Albertine prêche en couleur

ExpositionDessin et ciné se marient au MIR, où la Genevoise a créé cinq robes de pasteur.

Albertine au MIR, avec l’une des cinq robes de pasteur qu’elle a peintes.

Albertine au MIR, avec l’une des cinq robes de pasteur qu’elle a peintes. Image: Steeve Iuncker-Gomez

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Les pasteurs, ce n’était a priori pas trop le genre d’Albertine. Aussi, quand Gabriel de Montmollin, le directeur du Musée international de la Réforme (MIR), lui a suggéré de prendre part à l’exposition «Silence, on prêche!» organisée au MIR, l’illustratrice genevoise a ouvert des yeux ronds. Le théologien avait adoré les robes en papier mâché qu’elle avait présentées au Salon du livre, en 2015. Depuis, Albertine avait récidivé avec de vraies tuniques en tissu, dans les galeries du Forum Meyrin, puis au musée Alexis Forel, à Morges en 2017. Séduit par cette haute couture où s’harmonisaient les couleurs favorites de l’artiste de Dardagny, le responsable du MIR l’imaginait bien peindre à nouveau une série de vêtements. Mais pas n’importe lesquels: rien moins que des robes de pasteur!

«C’est le genre de défi qu’on ne peut pas refuser», commente Albertine, le pinceau en main, affairée aux dernières retouches sur l’un ou l’autre des cinq modèles présentés dans le grand salon du MIR. Ses dessins jouent avec des symboles attribués à différentes typologies de pasteurs: le prophète, le meneur, le directeur de conscience, le berger et le prêtre. «Initialement, je ne connaissais pas grand-chose aux valeurs du protestantisme. Enfant, j’ai beaucoup visité les églises avec mes parents, mais il s’agissait toujours d’une imagerie catholique», constate celle qui a reçu carte blanche de son commanditaire. Albertine a potassé son sujet. Pour rire, elle dit qu’elle a lu la Bible en deux jours. En réalité, elle a attentivement étudié les renseignements que Gabriel de Montmollin lui a fournis sur les cinq grandes figures pastorales. «J’ai pris des notes, je suis allée voir sur internet, à la pêche au sens.» Petit à petit, des images ont surgi dans son esprit.

«La difficulté, c’était d’en mettre suffisamment, mais pas trop. Il ne fallait pas se montrer décoratif, mais bien rester dans le signe, avec un graphisme contemporain.» Respectant les contraintes, Albertine a illustré à sa façon, de manière très libre, ce que lui inspiraient les grandes figures pastorales: un champ de fleurs, des mains qui se tendent, les poissons de la pêche miraculeuse ou encore une lampe symbolisant l’œil de Dieu. Au final, deux mois de travail auront été nécessaires à la dessinatrice pour finaliser cette commande inhabituelle. «Je suis curieuse de voir les réactions du public, forcément très différent de celui de mes expositions», se réjouit-elle.

Huit extraits de films

Au MIR, les visiteurs de «Silence, on prêche!» sont aussi conviés à se rendre dans la salle de la Compagnie, transformée en salle de projection. À l’initiative de Gabriel de Montmollin, le musée propose la projection d’un montage original d’une vingtaine de minutes, composé de huit extraits de grands films. «Le cinéma adore les pasteurs», relève le directeur du Musée. «C’est une figure narrative intéressante qui a inspiré une foule de metteurs en scène, parmi lesquels Michael Haneke, Charlie Chaplin ou John Huston.»

En sollicitant l’aide de Tipimages, une petite maison de production genevoise, l’ancien directeur des Éditions Labor et Fides s’est mis en chasse. «J’avais un certain nombre de titres en tête, notamment «Le ruban blanc» de Haneke, ou «L’amour à mort», d’Alain Resnais, avec Fanny Ardant dans le rôle d’une femme pasteur. Je me souvenais aussi de l’extraordinaire interprétation d’Orson Welles en prêcheur dans «Moby Dick». Par la suite, il a fallu identifier les possesseurs des droits et négocier avec les producteurs. Pas toujours évident.» Si les droits de «Ordet», de Carl Theodor Dreyer lui ont été accordés facilement, ceux de «Pale Rider» de Clint Eastwood lui ont été refusés. Reste que les huit figures de pasteurs présentées au MIR ont de l’allure. La palme évidemment à Charlie Chaplin, contraint d’improviser une prédication dans «Le pèlerin» en 1923. Ou au génial Robert Mitchum, inquiétant révérend dans «La nuit du chasseur» (1955). Des génies.

«Silence, on prêche!» du 13 février au 30 août, Musée international de la Réforme, 4, rue du Cloître. Ma-di 10h-17h

Créé: 12.02.2020, 14h36

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