L'Art Brut et ses bâtisseurs de cathédrales, on aime

ExpositionPour sa deuxième biennale thématique, Lausanne réunit les architectures d'une cinquantaine de créateurs historiques.

Décédé en 2000, le Bellerin Benjamin Bonjour s'était mis au dessin à la soixantaine pour créer un monde rythmé d'intenses contrastes chromatiques.

Décédé en 2000, le Bellerin Benjamin Bonjour s'était mis au dessin à la soixantaine pour créer un monde rythmé d'intenses contrastes chromatiques. Image: COLLECTION DE L'ART BRUT

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Il n’y a pas âme qui vive, ou presque pas! Comme si l’humanité débordante des créateurs-bâtisseurs suffisait à habiter leurs urbanités, leurs reflets de ville ou leurs cités utopiques. Comme si ces architectes signaient leurs propres plans de vie, libres d’en exclure tout environnement hostile, tout corps étranger. Alors… ils sont restés devant la porte, ils ont cloné à l’infini une même façade, ils ont bâti leurs envies, fusionné les perspectives ou encore abrogé des règles de constructions pourtant empiriques, faisant de l’architecture le plus naturel des dénominateurs communs de l’Art brut. Un creuset. Le thème, aussi, de la deuxième biennale de la Collection lausannoise.

Deux ans après «Véhicules», l’institution réédite avec «Architectures» cette immersion thématique, cette vision d’ensemble, un bel exercice qui désolidarise les créateurs de leurs existences chahutées pour ne garder que l’œuvre. «Que», façon de parler! Puisque l’œuvre existe pour elle-même. Elle vibre subtile, éperdue, élégiaque. Elle s’assume, mise en abyme d’un état d’esprit de bâtisseur, ici on ne démolit pas, on ne juge pas, on élève.

On inventorie les icônes architecturales ou les forts du monde, comme l’Américain Gregory Blackstock, obsédé de l’énumération exhaustive. Ici encore, on récite en vorace narrateur de détails, comme le Japonais Norimitsu Kokubo, qui met à plat l’effervescence urbaine. «C’est un monde qui est, qui existe avec des énergies mais aussi des parts plus sombres», soufflait-il hier, troublé de revoir ses sublimes mines de plomb et crayons de couleur. Alors que le Canadien John Devlin, fondateur d’une cité imaginaire à partir de la silhouette universitaire de Cambridge, confessait avoir dû «libérer ce flux d’images pour construire un monde meilleur», pour se «délivrer de l’indignité d’être malade.» Ici, toujours, on érige des villes d’églises sur fond de paysages alpestres, comme le Saint-Gallois Aloïs Wey, ou on bricole sans pouvoir les voir des tours Eiffel et des arcs de Triomphe, comme le Français Emile Ratier.

Large spectre

Tous, plus d’une cinquantaine d’auteurs, sont à l’inventaire de la Collection de l’art brut, mais les identifier en constructeur relève de la fouille minutieuse, folle entreprise de dix-huit mois menée par la commissaire de l’exposition Pascale Marini-Jeanneret: «On a dû se restreindre aux édifices, vues de villes et architectures visionnaires, excluant les intérieurs ou les décorations de jardin afin de dessiner deux grands groupes: les constructions liées au réel et les cosmogonies personnelles.» Architecture de cimaises noires et blanches, le cheminement va de l’un à l’autre, il couvre les fondamentaux comme la compréhension plus contemporaine de l’Art brut. Il part à la rencontre de ceux qui sont passés à l’acte en érigeant leur propre édifice, il salue les piliers de la Collection – Aloïse Corbaz, Adolf Wölfli, Madge Gill – et inclut plusieurs inédits et découvertes, dont le Lausannois Diego, un passionné de chalets.

Scrupuleusement linéaires, ses compositions déjouent leur rectitude appliquée en brillant de mille feux comme si deux mondes antinomiques pouvaient enfin se croiser. «J’ai toutes les idées dans ma tête, et après je les monte comme une construction, esquisse-t-il. Mais oui, oui… j’aurais bien voulu être architecte.»

Créé: 13.11.2015, 13h34

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Agenda

Lausanne, Collection de l’art brut

Jusqu’au di 17 avril, du ma au di (11h-18h)

Rens.: 021 315 25 70

www.artbrut.ch

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