Quand l’affiche rock joue les bonbonnières

IllustrationColorés et doux: ainsi vont les tracts des soirées genevoises. Analyse

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Placardés en grand format ou à peine plus gros qu’une carte postale, affiches et tracts des soirées rock essaiment également sur la Toile. Les voit-on sans les retenir? Aussi certainement qu’une publicité pour des sous-vêtements, les annonces de concerts participent de l’environnement urbain et nourrissent nos références visuelles.

Celle-là, par exemple: «Mercredi 4 mai, Théâtre de l’Usine: Hyperculte, vernissage du premier album». L’illustration montre un paon vaporeux tenant dans son bec un foulard fuchsia, le tout sur fond vert étang. Signé Louise Bailat. Voilà du kitsch et des rondeurs, de la douceur résolument. Et beaucoup de couleurs. Une touche féminine, dirions-nous. D’un cliché à l’autre. En fait de musique, il s’agit de pop minimaliste aux accents industriels. Le brouillage des pistes est complet, tendance accrue dans l’affichage underground. Depuis quelque temps, en effet, le traditionnel monochrome voisine avec l’arc-en-ciel, qu’importe le thème de la soirée.

Confusions des genres

«La maîtrise des signes n’a rien d’innocent», rappelle Anette Lorenz, spécialiste de l’affiche et enseignante à la HEAD. Qui analyse notre objet: «Il y a là quelque chose de spontané, d’impulsif. C’est un discours qui inclut l’autre, qui cherche la rencontre. Hors du langage des institutions, voilà qui joue sur l’éphémère, non sans une certaine innocence.» Car si message il y a, il ne s’adresse plus qu’aux seuls initiés. Quand bien même le style musical et le lieu appartiennent à l’alternatif, perçu comme plus exclusif.

«Autant on cherche à imprimer une marque afin d’identifier rapidement l’organisateur, autant l’inattendu permet de capter les regards, note Véronique Goncerut Estèbe, conservatrice en chef de la Bibliothèque d’art et d’archéologie. Cette confusion des genres traduit la présence accrue des artistes dans l’affichage, auxquels les institutions culturelles s’adressent elles aussi régulièrement.»

Communication abstraite

Ainsi ira-t-on volontiers demander aux étudiants de la HEAD matière à renouveler son image. Ana Lourenço et Boris Jordan, 22 ans, ont la cote: après l’affiche du 41e Paléo, ils ont réalisé la campagne d’affichage de la série de concerts A Night In. Les programmateurs entendent eux-mêmes porter un regard décalé sur les stéréotypes de l’exotique? Les deux étudiants en communication visuelle ont traduit le propos en jouant sur la carte postale. Ainsi de ce monsieur «sapé» comme au Congo, costard rose, photo saturée de rouge. «C’est kitsch et on l’assume comme tel», répondent les intéressés.

Autre exemple, radical celui-là, avec cette affiche de la Cave 12 pour la chanteuse finlandaise Lau Nau en mars dernier: aplat de couleurs, lettrages serpentins illisibles, voilà qui évoque une toile abstraite. De fait, il s’agit bien d’un travail de création. «C’est une proposition plastique, explique l’illustrateur genevois Thomas Perrodin. En marge de l’affichage officiel de la Cave 12, j’ai carte blanche pour donner ma vision de la musique, ce qui demande une recherche en amont sur les intentions du groupe aussi bien que son éthique.» Complexe, certes. Mais pas inefficace. Le résultat détonne, c’est le moins qu’on puisse dire. «Les milieux alternatifs, les institutions liées à l’art contemporain et les festivals tels que Bâtie, Antigel ou Mapping sont de parfaits laboratoires pour essayer du nouveau, relève Thomas Perrodin. Mais si les codes visuels se brouillent, c’est bien parce les styles musicaux n’ont plus de frontières eux non plus.» «Tout se mélange, ajoute Anette Lenz. On a accès dans la minute à ce qui se crée de l’autre côté de la planète.»

Jouir du présent, mais hors des codes de la consommation: tel pourrait être le paradigme actuel de ce que donne à voir l’affiche underground à Genève. «La couleur participe-t-elle d’un certain optimisme? C’est comme le graffiti sur le béton. Car la ville, par définition, est grise.»

Créé: 06.05.2016, 18h11

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