Virginie Efira: «Je faisais de la télé en ayant envie de cinéma»

InterviewLa comédienne est à l’affiche de «Sybil» de Justine Triet.

Virginie Efira, tiraillée dans le rôle à tiroirs de «Sibyl», réalisé par Justine Triet.

Virginie Efira, tiraillée dans le rôle à tiroirs de «Sibyl», réalisé par Justine Triet. Image: DR

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C’était le quatrième film de femme du concours cannois 2019. «Sibyl», écrin pour Virginie Efira, à nouveau servie par une Justine Triet qui avait déjà cassé son image dans «Victoria». Pour la comédienne belge de 42 ans, la reconversion est désormais totalement accomplie. C’est à Cannes qu’on l’a retrouvée, pour un joli tête-à-tête sur la terrasse d’un palace.

Votre rôle dans «Sibyl» comporte plusieurs niveaux. Est-ce que cela en accroît la difficulté?

Je n’arrive jamais à me dire ça avant de faire un film. Ma confiance en Justine Triet, la réalisatrice, permet de ne pas me poser ce type de questions. Je n’éprouve ni peur ni paralysie. Et puis je sais bien qu’on arrive toujours au mieux à donner quelque chose.

Le fait d’avoir déjà tourné avec Justine Triet, dans «Victoria», a-t-il installé cette confiance dont vous parlez?

Oui, d’autant plus que le film correspondait à un tournant dans ma carrière. Le passage d’un cinéma plutôt formaté à quelque chose de plus orienté film d’auteur. C’est à Cannes que tout cela s’est passé, en 2016 (ndlr: cette année-là, «Victoria» avait été sélectionné à la Semaine de la Critique). Cela m’a clairement libéré de quelque chose.

Dans «Sibyl», votre personnage se construit un peu contre les autres.

Oui, c’est très particulier. Ce film pose aussi, quelque part, la question de nos origines. Qu’en fait-on, peut-on s’en défaire?

Est-ce que votre expérience de présentatrice à la télé vous a aguerri par rapport au cinéma?

Je ne pense pas, car cinéma et télévision sont si différents. J’étais dans la maîtrise en présentant des émissions et je rêvais d’abandon. Je faisais de la télé en ayant envie de cinéma. Benoît Poelvoorde, qui tout comme moi est Belge, m’avait dit que comme j’avais fait de la télé, tout pouvait m’arriver. Disons que je suis habituée au chaos des plateaux de télévision. À ce niveau-là, je n’ai pas été dépaysée au cinéma. Sauf que quand on est acteur, on ne peut pas simplement appuyer sur un bouton pour trouver le bon cadre. Chaque film nous fait replonger dans une réalité différente.

Devenir une actrice demandée, convoitée par les réalisateurs, cela doit être confortable. Vous devez refuser pas mal de propositions.

Pas tant que ça. Je lis tout et je prends la peine de rencontrer les gens. J’arrive en général bien à me mettre à la place de la personne qui est en face de moi. Et à lui expliquer pourquoi un projet me parle ou non intimement. Certains films, on sent qu’on va vouloir les faire. Je ne me trompe jamais, même si tout ne peut pas être comme avec Justine Triet ou Paul Verhoeven.

Comme vous parlez de Verhoeven et de «Benedetta», l’histoire d’une nonne lesbienne que vous incarnez, que pouvez-vous en dire?

C’est un tournage que j’ai commencé deux semaines après la fin de celui de «Sibyl». Je n’en revenais pas d’avoir été choisie par cet homme-là (ndlr: elle tenait déjà un petit rôle dans «Elle»). En lisant le scénario, je ne pensais pas qu’il me proposerait ce rôle-là.

Pourriez-vous refaire de la télé?

On ne sait jamais de quoi l’avenir sera fait. La radio m’intéresserait davantage. J’écoute un nombre énorme de podcasts. La radio prend le temps, et c’est ça qui me plaît.

Créé: 28.05.2019, 17h20

La critique

Folie contrôlée

Avec Justine Triet, Virginie Efira, c’est d’abord un prénom. Victoria, et aujourd’hui Sibyl. Une manière d’affirmer que son personnage doit dicter sa logique, voire donner son identité au film. Mais qui est-elle au juste, que cherche-t-elle? Le film y répond en multipliant les intrigues. Psychothérapeute, Sibyl semble mue par une autre passion, l’écriture. Une nouvelle patiente va la pousser dans d’autres retranchements. Margot, comédienne névrosée et perturbée, va ainsi l’entraîner sur une pente savonneuse. Jusqu’à s’immiscer dans un tournage de film où rien ne se passera comme prévu. Il y a une part de burlesque dans ce film effronté et volontiers cruel avec ses personnages féminins. Il y a aussi cette liberté dont use Justine Triet de ne pas tout expliquer à tout prix. L’un des patients mineurs de Sibyl, par exemple, dévoile une réalité dont on n’entrevoit que quelques bribes. Mais cette folie contrôlée a aussi ses limites. À force de courir plusieurs lièvres, le film mène à une impasse dont il ne sort qu’au prix de quelques pirouettes scénaristiques. Le point fort de ce nouveau film de celle qui fut révélée par «La Bataille de Solférino», c’est bien Virginie Efira, avec mention au passage à l’actrice de «Toni Erdmann», la formidable Sandra Hüller, qu’on retrouve ici dans un rôle de cinéaste.

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