Zep confronte Titeuf aux dangers d’Internet

Bande dessinéeDécouvrez en exclusivité deux planches du nouvel album de Titeuf. Le dessinateur genevois évoque différents phénomènes de société dans son nouvel album, à paraître le 24 août.

Zep dans son atelier, sur la Rive droite à Genève.

Zep dans son atelier, sur la Rive droite à Genève. Image: Laurent Guiraud

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La rentrée a du bon. Quelques jours avant de retrouver les salles de classe, les écoliers (et leurs parents) ont rendez-vous avec Titeuf. Deux ans après son précédent album, la star des préaux revient dans un nouvel opus, A fond le slip !, à paraître le 24 août. Dès ce samedi, la Tribune de Genève en publie des extraits en exclusivité. Oscillant entre humour cour de récré et fine observation de phénomènes de société, ce quinzième tome, composé uniquement de gags en une ou deux pages, voit notamment la mèche la plus célèbre de la BD assister à une manifestation anti-IVG et se confronter à des déchets nucléaires qui puent du slip. Quant aux filles, elles restent inaccessibles, malgré les bons conseils prodigués sur Internet. Pô facile d’être un héros en 2017. Ce n’est pas Zep qui dira le contraire. Dans son atelier, alors qu’il planche déjà sur un nouveau projet en forme de thriller, le dessinateur genevois évoque ce monde complexe, vu à travers la naïveté de l’enfance.

On avait quitté Titeuf en 2015, aux portes de l’adolescence. Il ne les a pas franchies. Il reste même assez enfantin…

Le seuil de l’adolescence demeure assez flou. Il y a des moments de fulgurance où on n’est pas loin de basculer dans l’âge ingrat, et d’autres où l’on redevient assez bébé, surtout les garçons. Titeuf reste dans l’imitation des grands. Il ne sait pas trop ce dont il a envie. Il n’est pas encore tenu par le désir.

Pour se renseigner, il surfe désormais sur la Toile. Internet, c’est le nouvel éducateur pour les gosses?

Oui, clairement. Cela n’a pas remplacé le professeur, mais c’est devenu le grand frère qui sait tout. Plus sympa à suivre que les parents ou les profs. Une espèce d’encyclopédie… qui mélange souvent le vrai au n’importe quoi. Dans A fond le slip!, j’avais notamment envie de parler du rapport à la pornographie. Une page sur dix est porno sur Internet. Difficile aujourd’hui pour les gosses de ne pas tomber sur ce genre de site.

Titeuf, lui, semble plutôt ignorant des mystères de l’amour physique. Il n’a pas tiré profit de l’exposition «Le zizi sexuel»?

Non, visiblement, il n’en a rien retenu (rires)! Il a fait comme les garçons de son âge. Les filles sont meilleures élèves pour ça.

Contrairement à certains de ses camarades, il apparaît peu porté sur les réseaux sociaux. Un reflet de son créateur?

Sans doute… J’ai fait pas mal de résistance par rapport à ça. Je n’avais pas trop envie de glisser des téléphones portables et des ordinateurs au milieu de ma bande dessinée. Dans ce nouvel album, il y en a plusieurs, parce que c’est devenu partie intégrante de la vie des enfants. Je ne pourrais pas prétendre raconter le quotidien d’un gosse de 10 ans en omettant son rapport à Internet. J’ai été obligé d’y confronter Titeuf, mais forcément, les autres sont davantage au point. Parce que lui, c’est moi, et que je suis un peu perdu dans ce domaine.

Par écrans d’ordinateur interposés, il se retrouve confronté à un pédophile! Le rire permet d’aborder des sujets terribles?

Cela fait partie du quotidien des enfants. Ils vont énormément sur les réseaux sociaux, sur des sites où ils sont en quête de popularité, d’amis, de «likes». Ils aiment obtenir des validations de ce qu’ils font. Du coup, ce sont des cibles assez faciles pour les adultes qui se font passer pour eux. Comme ils sont tout de même bien informés, ils arrivent à les débusquer assez vite. Je le vois avec mes propres gamins. Un jour, ils m’ont dit: «Ça, c’est un faux enfant; la première chose qu’il nous demande, c’est notre âge.» Personne ne fait ça à part les adultes.

