Louane, la chanteuse aux semelles de vent

La rencontreComme Marceau ou Paradis jadis, la mouflette du Pas-de-Calais s’est incrustée dans le paysage. À 21 ans, l’enfant de chœur s’émancipe et baptise de son prénom son nouvel album.

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En se quittant surgit l’évidence. De Louane son deuxième album homonyme, Louane l’interprète n’a pas pipé mot. «Oh, pas grave, comme ça, les gens verront autre chose», sourit l’artiste. Ex-enfant de chœur à Hénin-Beaumont, bébé star des cours d’école, la jeune femme, 21 ans juste fêtés, surprend par sa spontanéité. Rien d’artificiel chez cette bosseuse affichée, toujours prête à en découdre, qui levée aux aurores tous les jours, conçoit qu’«une grasse matinée, c’est comme aujourd’hui, debout à 7h40». Une grande fille toute simple? Pas seulement.

Après une Victoire de la musique, un César du meilleur espoir, que reste-t-il à conquérir?

Cet album par exemple. Une nouvelle histoire, une nouvelle aventure. J’essaie de séparer ce qui est derrière et ce qui reste à venir, de vivre ici et maintenant. J’ai plein de rêves, continuer la musique et le cinéma déjà. Dans ce monde si éphémère, rien n’est acquis. Ensuite… dans mes rêves plus fous, j’aimerais ouvrir un bar, écrire un bouquin de poèmes qui bout à bout, raconterait une histoire.

Pourquoi pas un roman, alors?

J’écrivais déjà des poèmes adolescente, plus que des chansons à l’époque. Bon, «à l’époque», on dirait il y a 150 ans! Mais ça fait quand même un quart de mon existence. Au-delà, je suis trop fan de Rimbaud. Arthur Rimbaud, d’Une saison en enfer au Bateau ivre, le spleen pur et dur? Mouais… mais plus que la tristesse, j’aime sa mélancolie, elle donne presque de l’espoir. Comment dire? Cela dépasse la noirceur, tellement c’est beau.

Qu’incarne-t-il pour vous, le rebelle bluesy?

Il traverse les générations… et en même temps, il a arrêté d’écrire très jeune, je lui en veux beaucoup. Ce type a eu une vie brève et compliquée. Il était vachement mal dans sa peau, avec ses histoires de reventes d’armes, ses grosses addictions et d’autres trucs bizarres qui ont coupé son talent. Je l’admire… mais il aurait pu donner plus. Oui, je lui en veux.

La posture de l’artiste maudit, ça vous fascine?

Rimbaud, difficile de faire artiste plus maudit, c’est vrai. Fascinée? Peut-être. Il y a Modigliani que je vénère aussi. Et pas mal d’autres maudits chez les grands artistes. Notez, Rimbaud voyait les émotions en couleurs. J’aime bien le concept, même si perso, je n’ai jamais fonctionné comme ça. Longtemps, j’ai cru que le monde était tout blanc, tout noir. Avec le temps qui passe, je me suis rendu compte des nuances, du ni bon ni mauvais.

La fille aux semelles de vent, ça vous botterait?

Je vois bien l’allusion à Rimbaud. Et j’aime l’idée du voyage volatile. Mais je ne pense pas que cela me caractérise. En revanche, c’est une très jolie image.

Vos chansons aussi sont-elles en décalage, vos histoires et pas vous en même temps?

Il y a un filtre, sûr. Je me protège, moi et mon entourage. Beaucoup. Quand je chante, j’y crois. Après, je sais mettre des limites. La notoriété m’oblige à décider de ce que je garde pour moi, ce que je partage. J’essaie de garder au maximum cette liberté. Du coup, c’est difficile de me connaître parfois.

Rimbaud n’a jamais eu à se poser ce genre de question. Regrettez-vous ce monde réseauté?

J’adore et je déteste. Les réseaux sociaux, je suis mouillée à fond là-dedans. C’est important pour moi de rester en contact avec les gens qui me suivent. Un truc sacré. C’est beau de discuter avec eux, raconter mes journées, parler, quoi.

Ces amitiés virtuelles, comme dans les livres d’Anna Todd, existent-elles vraiment?

Mais j’adore Anna Todd, en fait on est copines! Je peux vous montrer son numéro de téléphone. J’avais parlé d’elle, et elle m’a contactée. Depuis, on s’envoie textos, tweets. Je vis là-dedans. Je découvre même des trucs drôles sur moi, limite ultraridicules, une biographie de moi par exemple!

À quel type de reconnaissance aspirez-vous?

Je ne rêve pas du Prix Nobel pour l’instant. Même si je fais des vannes là-dessus avec mes potes.

Vous êtes considérée comme «influenceuse» sur les réseaux. Comment gérez-vous?

