Le GIFF bascule dans le virtuel

FestivalNous avons testé plusieurs œuvres immersives.

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Les territoires virtuels sont vastes, on le sait. Dans la VR, acronyme de Virtual Reality ou réalité virtuelle, tester une seule installation ne permet pas de connaître le fonctionnement des autres. Sur ce sujet, Genève, via le GIFF, est à la pointe depuis plusieurs années. Conscient des nombreuses potentialités des œuvres immersives, le directeur Emmanuel Cuénod en a fait l’un des fers de lance de son festival, au point de rivaliser avec Venise et même de devancer Cannes, à la traîne pour ce qui est de la VR.

En 2019, cette section immersive est une fois encore aussi pléthorique que diversifiée. La foule y accourt naturellement depuis samedi, sans trop faire la queue, les dispositifs étant suffisamment bien agencés. Responsable des programmes numériques, Paola Graziani Marinelli conseille évidemment de tout voir: «Nous avons 56 programmes, des œuvres de grands réalisateurs comme «The Deserted» de Tsai Ming Liang, et même un cinéma VR. Sinon, il faut rappeler que le GIFF a été l’un des premiers festivals à programmer de la VR, en 2014 déjà».

Expérience commune

Parmi les œuvres immersives de cette édition, «Mechanical Souls» est sans doute l’une des plus étonnantes. Elle se pratique à cinq, dans une pièce fermée où deux comédiens nous invitent à participer, en anglais, à une expérience commune. Munis du casque ad hoc, les participants découvrent alors une histoire mêlant des préparatifs de mariage à l’intervention d’une androïde. Mais à la fin, on découvre que chacun a vu quelque chose de différent, suivant ce qui attire son regard. Le récit est ainsi déterminé par l’intérêt, conscient ou non, qui s’offre à nos champs de vision. François Klein, producteur et concepteur de cette VR pour le compte de la société Digital Rise, a fait appel à des comédiens pour jouer le film qu’on est amené à visionner: «Il y a différents degrés narratifs sur lesquels chacun peut aboutir selon son intérêt visuel», précise-t-il.

Une fois l’expérience terminée - d’une durée différente pour chaque participant, entre 15 et 17 minutes - s’ensuit un débriefing mené par de vrais comédiens, dont un faux androïde qui n’en fait parfois qu’à sa tête. Le concept est peu usuel, et très différent par exemple d’un «Genève 1850» (montré à la maison Tavel puis au MAH l’été dernier), dans lequel le voyage se pratiquait à quatre, mais dans la passivité du spectateur assis dans sa calèche.

Changement de trip avec «Eden», co-créé par Cyril Teste, Hugo Arcier et le collectif MxM, et surtout changement de lieu, puisqu’on se transporte au théâtre Saint-Gervais, dans la petite salle. Comme «Mechanical Souls», cette œuvre immersive se pratique à cinq. Là encore, ce sont les regards qui induisent la naissance d’une végétation qui va nous submerger durant une douzaine de minutes, dans un climat édénique, comme le suggère son titre, mais parfois inquiétant, ce que le bruit du tonnerre reflète.

Spectacle total

Les autres VR se vivent à la Maison communale de Plainpalais (Pitoëff), lieu central du GIFF. On y expérimentera avec bonheur, sous un vaste drap tombant du plafond et cloisonnant notre horizon, «Das totale Tanz Theater», de Maya Puig et Diana Schniedermeier. Transposition du théâtre total rêvé par le Bauhaus, l’expérience permet de s’interroger à la fois sur le mouvement et sur le vide. La mise en scène joue sur les différences entre dimensions, voire sur le vertige qu’on peut ressentir. En somme, c’est le spectacle qui devient total. Une VR à vivre seul, cette fois.

Tout comme le voyage auquel nous convie Jan Kounen dans ce qu’on pourrait définir comme un triptyque, «Ayahuasca - Kosmik Journey». Assis sur des coussins, le spectateur vit une sorte de trip hallucinogène qui le transporte dans des dimensions inconnues de l’espace et du temps. Couleurs sublimes, insectes grouillant de partout, transformation, altération de l’espace visuel, voici encore un exemple de spectacle total, renforcé par le décorum imaginé à Pitoëff, sur la grande scène, avec cette sorte de teepee géant que vous ne pourrez pas rater.

Dans le domaine de l’expérimental, on a également testé avec curiosité «Be Arielle F. VR» de l’artiste suisse Simon Senn. Lequel a acheté sur le net un corps numérique qu’il a modifié puis animé avant d’aller en Angleterre retrouver la jeune fille ayant servi de modèle à cette numérisation. L’expérience redit le malaise qu’on peut éprouver en revêtant un corps non sexué, ou possiblement hermaphrodite.

Et puis il y a le Musée VR, qui fait désormais figure de classique, du moins depuis deux éditions. Cette année, on peut explorer ainsi six nouveaux tableaux, dont «L’obsession des nymphéas de Claude Monnet», aussi didactique qu’agréable. Yves Tanguy et Le Caravaggio se prêtent eux aussi particulièrement bien à l’exploration en VR. La jonction entre le passé et le futur reste donc au cœur de la section la plus polymorphe du GIFF. On attend à présent Birdly, qui va faire son retour. Rendez-vous jeudi 7 en mode sous-marin.

Créé: 05.11.2019, 19h03

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