À Onex, la Culture a un nouveau patron

Arts et spectaclesJérémie Decroux reprend le Service culturel tenu pendant 32 ans par Cyrille Schnyder-Masmejean. Son ambition? «Trouver le talent local».

Jérémie Decroux, en veston au centre, entouré de son équipe, avec, à sa gauche, Anne Andolfatto et Bastien Lechaud, et à sa droite Cyrille Schnyder-Masmejean, sa prédécesseure durant trente-deux ans. Debout sur la fontaine, Gregory Leone et Laure Schaller

Jérémie Decroux, en veston au centre, entouré de son équipe, avec, à sa gauche, Anne Andolfatto et Bastien Lechaud, et à sa droite Cyrille Schnyder-Masmejean, sa prédécesseure durant trente-deux ans. Debout sur la fontaine, Gregory Leone et Laure Schaller Image: LUCIEN FORTUNATI

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La Ville d’Onex a-t-elle trouvé sa perle rare? Directrice de la Culture communale, fondatrice des Spectacles onésiens, Cyrille Schnyder-Masmejean prend sa retraite après trente-deux années passées à ce poste (lire ci-dessous). Pour la remplacer, l’heureux élu se nomme Jérémie Decroux.

Ce jeune homme de 35 ans au curriculum vitæ étoffé (lire ci-contre) a repris cet été les rênes du service. Dès 2021, il se chargera à son tour de la programmation. Dans l’immédiat, Jérémie Decroux a fort à faire: sous son égide, Onex fusionne la Culture, qui se consacrait jusqu’alors essentiellement au volet programmatique, et la promotion culturelle, à savoir le développement de la création locale. L’objectif nouveau se résume en une phrase très télégénique: «Trouver le talent à Onex.»

«Il s’agit de mettre en place sur le long terme des structures permettant la réalisation locale des initiatives d’associations, d’artistes indépendants ou des nouveaux venus au sortir de leur formation. C’est un rôle de facilitateur.»

Onex, terre de rap et de BD

Il y a un terreau artistique dans la ville de près de 20 000 habitants, Jérémie Decroux en est convaincu: «Beaucoup d’étudiants, beaucoup d’esprits créatifs habitent à Onex, qui sont de potentiels artistes en devenir.» Hypothèse fondée, mais pas encore vérifiée. «À Onex, le logement est financièrement plus accessible qu’au centre-ville. Et ça, c’est déterminant.» Et notre interlocuteur de citer la jeune scène musicale, avec la chanteuse soul Nela. Ainsi que la BD: «La relève s’avère très douée, à l’instar de Sophie Morand.»

Il s’agit également de valoriser la commune aux yeux de ses habitants. Jérémie Decroux évoque l’exemple du Louvre dans les banlieues parisiennes, cette tournée estivale organisée en 2016: «Si le projet n’a jamais fonctionné – les résidents des banlieues ne s’y rendaient pas – en revanche cette même population se déclarait fière d’avoir le Louvre chez elle.» Et donc? Valoriser son «petit coin», c’est aussi la mission d’un service de proximité. «Ce pourrait être du street art dans les rues d’Onex ou des spectacles parmi les barres d’immeubles.» Comme l’a fait Antigel? «L’idée reste bonne.»

Antigel, voilà un des partenariats que la Commune entend «repenser et consolider». Sans oublier La Bâtie, JazzContreBand, Les Créatives, le FIFDH et la Fête de la danse. «Le Salon du livre cherche à sortir de ses murs. Pourquoi pas à Onex!»

Une salle pour l’art du cru

Jérémie Decroux se donne une année pour poser les bases de son projet. En gardant en tête un point crucial: les finances de la Commune ne sont pas extensibles. «La marge reste ténue pour développer le pôle culturel. Nous n’aurons pas plus d’argent, plutôt moins même. Pour arriver à nos fins, une restructuration du service s’avère nécessaire.» Le budget reste stable. Avec 1,3 million de francs environ, le Service culturel, qui se charge également des manifestations officielles, finance principalement la saison des Spectacles onésiens (près de 900 000 francs, y compris les représentations scolaires) et garde une petite somme pour subventionner divers événements, tels que Les Créatives ou le 1er Août, ainsi que diverses troupes installées dans la commune, comme la fanfare DekOnex.

