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Antigel, l’enfant terrible de la culture genevoise, a 10 ans

Philippe Katerine, Angel Olsen, Devendra Banhart, Ride, Tony Allen seront tous à Genève du 24 janvier au 15 février. Suivis de Kraftwerk en mai.

DR

Trois semaines, quatre week-ends, cinquante lieux, septante événements, dont pléthore de concerts, également de la danse et des performances mêlant chant, théâtre et chorégraphie. Le tout plongé dans un bain transculturel parfaitement dans le temps, parfaitement dans l’humeur des citadins en quête d’inventions culturelles.

Pour sa 10e édition du 24 janvier au 15 février, Antigel sort le grand jeu. Avec, en têtes d’affiche d’un copieux menu musical, le trublion Philippe Katerine, la diva pop Angel Olsen et le gourou folk Devendra Banhart. On retient, parmi bien d’autres encore, le batteur afrobeat Tony Allen, le chanteur de 16 Horsepower, David Eugene Edwards, de même que le groupe Ride, pilier du rock anglais dans les années90. Également Inspector Clouzo et son blues terreux, que ce duo français répète en élevant de la volaille. Sans compter les nouveautés, Pomme, The Comet Is Coming, Niño De Elche, Kevin Morby... Pas de concert au Victoria Hall cette fois, mais l’Alhambra en guise de point de ralliement.

Amortisseur de bruit

Côté danse, la vedette revient à l’Irlandaise Oona Doherty, chorégraphe en pleine ascension; la voici en «Lady Magma», «hypersensuelle, hypersexy et féministe», selon Prisca Harsch, programmatrice du volet arts vivants. Très attirantes également, Gaëlle Bourges et ses variations sur le thème du bain en peinture. Non moins intrigant, ce concert performatif par l’activiste gay bulgare Ivo Dimchev. Comme on est emballé à l’idée de découvrir la «street dance» du Brésilien Bruno Beltrão.

Il y aura bien sûr les insolites, ces populaires «made in» que le public pratique volontiers en famille: des zombies dans les couloirs de Balexert, un feu de joie au signal de Bernex, une sauterie au Grand Théâtre, un son et lumière – bis repetita de l’édition 2019 – devant la plage des Eaux-Vives... Il y aura toujours des apéros terroir, de la bouffe équilibrée avec du sport détox. Et des fiestas jusqu’au bout de la nuit, dans un Grand Central dont on attend encore que l’adresse soit dévoilée (réponse le 10décembre). Enfin, l’hiver s’achèvera. Mais pas Antigel, qui a prévu de remettre le couvert pour une nouvelle incursion hors de sa saison: ce sera le 19mai pour un concert de Kraftwerk, organisé à l’aéroport de Genève dans le hangar d’amortisseur de bruit – là où l’on peut faire rugir les réacteurs sans qu’un pet de moineau ne s’entende dans le voisinage.

Sa marque sur le territoire

À propos de volatiles, Antigel, pour sa première couvée en 2011, proposait de migrer parmi les communes genevoises, telles les oies qui ornaient son affiche d’alors. En 2020, place aux étourneaux, comme ceux qu’on a pu admirer cet automne menant leurs étourdissants ballets au-dessus des toits. Ce qui fait dire à Eric Linder, codirecteur de la manifestation et responsable d’un pôle musical renforcé par une équipe de programmateurs élargie: «Pour l’avenir, nous prenons exemple sur les étourneaux, superagiles, supersoniques.» Thuy-San Dinh, codirectrice, résume à sa façon: «En dix ans, nous avons créé un nouveau territoire, marqué par la montée en puissance de la culture décentralisée.» Plus concrètement, Antigel s’envisage en festival des «free forms», avec de «l’ultraqualité». Traduction: ici, on propose des découvertes et on sent bien les tendances.

Dix éditions déjà. Ce qu’on retient des livraisons précédentes? Né dans une période de marasme économique – le nom du festival a été choisi en pied de nez au «gel» des subventions – Antigel s’était alors tourné vers les communes pour trouver de quoi se financer. Par conséquent, il a fallu sortir des salles de la ville pour visiter la campagne. Dans un même mouvement, les organisateurs s’intéressaient à la société des loisirs, notamment le sport. Concert en piscine, aubade sous serre, entrechats dans les couloirs des hôpitaux: l’art s’alliait à une forme de dépaysement ludique finalement très prisé par cette même élite qui courait déjà au spectacle. La stratégie s’est avérée payante. Rapidement, le festival a imposé sa marque au territoire genevois. Antigel est-il devenu le plus attendu des rendez-vous régionaux? En tout cas, le plus médiatique. En 2019, Thuy-San Dinh, Eric Linder, Prisca Harsch, ces enfants terribles issus du monde alternatif, peuvent s’afficher en boss de la culture genevoise.

Antigel, du 24 janvier au 15 février, divers lieux. Infos: antigel.ch

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