en poésie n’est plus lié à une capitale littéraire. La Suisse romande n’a plus besoin de passer par Paris», remarque son instigateur. Mieux, les grandes villes se montrent intéressées par cette émulation créative, où la force collective du réseau produit des créations inédites. New York collaborera ainsi à l’édition 2019.

Denise Mutzenberg, fondatrice des Éditions Samizdat avec sa sœur Claire Krähenbühl, observe que depuis l’éclosion de la maison genevoise il y a 25 ans, le statut de la poésie a fondamentalement changé: «Quand on a commencé, il y avait attaché au mot poésie quelque chose de désuet, d’inaccessible, ou lié à l’enfance. Aujourd’hui, on n’en a plus peur.» Samizdat a toujours accompagné les sorties de livres de lectures publiques. Une pratique marginale à l’époque. Depuis, les événements se sont multipliés, de Poésie en ville à Genève aux Salves poétiques à Morges.

Manuscrits hybrides

Les ventes de livres, par contre, demeurent discrètes. Dans le corps du texte cependant, les choses bougent aussi: «On reçoit de plus en plus de manuscrits qui ne sont ni des vers ni des romans, mais des hybrides», remarque Denise Mutzenberg. Corollaire: les contours de ce qu’est la poésie sont devenus plus flous. Pour la Genevoise, «c’est une forme d’écriture qui va au cœur des choses, le noyau de la réalité». Loin de l’élégante ornementation, du pur jeu de l’esprit, l’art poétique vise à «dire l’indicible: naître, mourir, s’endormir, évoquer la puissance de l’instant. Pour cela, il faut s’arrêter, observer, réfléchir, estime Antonio Rodriguez. Une pratique salvatrice dans un monde où notre attention est sans cesse dirigée vers des objets de consommation.»

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