La Chine veut reconstruire des monuments abattus, style faux vieux

PATRIMOINE Les deux tiers des ruelles du Pékin traditionnel ont déjà disparu. On fait la copie de certaines d’entre elles, dans un but à la fois de tourisme et de contrition.

Une maison du vieux Pékin ancienne, comme il n’en existera bientôt plus.

Une maison du vieux Pékin ancienne, comme il n’en existera bientôt plus. Image: DR

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La ville de Pékin veut rebâtir certaines des portes de son ancienne muraille impériale aujourd’hui disparue. Ainsi va en Chine la «protection» du patrimoine. Elle signifie souvent raser un édifice pour le reconstruire de façon plus ou moins folklorique. Mais il faut dire qu’ên Orient rénover signifie rebâtir périodiquement. Les temples japonais se voient ainsi refaits depuis des siècles sur le même modèle.

Mais revenons à Pékin. Les autorités promettent de retrouver l’«aspect d’origine» de ces arches monumentales datant des Ming et des Qing, qui jalonnaient le mur d’enceinte, abattu dans les années 1950. Un emplacement maintenant occupé par un périphérique urbain et une ligne de métro. Un paysage a été tellement bouleversé depuis que nombreux sont les Pékinois à railler ce projet pharaonique de «faux vestiges» au cœur d’un pays passé maître dans l’art de la copie.

Ignorance, stupidité et cupidité

Un exemple emblématique est le quartier de Qianmen, au sud de la Cité interdite. Abattu lors du chantier géant de «rénovation» de la capitale avant les Jeux olympiques de 2008, il a été refait à la mode d’un Disneyland touristico-historique. Les badauds défilent entre les néons et les sonos des grandes enseignes internationales.

Le néologisme «qianmenisation» désigne du coup cette pratique courante dans la Chine communiste de «faire du passé table rase» puis, comme pris de remords, de reconstruire «à l’ancienne». On met alors partout des toits aux fausses tuiles vernissées, d’où pendent des lanternes kitsch. «C’est une pratique ignorante, stupide et cupide», juge He Shuzhong, fondateur du Centre de protection du patrimoine culturel. «Ignorante parce qu’ils ne connaissent pas la signification du patrimoine culturel. Stupide, parce qu’ils ne comprennent pas le rôle crucial de la ville ancienne pour la société. Cupide car la corruption imprègne chaque étape de la reconstruction.»

«Décors de films»

A Pékin les vieux quartiers de la Tour du Tambour et de Nanluoguxiang, grignotés par les bulldozers, sont en voie de «qianmenisation». D’autres avant eux ont été transformés en «décors de film», selon les mots de Hua Xinmin, auteur du livre «Je refuse de voir disparaître mon pays natal». Cette militante livre un combat inégal contre les promoteurs et les responsables communistes locaux, qui s’enrichissent de conserve en détruisant les vieux quartiers. Ils en expulsent manu militari les habitants, souvent mal indemnisés, en bafouant sans vergogne les lois en vigueur.

«Il vaut mieux employer l’argent à conserver ce qui reste plutôt qu’à refaire ce qui n’existe plus», explique Hua Xinmin, en estimant que déjà dexu tiers des 3000 hutongs (ruelles) du vieux Pékin ont disparu. Elle est très remontée contre l’hebdomadaire américain «Time», qui a fait figurer sur sa liste 2012 des cent personnalités les plus influentes Chen Lihua, célèbre magnat de l’immobilier. «Elle a détruit le quartier où je suis née.»

La résistance s’organise

Le cycle expulsions-démolitions concerne toutes les villes de Chine. Aux confins occidentaux du pays, la cité de Kashgar, sur l’ancienne route de la soie, subit ainsi la destruction inexorable de son centre historique, malgré les cris d’alarme à l’étranger. Les maisons traditionnelles de briques et de pisé sont remplacées par des habitations similaires, certes, mais neuves. Pourtant la résistance s’organise mieux, grâce aux réseaux sociaux. Le compte de microblogs de Madame Hua est suivi par près de 15’000 internautes.

Dans la capitale, la récente démolition durant les congés du Nouvel-An de l’ancienne maison d’un couple d’architectes renommés a généré un flot de réactions émues sur la Toile. Liang Sicheng (1901- 1972) et Lin Huiyin (1904-1955) étaient, triste ironie, des pionniers de la sauvegarde du patrimoine culturel chinois. Impossible d’approcher aujourd’hui le site où se dressait la résidence, théoriquement classée. La zone est sous la coupe des promoteurs. Des vigiles en interdisent l’accès, devant une palissade bouchant la vue. «Ils ont procédé en douce», déplore Yu Wei, une passante. «Il n’y a plus d’endroit pour que les générations futures se remémorent leur œuvre».

«Démolition préventive»

Plus loin, au royaume des bétonneurs, l’ex-résidence de Chiang Kai- shek à Chongqing (dans le sud-ouest) a récemment officiellement été l’objet d’une «démolition préventive». Face aux critiques, les autorités locales se sont mollement engagées à la… reconstruire.

Créé: 02.05.2012, 08h21

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