Les artifices des marchands du temple

Photographie Avec «The Jerusalem experience», la photographe israélienne Efrat Shvily dénonce les mensonges de notre monde, sur deux continents.

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D’un côté, la vieille ville de Jérusalem. De l’autre, le district ouvrier de Brás, à São Paulo. En guise de trait d’union, le troisième temple de Salomon, dont une majorité de juifs orthodoxes rêvent l’édification au cœur de la cité de David, sur l’actuelle esplanade des Mosquées. Et auquel les chrétiens évangélistes de l’Eglise universelle du royaume de Dieu ont donné monumentalement corps, en 2014, dans la mégapole brésilienne, en construisant, selon les proportions «bibliques», une bâtisse de 70 000 m2 pouvant accueillir plus de 10 000 personnes assises.

S’appuyant sur ce pivot architectural pour mêler des images prises dans ces deux villes qu’apparemment tout oppose, Efrat Shvily propose une saisissante Jerusalem experience au Centre de la photographie Genève. Pour façonner cette fiction qui témoigne du lien entre politique et religion sur fond de dogme, de «merchandising et de divertissement, la photographe israélienne juxtapose à ses propres clichés des images des offices de tourisme, d’artistes populaires, de fanatiques religieux, de propagandistes ou de conservateurs de musée. Se retrouvent donc côte à côte des tirages provenant de l’ultranationaliste Temple Institute de Jérusalem, qui milite pour l’accomplissement de la prophétie du troisième temple, et les visuels fournis par les pentecôtistes brésiliens, dont les offices hésitent entre ambiance de secte et grand-messe capitaliste.

Réalité, doute et simulacre

L’avalanche d’images, souvent prosélytes et présentées sans légende, plonge le spectateur dans la confusion. Cette vue du parvis du temple représente-t-elle un bâtiment historique, un édifice récent ou une maquette? Cette ménorah (ndlr: chandelier à sept branches des Hébreux) en or a-t-elle été récemment façonnée pour catéchiser les disciples des favelas ou s’agit-il d’une véritable relique? Ensevelie sous les couches narratives, la réalité disparaît et place l’audience face au doute. La vérité ne se distingue plus du simulacre, l’histoire se dissout dans le spectacle.

Quoi que ces représentations figurent, objets de cultes ou scènes de reconstitutions historiques, leur homogénéité provoque l’effroi. Comme si ces délirantes manifestations de foi s’inscrivaient dans le même terreau confessionnel et si ces photos avaient été prises exactement au même endroit.

Le trouble atteint son apogée à la vision du film projeté dans la dernière salle de l’exposition, à laquelle on accède en processionnant à travers un couloir illuminé comme pour un spectacle son et lumière. L’artiste y fait dialoguer les partisans des temples des deux continents sur trois murs. Plus loin, une autre vidéo offre un temps de calme, en montrant l’un des rares lieux encore non réinterprété de Jérusalem: le tunnel d’Ezéchias, un canal souterrain datant du VIIe siècle avant Jésus-Christ. Mais patience: il serait prévu d’y installer une galerie marchande.

Efrat Shvily - «The Jerusalem experience» Jusqu’au 20 août au Centre de la photographie Genève, ma-di 11 h-18 h. www.centrephotogeneve.ch

Créé: 13.06.2017, 17h46

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