Olivier Cabanel raconte l’«Histoire des protestants en France»

LES LIVRES DE L’AUTOMNE (21) L’ouvrage compte 1500 pages. Il part du XVIe siècle pour arriver jusqu’à nos jours. Le lecteur apprend beaucoup de choses.

Olivier Cabanel donnant une conférence dans un temple français.

Olivier Cabanel donnant une conférence dans un temple français. Image: DR

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Attention, pavé! Publié en un seul tome, sur un papier presque bible, l’«Histoire des protestants en France» de Patrick Cabanel compte 1502 pages. Même si les trois cents dernières se composent de notes, qui ont le mérite d’évacuer in fine l’aspect rebutant de l’ouvrage, c’est long. Mais il fallait bien ça. Parti avec la Réforme, au début du XVIe siècle, le livre débouche sur le XXIe siècle, avec même quelques perspectives d’avenir.

L’«Histoire des protestants en France», on le sait, se révèle malheureuse. C’est le récit d’un échec, d’une répression et d’une interminable diaspora (jusqu’en 1789!), suivie d’un lent émiettement. Vers 1550, les huguenots formaient 10 pour-cent de la population. Leur contingent se situe aujourd’hui à 0,5 pour-cent. Mais, comme le dit Patrick Cabanel à la page 1188, si «l’histoire des huguenots est pratiquement close, l’aventure des protestants, en France même, n’a jamais été aussi vivante, riche et diversifiée.»

Entre 0,5 et 3 pour-cent

Comment est-ce possible? Par l’apport luthérien, venu en 1681 avec l’annexion à la hussarde de l’Alsace par Louis XIV. Par l’évangélisme surtout. Une religion souvent proche de l’intégrisme, qui fait fortune un peu partout dans le monde. De 0,5 pour-cent, le chiffre peut ainsi remonter à 3 pour-cent. Une grosse goutte d’eau, en somme.

Je ne vais pas ici refaire la trajectoire protestante, marquée par des débuts triomphaux, suivis d’une impitoyable riposte de l’Eglise catholique. L’impact de la Révocation de l’Edit de Nantes, en 1685, a été multiple. Cette rupture a autant envoyé clandestinement des réfractaires sur les routes (car il était alors interdit de sortir de France sans autorisation), que permis de véhiculer une langue et des savoir-faire. Notons que Patrick Cabanel, avec une prudence d’universitaire (il enseigne l’histoire contemporaine à l’Université de Toulouse), relativise toujours les idées convenues. C’est la qualité et le tort de son ouvrage. Le lecteur ne sait pas moments plus trop quoi penser.

Les Juifs en parallèle

En 1788, les protestants retrouvent leurs droits. On les verra parmi les Révolutionnaires et les fidèles de l’Empire. Pas étonnant, dans ces conditions, que les derniers pogromes aient eu lieu au moment de la Restauration à Nîmes, qui restait un de leurs fiefs avec Montpellier ou Montauban. Le XIXe siècle est ensuite celui de la grande remontée catholique. Il va se créer une légende noire autour des protestants, comme des Juifs. A leur instar, leur mouvement transcende les frontières. A leur manière, ils manient l’argent. Patrick Cabanel met souvent en miroir les destins des deux minorités, dont il constitue aujourd’hui un spécialiste indiscuté.

Proches du pouvoir sous Louis-Philippe (notamment avec le ministre Guizot) et au début de la IIIe République, les protestants se sont ensuite dilués dans la population. Avec des intellectuels de pointe, d’André Gide à André Chamson. Avec des industriels comme Hermès ou Peugeot. Le mouvement a aussi eu ses chefs de file, ce qui ne semble plus trop le cas maintenant. «Pape» du protestantisme, le pasteur Boegner s’est selon certains discrédité sous Vichy, en tentant d’infléchir le pouvoir, alors que ses troupes rejoignaient souvent les rangs de la Résistance.

Un texte clair et lisible

Aujourd’hui enfin, les protestants (qui ont compté nombre de ministres de Maurice Couve de Murville à Lionel Jospin) ont conquis le droit à l’indifférence après celui à la différence. Naguère, au creux de l’été, les hebdomadaires s’interrogeaient sur leur pouvoir occulte, comme sur celui des francs-maçons. La chose semble se terminer dans une sorte de grisaille médiatique. Les passions se cristallisent désormais autour de l’islam.

Riche d’un savoir prodigieux et d’une quantité de détails inconnus (inconnus du profane, tout au moins), le livre a le bon goût de rester lisible. C’est clair. C’est net. L’écriture se révèle en prime plutôt agréable. Le lecteur, qui s’attendait à feuilleter (autrement dit à survoler) la chose, se surprend à lire un chapitre. Puis deux. Puis trois. De bonnes connaissances de base ne se révèlent pas indispensables. En bon enseignant, Patrick Cabanel explique tout. Le livre, modestement lancé, mériterait du coup de sortir de son ghetto. Enfin, si j’ose dire…

Pratique

«Histoire des protestants en France», de Patrick Cabanel, aux Editions Fayard, 1502 pages.

(TDG)

Créé: 24.11.2012, 11h52

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