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Acrylique Junior joue à vous attraper le cœur

Nathalie Jaggi et Evelyne Castellino adaptent à la Parfumerie le totémique roman de J.D. Salinger.

Les 17 jeunes comédiens de la Bande J serpentent dans «Attrape mon cœur, Holden!» entre les années 1950 et nos jours.
Les 17 jeunes comédiens de la Bande J serpentent dans «Attrape mon cœur, Holden!» entre les années 1950 et nos jours.
DR

Ceux qui l’ont lu n’ont pas pu l’oublier. Depuis soixante ans, L’Attrape-Cœur (The Catcher in the Rye en v.o.) marque à vie l’esprit des adolescents. On prétend même que le récit ayant rendu célèbre J.D. Salinger (1919-2010) a rempli, pour beaucoup, la fonction de meilleur ami – de «seule personne capable de vous comprendre», dira l’écrivain français Eric Neuhoff.

«Mon rêve, c’est un livre qu’on n’arrive pas à lâcher et quand on l’a fini on voudrait que l’auteur soit un copain, un super-copain et on lui téléphonerait chaque fois qu’on en a envie», s’exaltait déjà, à l’intérieur de ses pages, l’antihéros Holden Caulfield, que le lecteur, depuis 1951, suit dans New York pendant trois jours d’errance. Eh bien, cette relation privilégiée avec un texte imprimé, voilà que Nathalie Jaggi et Evelyne Castellino, inspiratrices de la Bande J – alias Troupe Acrylique Junior – la transposent au théâtre. Elles relèvent la gageure de faire d’une pièce le pote indéfectible tant de ses acteurs que de ses spectateurs.

Ecriture parallèle aux répétitions

Les premiers, au nombre de 17 – 15 à 19 balais chacun – s’embarquent dans l’aventure dès septembre 2016, quand Nathalie Jaggi leur offre le roman, en guise d’objectif. «Je l’avais moi-même acheté durant mes études en sciences de l’éducation, où il était considéré comme incontournable, raconte l’adaptatrice, metteure en scène, chorégraphe et pédagogue déjà coresponsable des Misérables en 2014 ou de Dans la peau du monde en 2016. Mais je ne l’ai véritablement lu que l’été dernier, et n’ai commencé sa réécriture qu’à la rentrée.» Les répétitions, étalées sur l’année scolaire, ont donc été alimentées progressivement de dialogues définitifs, de même que les parties chantées, dansées ou filmées se sont greffées au fur et à mesure. «Nos jeunes comédiens ont une confiance infinie en moi, c’en est presque flippant tellement ils sont preneurs!» souffle la meneuse de troupe une semaine après la création, à l’heure où elle peut relâcher la pression.

Actualisation oblige, elle insère la dérive urbaine originale dans une fiction contemporaine, proche du vécu de ses interprètes. Rebaptisée Attrape mon cœur, Holden!, l’action se déroule dans une classe de 2017 qui étudie l’ouvrage culte de Salinger. «On obtient ainsi une figure adolescente étirée au fil du temps, des jeunesses comparables que six décennies séparent», commente Nathalie Jaggi. Avant d’ajouter: «Avec les incessants changements de costumes nécessaires, les loges sont dans un état, à la fin des représentations!»

Face au personnage de Holden qu’elle fragmente en six rôles masculins, elle en profite pour placer une fille au centre de l’intrigue parallèle, «une rebelle qui fait pendant au protagoniste annonciateur des futurs blousons noirs». Une élève accro à L’Attrape-cœur au point de refuser de finir sa lecture. Ainsi, entre la petite sœur Phoebé, les profs d’hier et d’aujourd’hui ou la chauffeuse de taxi, «chacun de nos talents ont l’occasion de briller».

Préserver l’âme enfantine

Côté spectateurs, la pièce «convoque toutes les générations». Les ados entrent en trombe dans le théâtre pour en ressortir émus, la larme à l’œil, deux heures après. Et les plus vieux adorent retrouver l’époque de leur propre fraîcheur. Attention ceux d’entre nos lecteurs qui voudraient tenter l’expérience n’ont plus que trois séances, ce soir, samedi et dimanche, pour le faire!

Et Madame Jaggi, s’est-elle fait un ami du spectacle inspiré de J.D. Salinger qu’elle a monté? «Holden aspire à rattraper les enfants avant qu’ils ne tombent dans le précipice de l’âge adulte. Il veut préserver les âmes juvéniles, et leur enseigner à passer le cap, à sauter dans la maturité, mais en préservant l’innocence du gamin qui court dans les champs de seigle américains. Cette part de pédagogue, dans le personnage, oui, je m’y retrouve pleinement», répond-elle en songeant déjà à la perspective de devoir prendre congé, dans quelques semaines, des aînés en partance de sa Bande J.

Attrape mon cœur, Holden! Théâtre de la Parfumerie, jusqu’au 7 mai, 022 300 23 63.

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