Plongée dans l'intimité de véganes genevois

Série végane 3/3Le premier «festival végane» du canton s’installe les 20 et 21 octobre prochains à la Madeleine. Immersion dans le foyer de défenseurs des animaux.

Vidéo: Marianne Grosjean

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Marre de cautionner la souffrance des animaux. Voilà le message que défendent les véganes (ou vegans), qui ne consomment ni viande, ni poisson, ni produits issus des animaux ou de leur exploitation (lait, œufs, cuir, laine, cosmétiques testés sur des cobayes, etc.). Dans le pays, environ 1% de la population adhérerait à ce mode de vie. Le chiffre provient de la partisane Société végane Suisse, seule instance avançant une statistique à l'heure actuelle.

Si le grand public a déjà pu observer diverses manifestations, stands de dégustation et autres veggie pride à Genève, il assistera (ou pas) au premier «festival vegan» sur sol genevois, au Théâtre de la Madeleine. Mis sur pied par Urban vegan Genève, l’événement démarre jeudi soir par une conférence du philosophe américain Will Tuttle et dure jusqu’au samedi 21. «On s’est rendu plusieurs fois aux veggie world de Paris et Lyon, et on a vraiment eu envie de proposer un festival du genre à Genève», explique Maica Garcia, co-organistatrice de l’événement avec Danièle Coletti. Au menu? Conférences et ateliers de cuisine végane, ainsi que des stands de nourriture, maroquinerie, cosmétique et vêtements. Une foire, finalement? «On a évité le terme, car ça fait penser à une foire aux bestiaux», sourit Maica Garcia. Le ton est donné.

Pour mieux comprendre le phénomène, nous sommes allés à la rencontre de véganes genevois. Chaque jour, retrouvez le portrait de militants de la cause animale.


3. La femme d’affaires au bon flair

Il n’y a pas si longtemps, Claire Smith travaillait dans la banque, «à la vente et la structuration de produits». Aujourd'hui, c'est une entrepreneure indépendante accomplie. Elle a lancé à ce jour deux entreprises, un food-truck végane, Beyond eat, que l’on a pu croiser cet été dans divers festivals et qui s’arrête au marché de Carouge le jeudi, ainsi qu’un site de vente en ligne de maroquinerie en faux cuir, Beyond bags. «Il y a un manque de sacs en imitation cuir de bonne qualité, pour les gens actifs professionnellement. Pour les véganes, soit il y a des sacs en toile façon hippie, soit la marque Stella McCartney pour les ultrariches. Il manque un entre-deux. J’achète des sacs à des petits créateurs et les revends sur mon site.»

Mais le grand projet de la Londonienne d’origine de 55 ans, c’est de «créer un portefeuille de projets d’investissements écologiques et véganes, pour que des gens sensibles à la cause puissent y placer leur argent». Elle cite Bill Gates qui investit notamment dans le développement de la «clean meat» (soit viande propre), une manière de créer un steak en laboratoire qui ne soit pas issu d’un animal vivant.

Compassion pour les vaches à l'allaitement

Végétarienne depuis l’adolescence - elle regardait des documentaires sur ce que devenait l’élevage industriel en Angleterre avec son père ancien fermier s'occupant de vaches laitières - la Londonienne de 55 ans est devenue végane en allaitant sa fille, il y a dix-neuf ans: «Je ne pouvais m’empêcher de penser aux vaches à qui on enlève le petit à peine né pour utiliser leur lait. Si ça m’arrivait, ce serait un cauchemar, me disais-je.» Pourtant, sa fille n’a pas grandi végane. «Son père s’y était opposé. Mais aujourd’hui, elle est quasi végétalienne, parfois elle mange un peu de saumon ou de poulet.»

«Avant, je considérais que ne pas manger de la viande constituait un choix personnel. Mais ce n’est pas le cas: l’élevage intensif a un impact considérable sur la déforestation, et l’état de la planète nous concerne tous. Je ne peux pas simplement me taire et accepter», déclare celle qui est devenue plus militante avec le temps: «Je me suis longtemps adaptée aux restaurants, même si le plat contenait du lait ou des œufs. Aujourd’hui, je demande toujours ce qu’ils peuvent faire comme variante végane.»

