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Alfred joue les maestros avec le très beau «Senso»

Entre émotion pure et humour burlesque, un roman graphique habité par la grâce.

Ed. Delcourt

Ce livre-là est une merveille, l’un des meilleurs parus l’an dernier. Publié fin octobre, au moment où pleuvaient les best-sellers BD, «Senso» était un peu injustement passé sous le radar. Avant que les sorties importantes ne déboulent à l’approche du Festival d’Angoulême, fin janvier, retour sur ce roman graphique en forme de comédie à l’italienne. Six ans après l’excellent «Come Prima», récompensé par le Fauve d’or du meilleur album à Angoulême, Alfred livre une nouvelle histoire habitée par la grâce, située elle aussi dans une péninsule vaguement fantasmée. Cultivant sa fibre transalpine – sa famille vient des Cinque Terre, lui-même a résidé quelques mois à Naples et habité plusieurs années à Venise –, il ancre son récit dans un vieil hôtel du sud de l’Italie, entouré d’un vaste parc arborisé. Entre lumière vive et obscurité, un homme et une femme s’y découvrent peu à peu des affinités au cours d’une nuit étouffante. Une attirance qui pourrait bien ressembler à de l’amour.

Si «Come Prima» était centré sur les retrouvailles, «Senso» explore la rencontre. Germano et Elena se croisent à une noce à laquelle il n’était pas convié et où elle ne voulait pas venir. Agriculteur bio ruiné, timide et maladroit, il ne possède ni ordinateur, ni téléphone portable. Plus en phase avec le présent, Elena cache quelques angoisses existentielles derrière son allure assurée. Peur de vieillir, de ne plus séduire. Pour se rassurer, elle remplit sa vie à ras bord de stages de yoga, de méditation ou de cures ayurvédiques.

Progressant sans plan établi à l’avance, Alfred entremêle les motifs, toujours à hauteur humaine. Un portier de nuit en instance de divorce philosophe sur l’amour, un couple d’amants s’offre du plaisir dans une chambre, un gosse de cinq ans explore le grand parc tout proche où apparaît un taureau errant. Tandis qu’à la fête de mariage, des anonymes parlent fort sans s’écouter, les caractères des protagonistes se révèlent dans le silence de la nuit.

Fils de comédiens, Alfred s’y entend pour donner de l’étoffe à ses personnages. «Ce sont eux qui portent le récit, avec leurs bonnes et leurs mauvaises fortunes», dit-il. Avec un minimalisme revendiqué dans le dessin et les couleurs – trois ou quatre teintes par séquences –, l’auteur nourrit ses planches d’émotion pure et d’humour burlesque. En passionné de cinéma italien des années50, il met du cocasse dans l’intime, justifiant le titre de son album: «Senso, en italien, c’est le sens qu’on donne aux choses, à la vie, le sens dans lequel on va, mais aussi les sens avec lesquels on ressent.» Une sensibilité exprimée en maestro.

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