Le romancier et éditeur français Jean-Marc Roberts est mort

LETTRES L’homme avait débuté tôt. A côté de ses romans, parfois adaptés à l’écran, il s’était fait le spécialiste des coups éditoriaux. Son dernier livre venait de paraître.

Jean-Marc Roberts. Mieux vaut réussir sa vie que ses livres.

Jean-Marc Roberts. Mieux vaut réussir sa vie que ses livres. Image: AFP

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Drôle d’impression! Le 13 mars sortait chez Flammarion «Deux vies valent mieux qu’une», où l’éditeur et écrivain Jean-Marc Roberts raconte son cancer du poumon. Le 25 mars, l’homme est mort de la manière dont il le prévoyait. Il avait 61 ans, cinq enfants et bien des livres derrière lui. Les siens et surtout ceux des autres. Une de ses dernières entreprises, hautement contestée, aura ainsi été la publication chez Stock, dont il était le directeur, de «Belle et bête» de Marcela Iacub. Un coup médiatique sur Dominique Strauss-Kahn, dont il partageait les juteux bénéfices avec le «Nouvel Observateur».

Fils d’un directeur de grands magasins à Los Angeles et d’une simili-actrice italienne, Jean-Marc était né à Paris en 1951. Il a fait son entrée en littérature très jeune. Dès 1972 sortait «Samedi, dimanche et fêtes», couronné par le Prix Fénéon. Différentes fictions allaient sortir avec régularité. L’homme était un fabricant de romans plutôt commerciaux, vite lus et non moins vite oubliés. Certains d’entre eux se verront adaptés à l’écran. C’est le cas de «L’Ami de Vincent», portrait en creux d’un salaud, ou d’«Affaires étrangères» (devenu «Une étrange affaire»). Après avoir débuté au Seuil, Roberts avait navigué chez Grasset, Balland, Flammarion et Gallimard.

Notable des lettres

Mais l’homme se voulait surtout un notable des lettres. Il est ainsi devenu éditeur au Seuil, avant de passer au Mercure de France, puis chez Fayard et finalement chez Stock. A en croire son confrère (et néanmoins ami?) Jérôme Garcin, «il n’est pas fier de la manière dont, chaque automne, il magouille pour obtenir que ses auteurs obtiennent des prix.» Mais la chose le fascine. Roberts se fendra d’ailleurs, en 2001, d’un plaidoyer pour le sieur Banier, dans «François-Marie», au moment d’une des multiples affaires Bettencourt. Notons que François-Marie Banier constitue, lui, un bon romancier.

Roberts se montrait très ambigu, même avec sa petite personne. Il avait ainsi établi pour lui cette épitaphe: «Il s’efforça, à défaut de réussir ses œuvres, de réussir sa vie, un pari bien plus difficile.» Mince, son dernier livre tient de l’auto-flagellation. Roberts s’y accuse de multiples fautes. Il a jeté bien des manuscrits d’auteurs sans les lire. Il a fait chasser un auteur maison sous le prétexte, mensonger, de l’avoir vu fouiner dans les tiroirs de la maison. Bref. «L’Ami de Vincent», c’est un peu lui. Comme il ne fallait pas laisser de regrets. «Deux vies valent mieux qu’une» apparaît en plus comme un mauvais louvrage. Une de ces autofictions qui pourrissent aujourd’hui l’édition française.

L’homme avait pourtant du bon. Un certain réalisme personnel pour commencer. L’intérêt de sa profession, ensuite, qu’il aura voulu défendre, serait-ce contre elle-même. En 2011, Roberts proposait ainsi une mesure radicale. Il s’agissait d’interdire la vente de livres sur Internet. Le but? Venir en aide aux librairies possédant une boutique physique.

Pratique

«Deux vies valent mieux qu’une», de Jean-Marc Roberts, aux Editions Flammarion, 105 pages.

(TDG)

Créé: 28.03.2013, 09h58

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