Vanessa Schindler porte le chic au firmament de la technologie

Stylisme La jeune diplômée de la HEAD vient d’être doublement primée au Festival international de mode de Hyères. Rencontre.

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Elle tient à se mettre un peu de rouge, pour la photo et conjurer la fatigue de ses traits. Car ces dernières semaines l’ont projetée dans un éreintant tumulte. Sélectionnée, avec neuf autres finalistes, au 32e Festival international de mode de Hyères, Vanessa Schindler y a présenté, réactualisée, la collection qu’elle avait conçue pour son master à la Haute Ecole d’art et de design de Genève (HEAD).

Déjà consacrée lors du défilé annuel de l’académie genevoise en novembre, la créatrice de 29 ans a vu son travail, baptisé Urethane Pool, chapitre 2, doublement récompensé par la prestigieuse manifestation française le 30 avril, en décrochant le Grand Prix du jury Première Vision ainsi que le Prix du public. Une reconnaissance à la fois professionnelle et populaire pour la Bulloise, qui hésite entre vif bonheur et légère stupéfaction. «J’ai une chance folle, réagit-elle derrière son abondante frange brune. Toutes les portes s’ouvrent, c’est incroyable, je n’arrive même pas à répondre à toutes les sollicitations.»

Vêtements sans couture

Alliant délicate élégance et prouesse technique, le stylisme selon Vanessa Schindler relève un peu de l’alchimie. Il a fallu deux ans d’expérimentations pour mettre au point un procédé novateur lui permettant de se passer de couture. «Plusieurs stages m’avaient donné envie de faire des recherches dans le montage du vêtement, explique-t-elle. J’avais le fantasme de mouler le textile.» Ses investigations la mènent à l’uréthane, un polymère de consistance mielleuse qui s’apparente, une fois sec, à du silicone.

Destiné, au début, à réaliser des accessoires, comme des sacs, le matériau s’avère propice à d’autres usages. En le coulant sur le tissu, Vanessa s’aperçoit qu’elle peut souder des pièces entre elles et réaliser ourlets, encolures ou ajours. Adieu fil, aiguille, surpiqûre. «Avec ce nouveau vocabulaire de finition, je pouvais dessiner avec la matière, raconte la lauréate. Ça offrait un geste très libre dans le patronnage et des possibilités infinies s’agissant de l’ornementation.» Grâce à sa plasticité, l’uréthane sert donc à la fois à la structure et aux décors des habits. Sans compter qu’il permet de produire les pièces de façon complètement autonome en atelier. «Je visais essentiellement à l’efficacité en termes de produit, une sorte d’artisanat nouvelle génération.»

Robe longue et vaporeuse incrustée de coquillages, pantalon immaculé dont le tissu arachnéen se charpente sous l’effet de bandes de polymère, top aérien jouant des transparences, la collection pour femmes de Vanessa, résolument futuriste, sourd une sensualité tout en retenue. Elle suscite «une émotion poétique et raffinée», au dire élogieux, dans la presse internationale, de Bertrand Guyon, directeur du style de la maison Schiaparelli et président du jury du Festival d’Hyères 2017.

Tremplin et promesses

Les récompenses décrochées au début du mois valident, assurément, un talent fort prometteur; elles constituent également un indispensable tremplin, puisqu’elles s’assortissent de promesses de collaborations avec des marques célèbres. La Suissesse aura notamment l’opportunité de revisiter deux modèles de l’enseigne Petit Bateau et de développer un projet avec les Ateliers des métiers d’art de Chanel – en particulier la maison Lesage, spécialiste de la broderie d’exception. Il y aura aussi des invitations, en juillet, à la Fashion Week de Berlin et au Salon international des textiles de New York. Vanessa Schindler se doit, en outre, d’imaginer une nouvelle collection pour la prochaine édition de l’événement qui vient de la couronner.

La jeune créatrice s’apprête donc à vivre une année aussi trépidante que créative. Avec enthousiasme, mais sans pécher par excès d’ambition: «Ça me tient à cœur de continuer à travailler à petite échelle, concède celle dont on devine le tempérament modeste et pondéré, possiblement un poil effarouchée par l’emballement médiatique. J’aimerais demeurer dans le geste de la main, travailler sur des éditions limitées d’objets avec, idéalement, une équipe en qui j’ai confiance. C’est une technique tellement personnelle!» Une technique si originale qu’il serait avisé de la protéger.

vanessa-schindler.ch

(TDG)

Créé: 15.05.2017, 19h08

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