Je ne fais pas de pub, je ne demande pas que les gens s’habillent comme moi, si ça vous intéresse. Bien sûr que j’ai un poids sur les réseaux, j’en suis fière. Si je peux conseiller ma génération… J’ai signé la lettre au président Macron contre la violence faite aux femmes. Omar Sy qui lance un appel pour aider les Rohingyas en Birmanie, j’ai tout de suite dit qu’il fallait suivre. Bon, je peux me planter aussi…

Avez-vous un staff qui supervise cette machine des réseaux, répond à vos fans par exemple?

Parfois, oui. Je n’ai pas forcément le temps. Mais c’est toujours spécifié si ce n’est pas moi qui poste.

Plus jeune, participiez-vous à un fan-club?

Oui, j’ai été plus jeune, c’est vrai. Et oui, j’étais fan de Justin Bieber à douze ans. Et je le suis toujours, c’est assez officiel, regardez mon portable, il est partout.

Que faites-vous quand vous ne faites rien?

Le dimanche, souvent, je me balade. La dernière expo que j’ai vue, c’était Barbara à la Philharmonie de Paris, j’ai adoré. Parce qu’on a toujours l’image de la dame en noir dans la tête, et c’était un peu plus compliqué. Cette luminosité qu’elle porte déjà…

Vous aimez la marginalité au fond

C’est vrai, j’aime les barjots. Je ne sais pas si c’est leur petite folie qui me touche, ou la sincérité qui explose d’eux et ne laisse pas indemne. Quand un artiste est vraiment passionné, qu’il ne joue pas un personnage, c’est difficile d’y échapper. Moi, j’ai toujours voulu aller vers la musique, clairement. (TDG)

Créé: 16.12.2017, 19h01

Au vif du sujet

J’aime…
«Parler cash, dire ce que je pense. En revanche, je sais qu’à cause de toutes les interviews un peu «bof»! que je m’appuie, je passe souvent pour quelqu’un de superficiel.»
J’aime pas…
«Les questions sur ma vie privée.»
J’aimerais…
«Prendre des bonnes résolutions mais je ne les tiens pas.»
J’aime…
«Prendre quand même des bonnes résolutions que je peux espérer tenir. Arrêter de fumer, je n’y pense même pas, c’est trop stressant, trop stressant vraiment. En revanche, en 2018, je vais faire du sport, me lever plus tôt, manger des trucs sains.»
J’aime pas…
«Que le 1er janvier, le lendemain matin de mes bonnes résolutions donc, je serai en train de bouffer un burger.»
J’aime…
«Quand je ne suis pas en tournée, aller au ciné, aux expos, voir mes potes, boire des verres.»
J’aime pas…
«Plein de trucs à manger, j’en ai pour remplir une page entière. Je ne mange pas de poivre, sucre, sel… Même pas que j’ai des allergies, un régime ou quoi. Je suis comme ça.»
J’aime…
«Noël, se retrouver en famille, avec mes sœurs, mon frère. On fait la tradition des cadeaux mais on se donne un budget max de, genre, 20 balles. Chacun tire un nom et il faut trouver un truc pas recherché, un peu con, quoi. Ma sœur qui vit à Oxford trouve toujours des trucs de dingue.»
J’aimerais…
«Travailler avec James Blake. J’attends son album en janvier. C’est vraiment un type génial. J’adore The Colour In Anything, je reprends ses chansons d’ailleurs. Je suis fan.»
J’aurais aimé…
«Bosser comme interprète au Parlement européen à Bruxelles, faire communiquer les politiques entre eux. Comprendre le monde, ça m’aurait vachement plu.»

En dates

1996 Naît à Hénin-Beaumont, «parents très cathos», lui mi-allemand mi-polonais, elle mi-portugaise mi-brésilienne. Devient enfant de chœur.
2009 L’École des stars, concours télé.
2013 The Voice, télé-crochet dont elle sort demi-finaliste. Son nom de scène fusionne son prénom, Anne, et celui de sa sœur Louise. Mort de son père.
2014 Mort de sa mère. Explose dans La famille Bélier, face à Karin Viard et François Damiens.
2015 Prix Lumières et César du meilleur espoir féminin. Premier album, Chambre 12. Artiste révélation de l’année aux NRJ Music Awards.
2016 Victoire de l’album révélation de l’année, classé numéro 1 durant 12 semaines, tiré à 1,2 million d’exemplaires, double disque de diamant. Double le film d’animation Les Trolls.
2017 Louane, deuxième album (dist. Mercury). Artiste féminine de l’année aux NRJ Music Awards.
2018 Sortie sur les écrans de Nos patriotes, de Gabriel Le Bomin. Les affamés, de Léa Frédeval.

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