Ados sur le banc d’essai

ThéâtreLe Théâtre Spirale et le Théâtre du Loup dévoilent les spectacles de fin d’année de leurs ateliers. De chaque côté du chemin de la Gravière, on visite deux écoles aux méthodes contrastées.

À la Parfumerie, seize ados incarnent l’«Amerika» de Franz Kafka à l’heure des nouvelles crises migratoires.

À la Parfumerie, seize ados incarnent l’«Amerika» de Franz Kafka à l’heure des nouvelles crises migratoires. Image: RICCARDO WILLIG

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Chacun, toutes générations confondues, garde en mémoire la rivalité entre les O’Timmins et les O’Hara de Painful Gulch, dans le légendaire album homonyme de «Lucky Luke». En toute civilité, une concurrence du même type se joue, côtés pair et impair du chemin de la Gravière, à la Queue d’Arve, entre les ateliers du Loup (à grandes oreilles) et ceux du Théâtre Spirale (à gros nez rouge). Arrivé le mois de juin, le parent, le prospecteur ou le simple curieux ont le loisir d’aller tâter le terrain par eux-mêmes, et mesurer ce que les jeunes des deux familles ont dans le ventre.

La pyramide et le chaudron

En cet équinoxe 2018, les classes sises à La Parfumerie présentent deux pièces: «Maître Puntila et son valet Matti», de Bertolt Brecht, et «Amerika», d’après Franz Kafka. C’est que, chez les nez rouges, on répartit les apprentis comédiens selon leur âge: une dizaine de 8-13 ans suivent les cours de Cathy Sarr, tandis que les seize jeunes de 14 à 20 sont pris en charge par Michele Millner et Naïma Arlaud, pour davantage de représentations. Les grandes oreilles d’en face, elles, préfèrent brasser les millésimes de 2002 à 2011 dans un même chaudron, mais répandus entre deux tranches horaires: sur deux soirées consécutives, 36 enfants, préados et ados donneront un «Grand Chantier» à 19 h, 42 autres en interpréteront un second à 20 h 30.

Première halte: la zone ouest. Entre les murs aux pierres apparentes du plateau de la Parf’, l’expert Grupetto de musiciens (Maël Godinat au piano, Sylvain Fournier à la batterie, Yves Cerf aux saxos) susurre son jazz racé. Noé, Lena, Teo, Coralie, Nora et leurs camarades, costumés au-dessus de leurs pieds nus, se partagent les rôles secondaires et le personnage de Karl Rossmann, premier en date des antihéros kafkaïens, violé à 17 ans par une bonne, exilé à New York par ses parents, renié par son oncle, abusé par la cuisinière, plumé par des malfrats, persécuté par l’administration… Fidèle tant au roman inachevé de 1912 qu’au style de la maison Spirale, la production place haut la barre, en exigeant de la jeune troupe qu’elle chante et danse irréprochablement en plus de jouer et déclamer. Sans négliger çà et là d’aiguillonner le public à tirer les parallèles historiques qui s’imposent.

Le répertoire et le plateau

Sur le versant est de l’allée débouchant sur l’Arve, la donne change. Il y a près de 80 rôles à distribuer: aucun texte du répertoire – fût-il dramatique ou littéraire – ne saurait nourrir nichée si nombreuse. Qui plus est, la Compagnie autochtone fête ce printemps ses 40 ans d’activité. Aussi, les enseignants – Rossella Riccaboni, Marie Probst, Ludovic Chazaud, Ludovic Payet, Isabelle Rémy et Aline-Garance Delaunay – ont opté pour le brainstorming collectif et l’écriture de plateau. Avec la ribambelle au complet des Nassim, Sacha, Anne, Flavia, Garance, Eliott, Lucie ou Lisa, ils sont partis à la chasse aux événements survenus ces quatre décennies, qu’ils ont enrobés et théâtralisés pendant les cours. Le mur de Berlin, l’an 2000, Tchernobyl, la réhabilitation de Galilée, Federer, le collisionneur de hadrons, le petit Aylan ou les dérèglements climatiques ont jalonné parmi bien d’autres thèmes les tableaux évoquant en filigrane la construction de la maison Loup. Résultat? L’expression libre l’emporte sur l’intention dramaturgique.

Deux pédagogies semblent autrement dit s’affronter cette année de part et d’autre de la même piste: Freinet chez les grandes oreilles, l’école publique chez les nez rouges! Or jamais, en aucune façon, le fossé n’empêchera les talents d’éclore, ni les O’Timmins de s’apparier avec les O’Hara. Tant de gravières mènent à la scène.

«Amerika» Théâtre de la Parfumerie, jusqu’au 29 juin, 022 341 21 21, www.theatrespirale.com «Chantier» Théâtre du Loup, ve 22 à 19h, 022 301 31 00, www.theatreduloup.ch

Créé: 22.06.2018, 18h00

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