Photographier au musée: Genève entre interdiction et incitation

DécodageChaque institution a sa politique sur les prises de vue des œuvres.

Pour les visiteurs du Musée de la Croix-Rouge, les statues des pétrifiés constituent un arrêt photo obligé. Le musée accompagne cette pratique en instituant un point à selfie, et en encourageant à mettre les clichés sur Instagram.

Pour les visiteurs du Musée de la Croix-Rouge, les statues des pétrifiés constituent un arrêt photo obligé. Le musée accompagne cette pratique en instituant un point à selfie, et en encourageant à mettre les clichés sur Instagram. Image: Georges Cabrera

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Tous photographes! Avec les smartphones, chacun a désormais un appareil photo dans sa poche. Même en se rendant au musée. Mais ce qui peut dérouter le visiteur, c’est que chaque institution a ses propres règles en matière de photographie. Rien qu’à Genève, on rencontre tous les cas de figure. Les musées qui interdisent totalement les photos. Ceux qui les autorisent pour les expositions permanentes, pas pour les temporaires. Ceux qui permettent les photos, mais sans flash. Et ceux qui autorisent tout, ou presque.

Préservation et contrôle

Les raisons de ces interdictions sont diverses. Il y a d’abord la question de la préservation des œuvres, que le flash peut endommager. Cela concerne principalement les travaux sur papier, particulièrement sensibles. «La répétition du flash les abîme, surtout les encres et les pigments qui peuvent réagir assez mal sur le long terme», insiste Nicolas Ducimetière, vice-directeur de la Fondation Bodmer. Pour les autres types d’objets, cette restriction, peu justifiée, semble plutôt tenir de la tradition. «Nous avons vérifié auprès de nos restauratrices: le flash n’abîme pas les œuvres», relate Laurence Berlamont-Equey, chargée de communication au Musée d’ethnographie, qui a donc aboli cette interdiction.

La prohibition du flash, ainsi que du trépied, vise également à empêcher les prises de vues professionnelles. Celles-ci doivent faire l’objet d’une demande officielle, plus ou moins facile à obtenir selon les musées. «Cela nous permet de nous assurer que l’image de l’institution est utilisée à bon escient», souligne Laurence Berlamont-Equey.

Le droit à l’image des œuvres exposées revêt aussi une grande importance. Surtout pour celles, n’appartenant pas à l’institution, qui sont prêtées à long terme ou de manière temporaire. Car le contrat de prêt standard interdit les photographies, sauf exceptions. «Désormais, nous essayons d’intégrer le public dans les autorisations de prêt, explique Samantha Reichenbach, conservatrice au Musée de la Réforme. Mais les contrats sont assez anciens, il faut les renégocier sans les remettre totalement en cause.»

Quoi qu’il en soit, «il est plus facile d’interdire totalement les photos que d’être derrière chaque personne pour vérifier que le flash est bien enlevé», estime Monique Crick, directrice de la Fondation Baur. Et plus simple aussi d’uniformiser les règles dans l’ensemble du musée ou dans toute l’exposition. «Ce serait trop compliqué de dire au public: vous pouvez photographier ceci et pas cela», réagit Sylvie Treglia-Détraz, responsable de la communication des Musées d’art et d’histoire. Ce que fait pourtant le Musée d’ethnographie, pour ses présentations temporaires. Quant au droit à l’image des autres visiteurs et celui du droit d’auteur, c’est la responsabilité du visiteur de le respecter .

Des images à disposition

Globalement, les interdictions demeurent bien respectées, et les rares contrevenants sont gentiment rappelés à l’ordre. Même si quelques-uns se montrent surpris, déçus, et ne comprennent pas cette contrainte. «Lorsqu’on explique la raison de l’interdiction, notamment par des panneaux, cela passe mieux, car les visiteurs savent qu’ils participent à l’effort de préservation du patrimoine», observe Nicolas Ducimetière.

Les personnes frustrées peuvent toujours acheter des catalogues ou des cartes postales, qui marchent plutôt bien. Autre moyen de se procurer les clichés des œuvres exposées: les collections en ligne. La Fondation Bodmer, par le bais de la bibliothèque virtuelle des manuscrits suisses e-codices et le Bodmer Lab, met ainsi à disposition du public une partie de son fonds, accompagné de textes explicatifs. Chacun peut télécharger librement ces images, pour autant qu’il n’en fasse pas un usage commercial. Et elles sont bien meilleures que celles qu’on pourrait prendre à travers une vitrine!

