D’Annunzio revient 80 ans après sa mort

Voix et chapitresLe fantasque poète et romancier italien trouve en Maurizio Serra un diligent biographe francophone.

Le poète et romancier italien immortalisé dans les années 30, crayon à la main, alors qu’il feuillette un ouvrage.

Le poète et romancier italien immortalisé dans les années 30, crayon à la main, alors qu’il feuillette un ouvrage. Image: Getty Images

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L’Italie a perdu D’Annunzio le 1er mars 1938. Celui qui fut poète et romancier à la Belle Époque, héros bravache de la Grande Guerre, esthète vibrant et parfois ridicule a tiré sa révérence à 74 ans. Cet artiste incontesté de la langue italienne écrivait aussi en français. Comme l’Italien Maurizio Ferra, auteur des biographies en français de Curzio Malaparte (Prix Goncourt de la biographie 2011), Italo Svevo (2013) et Gabriele D’Annunzio cette année.

Ce dernier s’installa en France en 1910, pour échapper à ses créanciers et à ses maîtresses. Son passage dans deux villas du quartier chic du Moulleau contribua au rayonnement touristique d’Arcachon, où ses nombreux lévriers faisaient sensation. C’est là qu’il écrivit Le martyre de saint Sébastien, argument d’un ballet qui fut créé en 1911 à Paris, au grand scandale du clergé, Sébastien étant représenté par la danseuse juive Ida Rubinstein.

Une épouse et des maîtresses

Entrer dans le livre de Maurizio Serra, c’est pénétrer dans une forêt de noms connus ou moins connus, qui fait regretter que l’auteur ne les ait pas regroupés dans un index. Des illustrations seraient aussi les bienvenues, la curiosité venant de connaître les différents visages du personnage et ceux de ses multiples conquêtes. Parmi celles-ci, sa femme, Maria Hardouin di Gallese, la mère de ses enfants et sa veuve en 1938, voisine avec la grande comédienne Eleonora Duse, la marquise Casati et la pianiste Luisa Baccara. Auteur de romans à succès, dont l’un, L’innocent, inspira son dernier film à Luchino Visconti, D’Annunzio était une célébrité en Italie et dans toute l’Europe. Par son lyrisme, son culte de la beauté et ses extravagances, il plaisait, fascinait ou exaspérait de son vivant. Quand il ne fut plus là pour jouer son personnage, l’intérêt du public pour son œuvre fléchit.

Pire, «D’Annunzio est honni depuis sa disparition, il y a exactement quatre-vingts ans, et jusqu’à nos jours», déplore Maurizio Serra. «Un critique facétieux affirmait récemment qu’il reste l’écrivain favori des pharmaciens, des notaires, des institutrices de province. C’est la preuve, à mes yeux, que ces honorables catégories professionnelles s’adonnent à d’excellentes lectures.»

Embaumé vivant

La proximité du poète nationaliste avec le gouvernement dictatorial de Benito Mussolini pèse dans sa biographie. Maurizio Serra traite ce sujet complexe avec la rigueur voulue. De «très chers ennemis» furent ces deux hommes que les événements avaient rapprochés. Mussolini redoutait la célébrité de D’Annunzio, gagnée notamment lors de son expédition à Fiume (actuelle Rijeka, en Croatie), dans le but de rattacher ce territoire à l’Italie.

D’Annunzio se laissa par la suite embaumer vivant par le Duce, dans sa villa du lac de Garde, achetée par l’État italien pour en faire un mémorial des glorieux combattants de la Grande Guerre. Le poète y rumina sa haine de l’Allemagne nazie et de son chef, «ce manant avec son ignoble face barbouillée d’un lait de chaux indélébile et de la colle où il trempait son pinceau». Il mourut à Gardone avant l’adoption des lois raciales de septembre 1938. Plusieurs juifs furent ses intimes. Aurait-il osé protester? se demande Maurizio Serra.

«D’Annunzio le Magnifique» par Maurizio Serra, Grasset, 697 pages

(TDG)

Créé: 23.02.2018, 21h32

Chronologie

1863 Naissance à Pescara, dans une famille de notables des Abruzzes.
1881-1891 Chroniqueur mondain et poète à Rome.
1883 Mariage avec Maria Hardouin.
1889-1900 Publication de ses romans L’enfant de volupté, L’innocent, Triomphe de la mort, Le feu.
1915-1918 Fantassin, marin puis aviateur dans les troupes italiennes.
1921-1938 Vie et mort au Vittoriale, à Gardone Riviera.
1924 Reçoit du roi d’Italie le titre de prince de Montenevoso.
B.CH

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