C’est délicat de parler de ce genre de sujet dans une bande dessinée grand public?

Ce n’est pas la première fois que je le fais. Dès la création du personnage, j’ai choisi de ne rien m’interdire. Les pédophiles sur Internet, c’est une réalité, je ne peux pas faire comme si cela n’existait pas. Il n’y aura jamais de pornographie dans Titeuf, mais ce genre de rapport au danger existe.

Les parents de Titeuf tentent de le préserver d’une certaine trivialité du monde des adultes. Mais il n’est pas dupe…

Avant la puberté, on pressent que beaucoup de choses ne correspondent pas à ce que nous en disent nos parents. On devine qu’on nous cache quelque chose, sans vraiment savoir quoi. Titeuf est conscient que son père et sa mère lui racontent des histoires sur certains sujets. Mais en même temps, il ignore tout du sadomasochisme ou du fétichisme. Il comprend juste que l’explication Bisounours ne tient pas. Il sait que quand on lui dit: «Un monsieur et une dame tout nus? C’est parce qu’ils font de la gym», ce n’est pas vrai!

De nouveaux personnages apparaissent dans cet album. Parmi eux, Momo, un petit musulman intégriste…

Le vivre-ensemble est devenu un enjeu politique et social. Comment faire pour coexister dans nos villes? On m’a sollicité plusieurs fois à ce sujet. L’Instruction publique genevoise a produit l’an passé une petite brochure sur ce thème, que j’ai illustrée. Il ne s’agit pas de mettre au pilori certaines personnes, mais de donner un axe précis sur ce qu’on peut faire à l’école et ce qu’on ne peut pas faire, quelle que soit la religion des uns et des autres. Dans le même ordre d’idées, j’ai réalisé des dessins pour des petits films d’animation orientés pour les enfants, en France. Ce n’était pas simple. Il y a toujours une tendance à chercher un Tartuffe et à le charger. Aujourd’hui, c’est facile de se foutre de la gueule des intégristes musulmans. Mais cela ne va rien arranger. Il faut trouver une manière de cohabiter sans se rejeter les uns les autres. Je pense que rire de nous-mêmes, c’est une issue. On est tous ridicules à un moment dans notre manière d’être persuadés d’avoir raison. Le petit Momo, je n’avais pas envie d’en faire un méchant. Il dit des trucs énormes parce que ses parents lui ont affirmé que c’était comme ça. Il est de bonne foi. J’avais envie de trouver le juste curseur pour qu’on aime bien ce personnage.

A l’image de vos histoires réalistes, vous alternez des créations qui n’ont rien à voir les unes avec les autres. Quand vous revenez à Titeuf, les idées de gags affluent aussitôt?

Titeuf est toujours avec moi. Je ne lui ferme jamais la porte. Même lorsque je travaille sur un autre projet, il ne se passe pas dix jours sans que je ne note quelque chose par rapport à lui. Cela peut arriver en pleine nuit. J’ai des insomnies. Sur ma table de chevet, je garde toujours des bouts de papier pour transcrire une idée et m’en rappeler le lendemain. Cela ne débouchera pas forcément sur un gag, mais c’est un peu comme si j’écrivais le journal intime de Titeuf.

Un gag de ce nouvel album montre que tout le monde n’a pas la même vision de Titeuf. Quelle est la vôtre, après vingt-cinq ans passés en sa compagnie?

Ça dépend des jours. Je me mets dans la peau de Titeuf quand je le fais. Lorsque je le dessine, je redeviens l’enfant que j’étais à son âge. Je le trouve formidable, forcément. Je suis persuadé que toutes les filles de la classe devraient être amoureuses de lui et que potentiellement, c’est le type le plus formidable de l’univers! Mais après, il faut bien se rendre compte qu’à l’usage, ce n’est pas tout à fait vrai. (TDG)

Créé: 05.08.2017, 10h03

Cliquer pour agrandir la planche.

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