Peter Suckow relate son vagabondage en photos

Exposition Le jeune aventurier genevois présente trois ans de voyages en images à la Bibliothèque de Saint-Jean.

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Il n’a connu que 23 printemps mais sait déjà beaucoup du vaste monde. Un appétit démesuré de l’ailleurs a jeté Peter Suckow, alias Peter Pan, très tôt dans un vagabondage étonnant à travers les continents. De la Chine à l’Iran, du Qatar au Sri Lanka en passant par le Japon, la Norvège ou les Açores, le jeune aventurier a arpenté plus de 35 pays, poussé par une curiosité effrénée des autres et de l’inconnu.

Appareil photo en bandoulière, le voyageur a amplement documenté ses explorations, cumulant quelque 65 000 images en trois ans. La Bibliothèque municipale de Saint-Jean en présente actuellement une quarantaine, qui racontent à la fois la diversité de la planète, la folie et la beauté des hommes et la singulière personnalité de leur auteur (lire ci-contre).

Un esprit nomade en Chine

Fils d’une Chinoise et d’un Américain, Peter est né et a grandi à Genève. Il fréquente le Cycle de Budé puis le Collège André-Chavanne. Mais son esprit nomade et surdoué n’est pas fait pour les salles de classe. «J’ai étudié rien que pour pouvoir partir en extra-muros, sourit-il. N’importe où, je voulais juste ne plus être à l’école.» Il passe donc trois mois en Chine, au prétexte d’apprendre le mandarin, qu’il parle déjà à la maison.

L’ado revient dans son Petit-Saconnex natal pour l’été, médite, arpente nuitamment les rues à pieds nus: «J’étais à la recherche de qui je voulais être». Le jour de rentrée de sa quatrième année de collège sera aussi celui de sa dernière apparition en milieu scolaire. Peter, 16 ans, déserte l’école, provoquant l’ire d’une famille «où tout le monde a au minimum un master». Ses géniteurs le mettent à la porte? Il part vivre au sommet d’un arbre, dans le parc Trembley. «J’ai installé un hamac à 32 mètres du sol, une bâche en plastique pour la pluie et une moustiquaire, raconte-t-il. Bon, honnêtement, je rentrais souvent chez moi dormir la nuit. Ma mère avait peur que je tombe!»

Durant deux ans, cette âme libre et talentueuse se tricote une éducation sur mesure, en autodidacte, dans sa chambre. «J’ai voyagé sur Internet, en mettant en œuvre un programme d’études portant sur tout ce qui m’intéressait. Puis, à 18 ans, j’ai pensé qu’il me fallait partir pour de vrai.»

Au début, il s’installe dans l’appartement que sa grand-mère possède à Pékin. Très vite, la pollution lui étant insupportable, il donne des cours d’anglais pour s’acheter un filtre à air. Mais le globe-trotteur a la bougeotte: «J’ai voulu explorer la Chine, en quête de mon héritage et des aspects les plus sombres et underground d’une société assez décadente.» Cette odyssée à la marge le mène à faire passablement la fête, à dormir dans la rue et à fréquenter toutes sortes de substances et de femmes.

Nuit en geôle et bus en feu

Il poursuit ses aventures à Taïwan, «une version paradisiaque de la Chine», et s’avance clandestinement dans d’impénétrables contrées birmanes, témérité qui lui vaut une nuit en geôle. Au Bangladesh, Peter se retrouve pris dans une agitation politique dense: pour contester des élections, on incendie des bus sur les routes. Affectionnant les lieux infréquentés, il demeure six semaines dans cet Etat oublié de tous: «Personne ne s’intéresse à ce pays très pauvre, et pourtant, beaucoup de nos habits y sont fabriqués.»

Après un temps de respiration à Bali, hasards et rencontres le portent vers le Japon et la Mongolie. Il revient à Genève pour l’été, furète en Europe avant de s’envoler pour l’Iran avec, en poche, 100 dollars. S’ensuivent plusieurs nations du monde arabe (Qatar, Bahreïn, Emirats et Oman notamment) puis l’Inde et le Sri Lanka, où il se lie d’amitié avec un chauffeur de tuk-tuk. Une traversée de l’océan Indien avec les dauphins plus tard, il découvre Singapour pour clore sa promenade sur le continent nord-américain.

En 2015, l’incorrigible bourlingueur décide d’élaborer un projet autour de ses étonnantes déambulations. Il lance une campagne de financement participatif en vue de créer un site Internet et trier ses innombrables photos – un effort de huit mois. Jamais à court de défis saugrenus, Peter choisit de faire son école de recrues, en octobre 2016. «Je voulais réaliser le truc le plus contraire à moi-même, et devenir officier. Mais ça n’a pas marché.» Sans blague.

Peter Pan ou le vagabond cinq étoiles Jusqu’au 23 septembre à la Bibliothèque municipale de Saint-Jean. Tél. 022 418 92 01. www.peterpan.in

(TDG)

Créé: 17.07.2017, 20h42

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L’humanité en mosaïque

De la misère bangladeshie aux fastes de Dubaï, la planète vue à travers l’objectif de Peter Suckow est complexe, oxymorique. Le photographe affectionne les portraits, qu’il tire au gré de ses rencontres. Au fil des images se dessine ainsi l’intérêt profond qu’il porte à ses semblables: le voyage le nourrit, mais les autres, en retour, s’enrichissent à son contact. Au départ, nulle ambition esthétique dans la démarche du jeune homme: «Je photographiais à titre documentaire, pour partager ce que je vivais. Mais avec le temps, la réflexion artistique s’est imposée.» Petit à petit, Peter pense donc davantage au cadrage, expérimente l’abstraction. Reste que la force du propos de la sélection présentée à la Bibliothèque municipale de Saint-Jean demeure cette incroyable mosaïque que constituent le monde et son humanité.

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