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Angel Olsen, à un frisson du paradis

Mardi à l’Alhambra, la chanteuse américaine s’est révélée aussi attirante qu’inaccessible.

Angel Olsen à l’Alhambra. Son nouveau répertoire promettait un concert magistral. On y était presque.
Angel Olsen à l’Alhambra. Son nouveau répertoire promettait un concert magistral. On y était presque.
Laurent Guiraud

Solennelle mais statique, dramatique, puissante d’évocations comme de rock mais si distante en même temps. Elle est sensible, drôle aussi, voire cynique, et pourtant comme absente. «Mon chat? Oh oui, j’adore ma petite kittie! Elle va toute seule faire son caca.»

Tant de contrastes, éprouvés par le public mardi à l’Alhambra pour le concert très attendu d’Angel Olsen dans le cadre d’Antigel. Son nouveau répertoire, le déchirant «All Mirrors», album profond porté par des arrangements foisonnants, promettait un concert magistral. On y était presque ce soir-là, si proche, et si loin cependant. Comme si Angel Olsen ne voulait, ou ne pouvait se livrer entièrement au public.

Tout avait commencé par une très bonne nouvelle: pour rendre à la scène les fastes de ce merveilleux disque, ses traits symphoniques notamment, la musicienne a fait appel à une altiste et un violoncelliste. Format restreint, mais d’une redoutable efficacité. Les timbres des cordes amèneront beaucoup de chair à l’ensemble, en plus des guitares et des claviers, en plus de la section rythmique basse-batterie, impeccable elle aussi, quand bien même on regrettera ici ou là une certaine lourdeur ainsi qu’un volume sonore trop élevé.

Étonnant parcours que celui d’Angel Olsen: après des débuts folk avec le gourou du genre Bonnie Prince Billy, les premiers pas solitaires de la jeune femme suivaient cette même veine. Puis il y eut du rock, des guitares abrasives; en live, la musicienne transpirait la violence et l’érotisme propre à cette culture enracinée dans le blues. Aujourd’hui, plus rien de cette attitude bravache. Et ce n’est ni la coiffe de baby doll sixties – la longue chevelure remontée en oreilles de chats – ni la tenue vaporeuse ou les gestes précieux – un bras blanc laiteux tendu timidement vers le public, accompagné d’un bref sourire – qui imposent cette nouvelle réalité. Mais le fait, presque irrationnel tant il est indescriptible, d’une énergie qui ne part pas vers l’avant, ou si peu. Ce soir-là, Angel Olsen plane dans un ailleurs connu d’elle seule.

Détresse affective? Défaite sentimentale? C’est ce que suggèrent les nouvelles chansons, ce dramatique «Lark» balancé à pleine puissance, pour terminer sur cette mélodie qu’on dirait revenue de l’âge d’or de Broadway, tel un fantôme condamné à errer, «Chance» et sa splendide ligne vocale à faire pleurer les pierres. Si parfaite telle qu’on l’entend ici sur scène. Si… désincarnée.

La foule, ravie, séduite même par la maestria évidente de la chanteuse et de ses musiciens, de rester plantée là, à un frisson du paradis. Puis on s’en va, songeur, toujours heureux de connaître cette chanteuse extraordinaire, frustré pourtant d’avoir manqué d’aussi peu quelque chose de plus grand. Voilà qu’on ressent un manque. Voilà qu’on partage, ainsi, un sentiment – un seul, mais qu’il est fort – avec Angel Olsen…

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