Anne Durand garde la tête haute dans «Oh les beaux jours»

ThéâtreClaude Vuillemin lui donne la réplique dans le vertigineux sommet de Samuel Beckett qu’il met en scène aux Amis.

À l’acte II, Winnie a déjà plus qu’un pied dans la tombe. Elle est prise dans son mamelon de terre jusqu’au cou.

À l’acte II, Winnie a déjà plus qu’un pied dans la tombe. Elle est prise dans son mamelon de terre jusqu’au cou. Image: ANOUK SCHNEIDER

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Monter Beckett en respectant ses didascalies, c’est, ainsi que le souligne Claude Vuillemin, «trouver la liberté dans la contrainte». Comme une partition musicale bardée de nuances, les impérieuses indications de l’auteur laissent une marge de manœuvre d’autant plus décisive qu’elle sera infime. De Roger Blin en 1963 à Robert Wilson en 2010, les plus grandes autorités mondiales de la mise en scène se sont ainsi, pour aborder «Oh les beaux jours», pliées aux exigences du «mamelon», de la «toile de fond en trompe-l’œil», de la sonnerie de cinq ou trois secondes, du revolver Brownie, de la toque de Winnie, du canotier de Willie entre autres ordres divins du style. «Le temps est à Dieu et à moi» découvre pourtant la protagoniste – non sans juger la tournure «drôle». Pareil avec Samuel Beckett: il règne en plénipotentiaire tout en concédant le libre arbitre.

Celui du Genevois Claude Vuillemin lui dicte de choisir Anne Durand (qu’il a dirigée voici un an dans «Les Bahamas probablement») pour succéder, sur ce tertre qui l’enserre, à Madeleine Renaud, créatrice du personnage dans sa version française, Christiane Cohendy, venue en 2014 à la Comédie, et autres Catherine Frot y associées, dans le rôle de Winnie, «la cinquantaine, de beaux restes». Dans les pas de ses prédecesseures, l’actrice-fleur célèbre l’instant dans son dénuement le plus total tandis qu’elle s’enfonce graduellement dans le sol (agencé par Terence Prout). Elle obtient çà et là quelques réactions de son «comateux» de mari Willie (Vuillemin himself), terré dans son trou à l’abri du soleil (dardé par Jean-Michel Carrat). Elle se raccroche pour éviter d’être «sucée par l’azur» ou de capituler devant ses «bouillons de mélancolie». Elle s’interroge sur la différence entre une fraction de seconde et la suivante, s’étourdissant d’«avoir été celle que je suis et être si différente de ce que j’étais». Et elle parvient à répéter sans flancher «ça que je trouve si merveilleux», ou «oh le beau jour encore que ça va être». Le tout dans l’immobilité la plus stricte, avec, pour seuls traits distinctifs, l’inflexion de la voix, l’humectation des yeux et l’intensité du jeu. C’est déjà énorme.


«Oh les beaux jours» Théâtre des Amis, jusqu’au 8 mars, 022 342 28 74, www.lesamismusiquetheatre.ch

Créé: 27.02.2020, 18h33

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