Les Amazones sont épargnées

MosaïqueLe décor du mess de la caserne des Vernets, signé Jacek Stryjenski, devrait orner la nouvelle caserne.

La mosaïque dans le mess des officiers de la caserne des Vernets. Elle sera démontée et stockée.

La mosaïque dans le mess des officiers de la caserne des Vernets. Elle sera démontée et stockée. Image: GEORGES CABRERA

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C’est l’histoire d’une prise de conscience salutaire. Une oeuvre d’art initialement déclarée bonne pour la casse va être démontée la semaine prochaine en vue de son sauvetage. Grâce à l’appel d’une proche parente de son auteur Jacek Stryjenski (1922-1961), la mosaïque qui orne depuis 1959 le mess des officiers de la caserne des Vernets fait l’objet, le 24 septembre 2019, d’un premier article dans la «Tribune de Genève».

A ce moment-là, il n’existe que très peu d’espoir que cette monumentale représentation de la chevauchée des Amazones en différents marbres rares soit conservée. Considéré par le Département de la cohésion sociale (DCS), dont dépend le Fonds cantonal d’art contemporain (FCAC), comme partie intégrante d’un bâtiment promis à la démolition, ce décor doit disparaître avec lui.

C’est compter sans la vague d’émotion suscitée par l’annonce de ce «sacrifice» par la «Tribune». D’où la constitution, au pas de charge, par l’avocat Pierre Ochsner et deux membres de la famille Stryjenski, de l’association «Sauver les Amazones», destinée à réunir les fonds nécessaires au sauvetage de cette oeuvre représentant les guerrières à cheval du mythe antique. La survie de l’oeuvre d’art dépend alors de la prise en charge financière de sa dépose et de son stockage (environ 42'000 fr.), avant une éventuelle repose en un lieu ad-hoc.

«J’étais un ami d’enfance du frère de Jacek Stryjenski», évoque Pierre Ochsner, secrétaire de l’association. «Nous habitions dans le même quartier, l’un rue Charles-Giron, l’autre avenue des Tilleuls. Quand j’ai appris ce qui se passait, j’ai pris contact avec Lukas Stryjenski, fils de l’artiste, et sa cousine Martine Jaques-Dalcroze, et nous avons fondé l’association. Nous avons fait imprimer des tracts à distribuer sur les escaliers du Grand Théâtre, car Jacek Stryjenski est l’auteur du plafond et du rideau de la salle. Nous en étions là quand la nouvelle est tombée: l’Etat de Genève, en l’occurrence le DCS, était revenu sur sa première appréciation et se déclarait prêt à déposer la mosaïque à ses frais. Assurément le message était passé.»

Un message relayé par le Département de la sécurité, de l’emploi et de la santé (DSES), et particulièrement par son directeur du Centre logistique civil et militaire, Yves Bezençon, qui met tout en oeuvre pour que la mosaïque trouve un nouvel emplacement dans la future caserne d’Epeisses. «A ce stade, nous devons observer une certaine prudence, car la repose des «Amazones» à Epeisses dépend encore d’un dossier technique en cours d’élaboration», explique Yves Bezençon. «L’idée est de remonter la mosaïque dans l’auditoire ou dans la salle de gymnastique du nouvel édifice. La faisabilité du projet ressortira de ce dossier.»

Malgré ce doute, l’heure est au soulagement pour les admirateurs de l’oeuvre de Stryjenski. «La dépose commencera la semaine prochaine et le stockage se fera au Centre logistique civil et militaire d’Aire-la-Ville», précise son directeur. «Aucun élément polluant n’a été décelé dans l’oeuvre, qui pourrait compromettre sa dépose et son stockage. C’est heureux car «Les Amazones» de Stryjenski, ainsi qu’un bas-relief de François Baud, qui sera déposé par la même occasion, seront les traits d’union entre l’ancienne et la nouvelle caserne.»

Placé sur un pan de mur extérieur du même bâtiment des Vernets, le bas-relief de François Baud lui a été inspiré par la bataille de Morgarten, nous apprend Yves Bezençon. Né en 1903 et mort en 1975, Baud est l’auteur du grand Saint Joseph et des trois bas-reliefs surmontant les portes de l’église du même nom, place des Eaux-Vives. Jacek Stryjenski, son cadet de dix-neuf années, remporte en 1958 le concours organisé par l’Etat de Genève pour décorer la nouvelle caserne. L’architecte Albert Cingria et le peintre Emile Chambon font partie du jury qui distingue le projet des «Amazones». Cette réalisation fait partie du patrimoine artistique genevois, au même titre que le plafond du Grand Théâtre et son rideau de fer, deux œuvres emblématiques de la courte carrière de Stryjenski, mort à 38 ans en 1961.

Le démontage va commencer sous la responsabilité de spécialistes genevois de la marbrerie. D’une longueur de 12 m sur 2,5 m de hauteur, pour un poids de 4 tonnes, le décor a été conçu par son auteur comme un véritable puzzle qu’il s’agira de défaire avec le plus grand soin. Avant d’être assemblé à nouveau à Epeisses d’ici à fin 2021 ou début 2022.

Créé: 28.01.2020, 18h13

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