«Le choix de tuer»

Les animaux, plus importants que les humains? «A mes yeux, nous avons tous une valeur égale. Or 150 milliards d’animaux sont tués par année sur terre, soit plus que tous les êtres humains ayant jamais habité sur la planète. C’est un holocauste d’une ampleur scandaleuse. L’urgence est de stopper cela.» Et d’asséner, le regard sévère: «Trois fois par jour aux heures de repas, on fait le choix de tuer ou non, selon ce qu’on met dans notre assiette.»


2. Parents, enfants, chiens et chats: tous véganes

Dans leur salon coquet à Champel, Heather et Leonardo Droghetti nous racontent leur conversion à la cause animale, il y a deux ans. Autour d’eux, trois chiens et deux chats se disputent leurs caresses. «On a regardé les documentaires Cowspiracy et Earthlings sur Netflix, en famille. Nous étions tous choqués, mais ce sont nos fils (de 13 et 16 ans, ndlr) qui ont clairement manifesté leur envie de devenir véganes. On a tout de suite opéré le changement», se souviennent les parents.

Pour Heather, enseignante dans une école Montessori, c’est l’exploitation des animaux qui l’a convaincue. Architecte, Leonardo a tout d’abord été plus interpellé par l‘impact de l’élevage intensif sur l’écologie. «On cultive des quantités phénoménales de céréales pour du fourrage, au lieu de les manger nous-mêmes. Dans 40 ans, on sera deux milliards d’humains en plus. Ce n’est simplement pas viable de continuer à manger de la viande», soutient le père de famille.

Foie gras versus produits véganes à Noël

Au début, les Droghetti mangeaient végane à la maison, mais s’adaptaient à des recettes végétariennes (avec œufs et lait notamment) à l’extérieur. Mais depuis un an, plus d’exception: «Quand on est invité, si la nourriture n’est pas végane, on emporte notre nourriture. A Noël, ils mangent leur foie gras, et on mange nos produits.» De quoi se fâcher avec leurs amis? «Au début, certains nous trouvaient trop extrêmes. Maintenant ça passe mieux. Et comme pour la religion ou la politique, on évite de lancer la conversation à ce sujet.»

Et les enfants, comment vivent-ils la reconversion? «C’est plutôt bien vu au collège, de manger avec éthique», assure le grand. Pour le cadet, qui a essuyé des quolibets tels que «veganazi», en référence au prétendu végétarisme de Hitler, c’est moins évident, sans pour autant être difficile: «Ce qui m’importe, c’est de ne pas faire de mal, ni aux animaux, ni à la planète», soutient-il.

L'accord d'un vétérinaire

Devant le frigo où sont affichés des dessins de cochons gambadant heureux dans l’herbe, les chiens quémandent un biscuit. Végane? «Oui. Au début, nous n’avons pas changé leur nourriture. Mais ça me gênait d’acheter des boîtes contenant des restes d’animaux malades conglomérés», explique Heather en citant un autre documentaire, Pet fooled. «On a demandé l’avis d’un vétérinaire, qui nous a recommandé de la nourriture végane avec tous les nutriments requis, particulièrement pour les chats, carnivores stricts. Au début, ils rechignaient, mais ils se sont peu à peu habitués et sont aujourd’hui en parfaite santé», assure Leonardo.

Pourtant, les Droghetti ne se disent pas puristes. Il leur arrive de boire un verre de vin «pas végane» au restaurant - le processus de clarification du vin nécessite souvent une pâte à base de blanc d’œuf, de colle de poisson, ou encore de caséine, particule que l’on retrouve dans le lait. «J’ai donné mes vestes, mais j’utilise mes chaussures en cuir jusqu’à ce qu’elles soient abîmées», confie encore Heather.