Tandis que les Spectacles onésiens continueront de travailler avec la salle communale et le Manège d’Onex, le volet promotion peut compter sur deux structures déjà existantes, gérées par le Service jeunesse et actions communautaires: la Maison de la musique et la Maison onésienne. Cette dernière, en rénovation, se dotera d’une nouvelle salle de 100 places pour accueillir notamment les artistes locaux, qu’il s’agisse de théâtre, de danse ou de musique. Conclusion, provisoire, de Jérémie Decroux: «La Culture onésienne est un pôle qui s’élargit pour toucher les créateurs aussi bien que les consommateurs.»


Quel public pour Onex?

Seul en scène, théâtre, chanson, jazz, musiques du monde. Lancés il y a trente-deux ans par Cyrille Schnyder-Masmejean, qui assure encore deux saisons jusqu’en 2021 comme directrice artistique et programmatrice, les Spectacles onésiens fonctionnent bien, selon ses promoteurs. Il en va ainsi de la cuvée 2019-2020: ouverte en mai dernier, la billetterie a déjà écoulé la moitié des entrées. «Avec un taux de remplissage final se situant entre 85 et 90%, les Spectacles sont solides», commente Jérémie Decroux. Raison pour laquelle le nouveau chef du Service culturel de la commune poursuivra, dit-il, sur la même ligne artistique que sa prédécesseure, dès la saison 2021-2022. Il ajoute: «Le système d’abonnement à la carte, avec billets transmissibles, favorise également cette réussite.»

Une part importante des spectateurs reste fidèle depuis des années et provient également de l’extérieur de la commune. Cependant, constate Jérémie Decroux, le public, en dix ans, a changé: «Les jeunes adultes constituent la nouvelle cible, les 25-35 ans qui n’ont pas encore d’enfant, bougent beaucoup, possèdent un bon pouvoir d’achat et gardent leur logement à Onex. C’est le public d’Antigel, de La Bâtie, de Paléo également.» Conséquence de la révolution numérique, cette génération «Z» s’avère plus soucieuse de son bien-être, et de se divertir. «Cette clientèle aime être surprise et accepte de payer pour cela.» F.G.

Créé: 17.09.2019, 22h32

Un homme de terrain

Bachelor en économie d’entreprise, formation en marketing-communication puis en gestion culturelle à l’EPFL: à l’administrateur tout droit sorti de l’académie, donnerait-on la culture sans confession? S’il a en effet le diplôme solide, Jérémie Decroux a surtout l’expérience du terrain.

Depuis les années 2000, on l’a vu travailler au Box et au Chat Noir comme à Voix de Fête, où il assurait la com’, le bar, la déco. Il a fait tourneur puis manageur pour Aliose, collaboré aux Blues Rules, aux Caprices, participé aux associations Bars en Fête, La Teuf et Débranché. Avant de migrer vers le livre: le Cercle de la librairie et de l’édition d’abord, le Salon du livre ensuite. Jérémie Decroux opère en «couteau suisse», se chargeant des événements satellites, Lausa’noir ou Festival du livre suisse à Sion. Idem à Palexpo où il fait tout, des Automnales à l’European Dog Show. «J’ai vu des chiens copuler dans les toilettes – j’ai appris que la semence des gagnants se vend très cher», sourit-il. Un jour, Jérémie Decroux est devenu père. «J’étais à flux tendu toute l’année, c’était le moment de faire autre chose.» Il se trouve à la Maison de Rousseau et de la littérature quand se présente l’opportunité de reprendre le Service culturel d’Onex. «J’ai vu à quel point l’accès à la création n’était pas démocratique: on juge un projet crédible parce qu’il a de l’argent. Pour ma part, je suis convaincu qu’il faut défendre et accompagner l’émergence de la culture locale.» F.G.

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