Leiter version presse: quels dessins!

Exposition Les originaux de l’artiste se découvrent à Papiers Gras.

«Diogène», un dessin de Martial Leiter publié dans le livre «Tous rebelles», paru aux Éditions Les Cahiers dessinés, 2012.

«Diogène», un dessin de Martial Leiter publié dans le livre «Tous rebelles», paru aux Éditions Les Cahiers dessinés, 2012. Image: DR

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Martial Leiter est un grand bonhomme. Un artiste qui a toujours vécu de sa plume. Il l’a trempée pendant des lustres dans l’encre noire pour faire des dessins de presse reconnaissables au premier coup d’œil par leur force expressive, leur composition et leur humour grinçant qui laissent rarement indifférent.

Cet électron libre n’a jamais eu de patron, ce qui lui a permis d’être publié un peu partout, en Suisse comme à l’étranger. Le dessinateur proposait son travail, les rédacteurs en chef prenaient, ou pas. Certains de ses dessins n’ont jamais été publiés dans des journaux. Tant pis, il les montrera ailleurs. Ou les vendra lors d’une exposition, comme celle qui lui est actuellement consacrée à la galerie Papier Gras. Cet accrochage réunit une bonne soixantaine de dessins de presse, qui sont autant d’œuvres d’art.

Car si Martial Leiter a longtemps croqué les faits d’actualité, il a toujours mis un temps fou à réaliser sa copie. Deux à trois jours, parfois. C’est que le dessinateur est fasciné par la gravure, les effets de profondeur, les jeux d’ombre et de lumière. Ses dessins ne sont donc pas jetés sur le papier à la va-vite, mais élaborés et habités jusque dans le décor des compositions. Les personnages, les paysages semblent happés par un maillage serré de lignes fines, sa marque de fabrique. L’artiste en parle volontiers: «C’est ce qui ressemble le plus à quelque chose de gravé. Je ne tire pas les traits à main levée, mais à la règle. Une règle qui a vécu, avec ses entailles, ses irrégularités qui rendent la ligne plus vibrante. Le travail se fait tout seul, les mains s’occupent, comme avec le tricot.» Sauf que ce tricot-là n’a rien de douillet…

Dessins atemporels

Il suffit de voir les dessins exposés aux murs de la galerie: leur force de frappe fonctionne toujours, même si les plus anciens d’entre eux datent d’une vingtaine d’années déjà. Pourquoi montrer ces originaux et pas les autres qui dorment encore dans ses cartables? «Nous en avons discuté avec Roland Margueron, et c’est lui qui a fait la sélection car il doit pouvoir cohabiter avec eux pendant toute la durée de l’exposition.»

Le galeriste a choisi les travaux les plus atemporels, évitant les trop typés. Ceux où figurent des écrans de télévision, des téléphones ou des voitures, ces objets du quotidien qui datent assez vite. Et il a suivi l’évolution des thèmes traités par l’artiste. «Ce qui a le plus changé ces dernières années dans la société suisse, c’est la place de l’armée», constate le franc-tireur. «Elle était puissante et omniprésente dans la vie civile, l’industrie, la banque. Après 1989, on s’est vite aperçu que les intouchables avaient changé. L’économie a remplacé l’armée. Ce qui est nettement moins drôle à représenter! Comment illustrer ce qui est caché? Comment dessiner le monde des actionnaires?» En réalisant par exemple ses fameux «Paysage au dépassement de crédits», «L’Augure», «La bourse» ou «La leçon d’économie».

Après avoir collé à l’actualité pendant des décennies, Martial Leiter s’est un peu fatigué de ces sujets répétitifs. D’autant que tout finit par se diluer. «Au tout début de ma carrière, mon dessin sur le lancement de la deuxième initiative Schwarzenbach avait été reproduit en une de «La Suisse», sur cinq colonnes. Ça en jetait, on ne parlait que de ça! Maintenant, il y a trop de sollicitations visuelles pour qu’une image sorte du lot.»

À 66 ans, le dessinateur est arrivé à un âge de la vie où les actifs prennent leur retraite. Pas lui. Il y a tant de choses dans le monde qui le font réagir et sur lesquelles il tient à s’exprimer. Alors il reprend sa plume et dessine pour quelques publications. Après avoir dit son fait, il retourne à ses pinceaux gorgés d’encre de Chine pour donner vie à des oiseaux, des mouches. Et à l’Eiger, bien sûr.

«L’âge m’arrange bien. C’est un bon prétexte pour ne pas être pris dans la course. Je ne suis pas d’une génération de l’immédiateté, je ne suis pas pratiquant des réseaux sociaux. Et je ne fais pas mes travaux à l’ordinateur pour aller plus vite. Mon grand plaisir, c’est de dessiner à la main, sans être pressé par un impératif de temps.» Un grand sage, ce Leiter!

Martial Leiter Galerie Papiers Gras, 1, place de l’Île, jusqu’au 16 juin, www.papiers-gras.com

Créé: 04.06.2018, 19h53

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