1. Grégory et Gaëlle: Aimer les animaux et le chocolat


«C’est génial de pouvoir vivre ses convictions en couple», nous confie Gregory, stagiaire paysagiste de 26 ans, dans le studio des Eaux-Vives qu’il partage avec sa dulcinée, Gaëlle Benhayon, 23 ans, étudiante à la Haute Ecole de travail social. Les tourtereaux nous racontent comment ils ont arrêté «de manger les animaux», entre brocoli et tacos au paprika.

«J’étais végétarienne depuis l’adolescence, la souffrance animale m’a toujours choquée», explique Gaëlle. «Moi j’adorais la viande, sourit Gregory. Je trouvais le végétarisme de Gaëlle honorable, mais je pensais que je n’arriverais jamais à suivre cette voie.» Le «déclic» végane s’est opéré il y a trois ans, après la rencontre du «Black Metal Vegan chef», un blogueur de cuisine végane au look trash, au Salon du livre de Genève: «C’était impressionnant de voir un bad ass qui assume ses convictions», se souvient Gregory.

Quelques bourrelets en plus

«C’est plus facile d’être végane aujourd’hui qu’il y a dix ans, avec tous les produits de substitution qui existent», souligne Gaëlle. Et pour cause. Fans de ces plats préparés et aliments proposés dans le commerce, du «fauxmage» au steak végétal en passant par le chocolat sans lait, ils avouent avoir «pris quelques bourrelets» depuis leur reconversion.

De nombreux produits certifiés véganes ont peu à peu colonisé l’appartement. Produits de beauté non testés sur les animaux, un flacon de vitamine B12 et une peluche brocoli pour la déco. «On a donné nos objets en cuir. L’idée d’avoir de la peau d’un animal sur moi me dérange», frissonne Gaëlle.

Comment se comportent-ils quand ils se retrouvent à côté de mangeurs de viande? «On essaye toujours d’engager la conversation. Au début, on s’énervait contre les gens qui ne voulaient pas changer. Aujourd’hui on adopte une attitude plus douce, on attend le bon moment, on essaye d’expliquer aux gens qu’ils peuvent avoir le même contenu qu’il y a dans leur assiette mais sans la souffrance animale. Mais on ne renonce jamais.»

Les animaux plus importants que l'écologie

La défense des animaux passe-t-elle, selon eux, avant celle des humains? «Non. Mais on ne doit pas attendre d’avoir éradiqué la faim dans le monde pour se soucier des animaux. On peut faire quelque chose de concret tout de suite en choisissant ce que l'on mange.»

Puisque selon le vœu végane, l’exploitation animale est totalement abolie, que faire des paysans qui, faute de moyen, labourent leur champ avec un bœuf tirant une charrue? «Il faudrait que l’on envoie de l’argent aux pays pauvres pour pouvoir éviter d’exploiter les animaux. Une machine serait préférable.» Même polluante? «Oui.» Un parti pris que ne partagent pourtant pas tous les véganes.

(TDG)

Créé: 11.10.2017, 16h27

3. Claire Smith. (Image: Steeve Iuncker-Gomez)

2. La famille Droghetti. (Image: Georges Cabrera)

1. Gregory Kugler et Gaëlle Benhayon. (Image: Laurent Guiraud)

L'avis du médecin sur le régime végétalien

Au fait, se passer de toute alimentation animale comporte-t-il un risque pour la santé? Le Dr. Claude Pichard, gastro-entérologue aux HUG, souligne les «risques élevés de carences en fer et en vitamine B12»: «Quand le régime végétalien est culturel, il y a en général moins de problème, car des stratégies traditionnelles ont été développées. La cuisson lente dans une casserole en fonte – en Inde, notamment – permet de parer le manque de fer, puisqu’un peu de ce métal se répand dans la nourriture. Ce qui est plus problématique, ce sont les gens qui changent du jour au lendemain sans suivi médical. Il faudrait se faire contrôler dans les quatre à six mois après le début du régime, puis régulièrement pendant quelques années. Les femmes enceintes, les enfants et les personnes de plus de 60 ans devraient être suivies plus fréquemment.»

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Suite à lire dans le commentaire d'Olivier Bot du 11 octobre 2017.

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