Passer au contenu principal

Albertine: «Un dessin, c’est une chorégraphie»

Entre zen et recherche de plénitude, la dessinatrice genevoise présente une nouvelle exposition à Carouge.

L'un des gouache présentée par Albertine. Un Gulliver aux prises avec d'étranges créatures.
L'un des gouache présentée par Albertine. Un Gulliver aux prises avec d'étranges créatures.

Elle dit des maisons qu’elle a dessinées qu’elles sont «poreuses». Les grandes baies vitrées des vastes bâtisses au toit plat représentées par Albertine ouvrent sur le large, la mer sans doute. Souvent, mais pas toujours, un personnage unique contemple la vue offerte depuis une terrasse, le regard perdu vers un infini décliné en différentes teintes de bleu.

Il y a du zen dans les très belles images montrées par l’artiste genevoise à la galerie Ligne Treize, à Carouge. Véronique Philippe-Gache, la propriétaire des lieux, a donné carte blanche à celle qu’elle accueille pour la première fois en ses murs. Et Albertine a imaginé une suite de gouaches et de sérigraphies à l’encre de Chine reliées par un même thème: la solitude. Ou plutôt «Les solitudes», comme elle a titré cette nouvelle exposition riche d’une trentaine de pièces réalisées l’été dernier. Un Gulliver bien esseulé face à d’étranges minicréatures y côtoie des couples isolés, égarés sur un dancefloor. Mais l’essentiel de l’accrochage reste centré autour de différentes habitations dépouillées, habitées a minima.

Un poil mélancolique, la dessinatrice de Dardagny? Pas le moins du monde. «Je n’évoque pas une solitude imposée, mais bien plutôt un état désiré de plénitude, une recherche d’équilibre. Le principe, c’est de se trouver en accord avec le paysage qui nous entoure», précise-t-elle avec un sourire lumineux. Fascinée par l’architecture, Albertine aime le concept du refuge protecteur. «Je vois la maison comme un espace très important, un prolongement de soi.» Inspirée notamment par un ouvrage du philosophe français Gilles A. Tiberghien, un grand spécialiste du land art, elle a su assez rapidement qu’elle allait travailler autour de l’idée de logis, apparentée à une succession de cabanes sophistiquées.

Besoin de la série

«À partir de là, c’est beaucoup de gamberge», confie-t-elle, consciente que ce genre de travail diffère passablement de celui qu’elle accomplit lorsqu’elle illustre un livre. «Je suis libre de mon sujet. Il n’y a pas besoin de suivre une construction narrative. Chaque gouache est indépendante l’une de l’autre. Pour autant, j’ai tout de même l’impression de rester auteure, dans le sens où à travers toutes mes images, je raconte aussi quelque chose.»

Sa thématique, Albertine ne la perd jamais de vue. «J’y réfléchis sans arrêt. Les idées foisonnent parce que je travaille tous les jours intensément. De toute manière, je m’ennuie si je ne dessine pas.» Avec la volonté bien arrêtée d’aller au cœur de son sujet, elle multiplie les propositions, élaguant et épurant au fur et à mesure. «Je ne vais jamais réaliser une image unique. J’ai besoin de la série. Je vais trouver ce que je cherche après cinq ou six dessins. Je m’arrête quand je sens que je vais me répéter.»

Parfois, ça patine. Albertine glisse alors son dessin dans un tiroir, l’oublie momentanément avant de le redécouvrir avec des yeux neufs. «C’est presque lui qui m’appelle.» Elle reprend alors l’œuvre en cours, concentrée. «Il faut parvenir à l’équilibre entre les pleins et les vides, le bruyant et le silencieux, laisser une part de mystère. Un dessin, c’est une chorégraphie.»

Pour la mener à bien, l’intéressée use de tonalités bien à elle: «beaucoup de bleu, distillé dans une quantité de nuances. J’applique rarement la couleur qui sort du tube, je la salis en y ajoutant un peu de brun, de Terre de Sienne. À côté de cela, de l’ocre, un rouge anglais façon terre battue. Des verts aussi, qui tirent sur le kaki ou la pomme acidulée. Ou du turquoise, assez minéral. Tout à coup, un rouge vif, qui pète. Je peux ajouter du rose quelquefois. Pas trop de jaune, que j’utilise avec parcimonie, pour faire ressortir certains motifs. Les mauves violets m’intéressent, mais j’ai encore de la peine à les utiliser.»

Courts-métrages gratuits

L’ensemble forme une palette immédiatement identifiable, «assez unique», commente Véronique Philippe-Gache, qui apprécie la poésie et la tendresse dans le travail d’Albertine. Deux vocables également utilisables à propos des films d’animation réalisés d’après son œuvre («Le génie de la boîte de raviolis», «Chambre 69», «Nain géant», «La femme canon», «Les gratte-ciel»). Des pépites à voir ou revoir à quelques encablures de la galerie Ligne Treize. En marge de l’exposition «Les solitudes», l’hôtel Ibis Styles (oui, le fameux hôtel BD sis au rondeau de Carouge) organise deux rencontres autour de ces courts-métrages, le 30 janvier et le 1er février. Dans une des chambres décorées par Albertine, les spectateurs sont invités à visionner ces petites merveilles. De l’excellent cinéma proposé gratuitement, sur inscription, le nombre de places demeurant forcément limité vu la configuration des lieux.

----------

«Albertine, Les solitudes»

Du 11 janvier au 7 février, galerie Ligne Treize, 29, rue Ancienne, Carouge, Mercredi, jeudi, vendredi entre 14h-18h30 et le samedi entre 11h-17h.

Rencontre autour des films animés d’Albertine:

jeudi 30 janvier à 19h et samedi 1er février à 11h, Hôtel Ibis Styles, 3, rte de St-Julien. Inscriptions: info@galerielignetreize.ch

Cet article a été automatiquement importé de notre ancien système de gestion de contenu vers notre nouveau site web. Il est possible qu'il comporte quelques erreurs de mise en page. Veuillez-nous signaler toute erreur à community-feedback@tamedia.ch. Nous vous remercions de votre compréhension et votre collaboration.