Le défilé de la HEAD séduit 2000 aficionados de la mode

ConsécrationLes élèves diplômés de la Haute école d’art genevoise en section Design Mode ont montré leurs créations vendredi soir à l’Espace Hippomène.

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De loin on discerne les invités qui affluent en un long ruban dense et continu. Deux mille personnes mettent le cap, vendredi soir un peu avant 20 heures, sur l’Espace Hippomène comme les saumons remontent le courant: pour frayer avec les leurs. Le défilé de la HEAD est désormais un événement genevois où se retrouvent tous ceux qui aiment la mode, ses tendances et la jeune création. Ils viennent saluer le talent des stylistes qui achèvent leur formation et l’excellence d’une école d’art qui en fait chaque année la preuve avec brio.

Ils sont trente et un à faire défiler leur collection sur le tapis de feutre crème, 270 pièces au total, 23 de niveau bachelor, 8 en master. Et Jean-Pierre Greff, directeur de la HEAD, de se réjouir d’être désormais hôte permanent de ce campus de Châtelaine et de voir son établissement caracoler dans le top 10 mondial des écoles de mode selon certains ratings internationaux.

Miguel et Mikael primés

Sur le podium au raz du sol, les modèles paradent. Les collections de niveau bachelor sont nettement plus expérimentales, moins abouties aussi que leurs grandes soeurs de niveau master. Normal, et souhaité par la directrice artistique de la filière Design Mode, Léa Peckre, qui encourage les élèves les plus jeunes dans leur cursus à laisser libre cours à leurs fantasmes artistiques. Le prix bachelor Bongénie, en fin de défilé, récompense le travail de Miguel Filipe Mendes Salvador.

Les étudiants en master, eux, atteignent cette année dans leurs collections une cohérence remarquable et un rendu qui force l’admiration. Certaines pièces sont absolument superbes. Mikael Vilchez, qui avait déjà gagné il y a trois ans le prix Bongénie, repart vendredi avec une consécration un rang au-dessus: le prix master Mercedes-Benz.

Capsule pour La Redoute

Sur le tapis, un homme torse nu, la taille prise haut dans un pantalon de daim orange balance contre son flanc un sac marron contenant une bouteille. Un autre, en futal de peau bleu cobalt et chemise blanche à petits plis s’évasant sur les hanches, remonte l’allée du podium. Une combinaison de veau velours couleur craie habille avec classe un troisième modèle. La collection qui défile dégage à la fois une grâce androgyne et une force virile qui arrêtent le regard.

Elle porte la patte de sa créatrice, Flore Girard de Langlade. La styliste de 27 ans vient d’être sacrée lauréate du prix La Redoute x HEAD. Décernée cette année pour la première fois, cette distinction offre à un élève de l’école d’art genevoise l’opportunité de créer, sur la base de son travail de master, une minicollection qui sera commercialisée par La Redoute.

Trois looks, déclinés sur cinq pièces, sont commandés à Flore Girard de Langlade pour l’été 2018: une combinaison, une robe, un pantalon, une blouse et un perfecto. «Je vais travailler des pièces en jeans et en coton, même si ma matière préférée est, de très loin, le cuir», confesse la jeune femme. Le premier véto de La Redoute a en effet frappé la peau: trop cher, trop complexe à produire et pas assez politiquement correct vis-à-vis des sensibilités ecofriendly et vegan.

Collection homme transformée pour les femmes

Bâtir une capsule pour une marque grand public comble l’étudiante primée. Se colleter aux contraintes du marché, adapter ses modèles à toutes les morphologies, serrer les coûts au maximum ne l’effraie pas. «Il faut faire des compromis, note Flore. Les finitions des modèles de ma collection de diplôme ne sont par exemple pas reproductibles à l’échelle industrielle.»

Ce n’est pas la plus radicale des adaptations à laquelle la styliste en herbe s’est prêtée. Sa collection qui défile vendredi soir est taillée pour les hommes… mais la robe et la combinaison qui seront proposées aux clientes de La Redoute dès le mois de mars 2018 seront dessinées pour des femmes. Flore Girard de Langlade commente cette mutation génétique: «Au départ, j’ai commencé mon travail de diplôme pour la femme. Je n’avais jamais touché à la mode masculine et ça me faisait très peur. Il me paraissait impossible de créer pour l’homme une proposition intéressante qui ne soit ni du costume, ni du déguisement. J’ai une vision disons très BCBG, très classique de l’élégance masculine.»