Cela dit, la qualité n’a pas vraiment d’importance aux yeux des photographes amateurs. «C’est surtout une manière de s’approprier les lieux, de repartir avec un souvenir de son propre regard», remarque Johnathan Watts, photographe au Musée d’ethnographie. «Dans notre musée très populaire et familial, prendre des clichés pour montrer qu’on était là fait partie de la visite», constate Pascal Moeschler, responsable de la communication au Muséum d’histoire naturelle.

Souvent partagées avec les proches, notamment sur les réseaux sociaux, les prises de vue des salles d’exposition participent à la promotion de l’institution. «Si les gens ont envie de photographier, c’est qu’ils ont apprécié», résume Jennifer Ng Chin Yue, responsable presse du Musée d’art moderne et contemporain. «Lorsque les gens montrent leur enthousiasme pour le musée, cela peut inciter d’autres personnes à venir, souligne Laurence Berlamont-Equey. Il s’agit d’un bouche-à-oreille énorme et gratuit, extrêmement bénéfique pour nous.»

Accompagner le phénomène

Au Musée d’art et d’histoire, cette pratique est même encouragée, par le biais de banderoles. Quant au Musée international de la Croix-Rouge, il affiche sur un écran, à l’entrée, les images accompagnées sur Instagram par le hashtag (mot-clé) du musée. L’institution a aussi institué un «selfie point» dans la cour, devant les statues des pétrifiés. «De toute façon, l’endroit constitue un arrêt obligé pour les photos souvenir, rapporte Alessia Barbezat, responsable de la communication. Autant accompagner le phénomène et profiter de cette opportunité…»

Mais lorsqu’ils manient leur appareil, les visiteurs regardent-ils vraiment les objets qu’ils immortalisent? «Chacun a droit de mener sa visite comme il l’entend, soutient Isabelle Naef Galuba, directrice du Musée Ariana. Et tout ce qui permet de favoriser l’accès au musée, comme la photographie, est bienvenu.»

Créé: 17.01.2017, 20h58

Permis, pas permis…

Dans les musées genevois, les photos sont totalement interdites:
- à la Fondation Bodmer
- au Musée international de la Réforme
- à la Fondation Baur

Flash et trépied sont prohibés:
- au Musée d’art et d’histoire (qui interdit totalement les photos pour certaines expositions temporaires)
- au Musée d’art moderne et contemporain
- au Musée Barbier-Mueller
- au Musée international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge

Seul le trépied est interdit:
- au Musée d’ethnographie
- au Musée Ariana
- au Muséum d’histoire naturelle. M.G.

Le visiteur doit prendre ses responsabilités

Le visiteur l’ignore souvent, mais lorsqu’il prend des photos dans un musée, c’est à lui de s’assurer qu’il possède les droits nécessaires. Il doit notamment respecter le droit à l’image des autres personnes, qui se rapporte au respect de la vie privée. «La loi dit qu’on a le droit de photographier les visiteurs, car ils se trouvent dans un lieu ouvert au public, explique David Vuillaume, secrétaire général de l’Association des musées suisses. Mais il est interdit d’isoler des gens et de faire des gros plans.»

Quant au droit d’auteur, qui vise à protéger les artistes, il s’éteint septante ans après la mort du créateur. L’ensemble de son travail tombe alors dans le domaine public, et peut être librement utilisé (et donc photographié) par tous. Concernant les œuvres qui ne sont pas encore dans le domaine public, le visiteur peut les photographier pour son usage privé, en particulier s’il ne diffuse pas ses clichés au-delà d’un cercle de personnes étroitement liées, tels des parents ou des amis. «Mais ni Facebook, ni Instagram, ni les blogs ne rentrent dans cette catégorie, précise Yaniv Benhamou, avocat spécialisé dans le droit d’auteur. En théorie, pour les réseaux sociaux, il faudrait demander une autorisation de l’artiste, sauf si on a un nombre d’amis ou de suiveurs relativement restreint et que l’on connaît bien…»

Cependant, au final, ce sont les règlements édictés par l’institution qui priment. «Lorsqu’on entre dans un musée, on accepte de se soumettre aux règles de visite, explicite Yaniv Benhamou. Et en tant que maître des lieux, si le musée veut interdire totalement les photos pour des raisons de conservation ou de fonctionnement, il peut le faire, même si les œuvres qu’il expose sont dans le domaine public.»

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