Des airs d’opéra envoûtent en silence les Bastions

La Bâtie 2014Krãsis, installation de Julie Beauvais, pousse les visiteurs nocturnes dans les méandres des humeurs.

Capturées par la photographe zurichoise Brigitte Lustenberger, les séquences projetées ont quelque chose de glacial et d’émotionnel à la fois.

Capturées par la photographe zurichoise Brigitte Lustenberger, les séquences projetées ont quelque chose de glacial et d’émotionnel à la fois. Image: BRIGITTE LUSTENBERGER

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Le noir du parc des Bastions, alors que la nuit a pris possession de sa verdure, est rompu par des éclats lumineux qu’on aperçoit de loin, en franchissant le grand portail de la place De Neuve. L’approche à la source lumineuse lève petit à petit le voile sur quatre écrans imposants, disposés dans un ample demi-cercle, face au bâtiment de la Faculté des Lettres. A une dizaine de mètres d’eux, on croise autant des plateformes qui confèrent un sens accompli aux plans fixes projetés plus loin: des bases d’écoute avec leurs casques plongent le visiteur dans l’univers baroque de Haendel, avec des airs tirés de plusieurs opéras du compositeur, chantés par les interprètes fixés à l’écran, précisément.

Krãsis c’est cela donc, une installation imposante qui promet à ceux qui décident de s’en approcher une confrontation avec cette théorie des affects chère à Galien. L’équation est simple d’ailleurs : un écran, un air musical, une humeur, le tout pouvant être consommé sans modération. Conceptrice du projet, la metteure en scène Julie Beauvais prolonge ainsi une pratique artistique très personnelle qui télescope les disciplines et ose remodeler les canons qui les régissent. Krãsis, présenté dans le cadre de La Bâtie avec la collaboration du Grand Théâtre, réussit ainsi à créer cet état de surprise, de réflexion et d’émerveillement qu’on attend de ce genre d’aventure.

Le silence du public, casqué ou en attente de l’être face aux écrans, atteste d’ailleurs à lui tout seul de la puissance des images, de la faculté d’envoutement qu’elles exercent sur les présents. Capturées par la photographe zurichoise Brigitte Lustenberger en plan fixe et plutôt serré sur le corps des chanteurs, ces séquences ont quelque chose de glacial et d’éminemment émotionnel à la foi. C’est le grand et beau paradoxe de Krãsis. Et pour en saisir la portée, il faut tourner le regard tout particulièrement vers ces séquences qui mettent en scène la mélancolie, chantée par la soprano Sandrine Piau, ou encore le flegme, par le baryton-basse Lisandro Abadie. Des images chargées de mystère et de drames satinés.

Le choix des airs, des interprètes – aux cités il faut ajouter la mezzo-soprano Kristina Hammarström et la contralto Delphine Galou – et de l’accompagnement instrumental (l’excellent Neues Barockorchester de Berlin dirigé par Kerstin Behnke) donnent à l’installation un statut de porte d’entrée indispensable au festival de La Bâtie qui vient de s’ouvrir.

Krãsis, parc des Bastions, jusqu’au 2 septembre, de 21h à minuit. Gratuit. Rens. www.krasisproject.blogspot.de

Créé: 31.08.2014, 12h09

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Mayor et Queloz reçoivent leur prix Nobel à Stockholm
Plus...