Anne Ragde et ses Neshov sont de retour

Littérature Sa trilogie a remporté un énorme succès. Dix ans plus tard, la romancière norvégienne lui donne une suite. Rencontre.

Anne Ragde: «Je sais qu’il ne faut jamais dire jamais, mais je pense avoir exploré tout ce qui pouvait arriver aux Neshov.»

Anne Ragde: «Je sais qu’il ne faut jamais dire jamais, mais je pense avoir exploré tout ce qui pouvait arriver aux Neshov.» Image: DR

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S’emballer pour un livre c’est un peu comme tomber amoureux: cela ne s’explique pas toujours de manière rationnelle! Si je vous dis que la trilogie des Neshov se passe à Trondheim (Norvège), dans une ferme, dont la principale source de revenus est l’élevage des cochons, il y a de fortes chances que vous me demandiez de passer mon chemin! Si j’ajoute que les personnages sont un couple de fermiers, leurs trois fils adultes et leur petite-fille, tous névrosés jusqu’à l’os et gangrenés par le secret qui pèse sur leur famille, peut-être dresserez-vous une oreille. Si je conclus enfin en vous précisant qu’en Norvège, un pays qui compte cinq millions d’habitants, deux millions d’exemplaires se sont vendus, et que lorsque le deuxième tome est sorti, les librairies sont restées ouvertes jusqu’à minuit, alors….

Famille dysfonctionnelle

A l’occasion de la parution du quatrième volume de ce qui n’est donc plus une trilogie, Anne Ragde a reçu une petite poignée de journalistes à Trondheim, une ville paisible qu’elle ne quitterait pour rien au monde, et où elle est devenue une véritable star. Anne Ragde est une bonne vivante. Elle aime manger, boire, rigoler, sauf lorsqu’elle écrit. «Alors là je deviens une petite chose vulnérable»… qui se transforme en tigresse des affaires une fois le point final posé.

Elle a publié toutes sortes d’ouvrages, des polars, des textes pour enfants, un récit autobiographique (La Tour d’arsenic), mais c’est avec les Neshov qu’elle a connu le succès. C’était en 2003: «Je voulais écrire sur une famille dysfonctionnelle, et sur les dégâts que l’on provoque lorsqu’on ne parle pas aux enfants. J’avais également envie de situer mon roman à la campagne, où j’ai passé tous mes étés, chez mes grands-parents.» Dans la fiction, le fils aîné élève des cochons, et éprouve des sentiments presque amoureux pour eux. Une passion qu’Anne Ragde partage: «Je les adore. Ils sont si intelligents, bien plus intelligents que les chiens par exemple. Lorsqu’ils sont bébés, vous pouvez leur enseigner n’importe quoi. J’ai assisté à la naissance de bon nombre d’entre eux, ils ouvrent immédiatement leurs yeux bleus, leur peau ressemble à du velours et ils sentent le miel !»

Lorsqu’elle a eu l’idée de cette histoire, elle pensait la boucler en un seul volume. «Une fois que j’ai terminé La terre des mensonges, j’ai commencé autre chose de complètement différent, mais je me suis mise à rêver aux Neshov. C’était très perturbant, et j’ai compris que je n’en avais pas fini avec eux. Qu’il fallait peut-être que j’écrive une suite.» Celle-ci, intitulée La ferme des Neshov, remporta elle aussi un gros succès et se transforma en phénomène. Une fois encore, la romancière envisageait de passer à autre chose, mais le destin et ses compatriotes en ont voulu autrement: «Je ne pouvais pas sortir de chez moi sans qu’on m’interpelle pour me demander quand allait arriver le numéro 3, les gens venaient même frapper à ma porte, m’apporter des fleurs pour m’encourager! J’ai alors décidé de l’écrire, mais en secret. Personne n’en savait rien, pas même mon fils ni mon éditeur qui sont pourtant mes deux premiers lecteurs.»

En secret

Quand L’héritage impossible est sorti, ce fut la folie chez elle en Norvège, mais aussi au Danemark, en Allemagne… «Et moi j’ai eu un ulcère qui m’a expédiée à l’hôpital d’où je donnais mes interviews! A ce moment, j’étais intimement persuadée que c’était le dernier. La ferme était fermée, l’électricité et le téléphone coupés… J’ai publié plusieurs autres livres. En janvier 2016, la même semaine, deux personnes m’ont demandé où j’en étais du numéro 4. Je me suis dit, «c’est fou, ils sont encore en train d’attendre une suite». Je suis rentrée chez moi, j’ai relu ma trilogie et me suis dit que j’allais essayer. A nouveau en secret. Mon fils soupçonnait quelque chose, mais il a quand même été surpris lorsque sept mois plus tard, je lui ai remis mon manuscrit. Cette fois, je pressentais aussi qu’il y aurait un numéro 5 (que je viens d’ailleurs de terminer), et que ce serait vraiment la fin. Je sais qu’il ne faut jamais dire jamais, mais je pense avoir exploré tout ce qui pouvait arriver aux Neshov. Il est temps de les quitter, mais ils m’auront vraiment rendue très heureuse.»

(TDG)

Créé: 14.06.2017, 18h40

Une saga aux personnages bien réels

Même si, au début de «L’espoir des Neshov» (le quatrième volume), l’éditeur présente les personnages principaux et résume l’histoire, ce serait vraiment dommage de ne pas lire cette saga dans l’ordre, et de faire ainsi peu à peu connaissance avec les personnages: Anna Neshov, d’abord, la grand-mère tyrannique sans foi ni loi et qui meurt heureusement dans le premier volume. On ne veut plus en entendre parler. Elle laisse un mari qu’elle méprisait, trois garçons qu’elle maltraitait et un secret croquignolet. Le fils aîné, Tor, est resté à la ferme pour s’occuper des cochons; le deuxième, Margido, est un croque-mort florissant et détient pour ainsi dire le monopole des corbillards dans la ville; le cadet, Erlend, s’est exilé au Danemark où il peut vivre son homosexualité plus sereinement. Quant à la fille de Tor, Torunn, elle était venue aider son père, mais avait fini par déserter devant tant de difficultés financières. A la fin du troisième volume, L’héritage impossible, chacun quittait la ferme, mettait la clé sous le paillasson et reprenait sa vie là où il l’avait interrompue. Anne Ragde nous laissait un peu en plan, elle nous abandonnait avec un petit goût d’inachevé, il n’est pas étonnant donc que ses lecteurs aient réclamé une suite. Dans ce quatrième volume, Torunn renoue avec son oncle, Margido, et décide de revenir à la ferme. «Après une semaine, j’explosais de joie, je ne pouvais plus m’arrêter d’écrire», se souvient Anne Ragde dans un grand éclat de rire. La romancière va vraiment avoir du mal à quitter ses personnages car pour elle, «ils sont complètement réels, j’en rêve, je leur parle.» Il faudra dorénavant qu’elle se trouve d’autres amis!
P.F.


«L’espoir des Neshov», de Anne B. Ragde, traduit du norvégien par Hélène Hervieu (Fleuve, 352 p.). Les trois volumes précédents ont paru en collection de poche, 10-18.



































































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