L’étudiante commence donc une ligne pour dames puis, en novembre dernier, sur une suggestion de son tuteur Bertrand Maréchal, elle vire de bord et adapte ses modèles aux messieurs. «On m’a souvent reproché dans mes études d’être trop sage, de ne pas assez oser. Là, c’était une vraie prise de risques. J’avais l’impression de déplacer une montagne alors qu’au final, créer pour l’homme m’a été presque plus instinctif, naturel et facile que pour la femme.»

L’univers des gardians et des taureaux

Les modèles de Flore, qui vient de Marseille, fleurent bon le delta du Rhône. Elle avoue s’inspirer du sud et de ses origines provençales lorsqu’elles dessinent ses modèles. “Je travaille dans l’univers de la tauromachie, mais ça n’a rien à voir avec la parade, le spectacle ou l’ornementation. J’aime l’aspect brut, agricole de ce monde-là, un monde sauvage, bestial”, déclare la jeune femme aux airs si candides.

Ses créations sont classiques, mélange de séduction distinguée, de raffinement et d’animalité. Son imagination hante les manades. Elle suit les gardians dans les herbes hautes, copie leurs vêtements de travail et se repaît de leurs festins. Cuir, peau imprimée d’une marque distinctive, tailles hautes, très longs et larges gants de couleur et gibecières à porter en bandoulière sont de son fait. «J’ai développé une série d’accessoires inspirés des emboulages, ces pièces que l’on pose sur les cornes des animaux d’élevage pour ne pas se blesser en les attrapant. Ce sont des éléments peu présents dans l’imaginaire collectif, et je me suis demandé comment les introduire dans un vestiaire classique, comment leur conférer une légitimité?» s’interroge la jeune femme.

Echec fructueux

Originaire de Marseille, où elle a grandi entre un père chirurgien ophtalmologue et une mère rédactrice de mode, design et lifestyle, Flore Girard de Langlade commence par passer un diplôme de communication visuelle et arts graphiques dans sa ville natale, avant de rejoindre la HEAD pour un master en media design. «Et là, c’est la claque. Je m’aperçois que les arts graphiques, ce n’est pas ce qu’il me faut. Travailler sur ordinateur ne me suffit pas pour exprimer ma créativité, je me sens très frustrée, très coincée. Je réalise que je veux faire de la mode. Mais il a fallu convaincre mes parents: comme ma mère connaissait le milieu et ses difficultés, elle avait des craintes.»

Craintes ou pas, la famille de Flore s’est déplacée au grand complet vendredi pour le défilé de la HEAD et l’heure de gloire de leur fille, qui, après avoir tout recommencé à Genève, bachelor puis master, n’a aucun doute sur son choix: «Travailler de mes mains, toucher des tissus, des matières, ça me correspond complètement. Et puis je suis ravie d’avoir choisi cette école: j’avais envie de quitter Marseille et je voulais sortir du cliché de la petite provinciale qui monte à Paris et fait son école de mode. La HEAD est non seulement avenante, mais elle en impose.»

Un parcours pavé de roses? Pas vraiment. Au premier semestre de ses études genevoises, Flore essuie un échec: «J’ignorais tout de la couture, il me manquait les bases. Je suis donc partie en stage pendant huit mois chez Delphine Manivet, à l’époque créatrice de robes du soir et de mariée. J’ai appris la coupe et le patronage. C’était indispensable. Et cet échec a été un vrai coup de pouce. Quand j’ai rejoint l’école, j’étais super à l’aise, je connaissais toutes les possibilités techniques et je savais éviter les ornières.»

Quant à son avenir, Flore l’envisage en deux temps: «J’aimerais beaucoup intégrer une maison de couture, un studio de prêt-à-porter. Pour l’homme ou la femme, je ne suis pas fixée, je suis à l’aise avec les deux. A terme, j’aimerais lancer ma marque. Mais pas trop tôt. Avoir un oeil sur le fonctionnement interne d’une maison et constituer son réseau, c’est essentiel. Il faut que je forge mes armes.» Sa première pièce créée sous son propre label pourrait bien être… «En cuir, c’est sûr. Pour homme, je pense. Une combinaison ou un manteau. Bleu cobalt. Rouge, peut-être.» (TDG)

Créé: 21.10.2017, 11h30

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