Quand Erni rencontre Rousseau

Décryptage d'une oeuvreLa fresque céramique habille depuis 50 ans la plus grande façade de la rue de Coutance.

Les passants regardent cette fresque sans plus la voir, et sans vraiment réaliser qu'elle est en céramique.

Les passants regardent cette fresque sans plus la voir, et sans vraiment réaliser qu'elle est en céramique. Image: Laurent Guiraud

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Elle domine les passants depuis pile cinquante ans et tout le monde la regarde sans plus la voir, tant elle fait partie du paysage. La fresque céramique qui orne la plus grande façade de la rue de Coutance a été dévoilée au public le 13 septembre 1967, lors de l’inauguration de la Placette.

Hans Erni signe avec Marcel Noverraz cette œuvre monumentale qui rend hommage à Jean-Jacques Rousseau. Et pour cause: la maison où le philosophe avait vécu enfant, entre 1718 et 1722, avait été rasée avec quinze autres immeubles pour faire place au grand magasin. Cela avait fait grincer quelques dents, forcément. L’ouvrage commémoratif aide à faire passer la pilule.

Mandaté par les propriétaires de la Placette, Erni dessine alors la fresque, dans son style libre et inimitable. Et c’est la Poterie de la Chapelle (qui abrite actuellement la Fondation Bruckner) qui va réaliser ce relief de 16 mètres sur 11,5 d’après le carton de l’artiste lucernois. Il est écrit dans certains documents que le potier Marcel Noverraz façonna, à la main, les 1800 pièces formant la mosaïque.

Or l’artisan d’art était à cette époque assez handicapé et la commande trop colossale pour pouvoir la réaliser seul. C’est donc son bras droit, le potier Max Bidermann, qui mettra la main à la pâte, assisté de Charles Collet, qui fera le rapport des calques, de Rosette Badertscher, décoratrice de l’atelier de la Chapelle, et du manœuvre Georges Revillet.

Ensemble, ils vont travailler plus d’une année durant à faire des essais puis à confectionner ces carreaux qui sont tous de dimensions différentes. Les couleurs rouge et jaune, en clin d’œil peut-être au drapeau genevois, se détachent sur fond gris. Pour réaliser ce relief de plus de 180 m2, ces artisans vont utiliser pas moins de 16 tonnes de terre!

Lors de l’inauguration publique de la fresque, le professeur Bernard Gagnebin, spécialiste de l’œuvre de Rousseau, fera une analyse dont nous reprenons quelques extraits: «En situant sa composition entre les branches d’un chêne et le geste affectueux d’une jeune femme en train de lire un livre, Hans Erni a voulu montrer les liens qui unissent Rousseau à la nature, d’une part, à l’exploration de la vie intérieure, d’autre part.»

(TDG)

Créé: 21.09.2017, 22h10

Représentation

«Rousseau enfant assiste à cette fameuse fête de Coutance, où les soldats du régiment et les femmes du Faubourg dansèrent toute la nuit autour de la fontaine de Saint-Gervais, au son des flûtes et des tambours», décrit le professeur Gagnebin.

La fameuse phrase est gravée dans la tête des Genevois à force de la lire sur la façade, collée à côté du relief.

Rousseau, adulte, porte la perruque et s’apprête à quitter son pays, comme le suggère le bâton de pèlerin qu’il tient en main. «Ce n’est pas encore le promeneur solitaire, mais c’est déjà l’homme qui s’interroge sur sa condition et sur sa destinée.»

Le geste d’Erni suggère plutôt qu’il ne montre le livre que tient en main une jeune femme rêveuse. Sous son bras repose la signature de l’artiste.

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