L’artiste Dominique Appia peignait une Genève rêvée

DisparitionL’auteur de la fresque du plafond du Victoria Hall est décédé dimanche à l’âge de 90 ans.

Dominique Appia le 20 octobre 2015 chez lui à Genève avec un tableau montrant des livres, Genève et un piano.

Dominique Appia le 20 octobre 2015 chez lui à Genève avec un tableau montrant des livres, Genève et un piano. Image: Laurent Guiraud

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Sa peinture aura marqué les amoureux de Genève au tournant des années 80. Le grand public aimait bien les œuvres figuratives de ce peintre autodidacte au dessin minutieux et au souffle onirique. Dominique Appia transfigurait sa ville dans un registre pictural proche du surréalisme. Un surréalisme aimable, humoristique même, qui brille au plafond du Victoria Hall rénové suite à l’incendie de 1984. On y reconnaît les personnalités liées à l’histoire de l’édifice – parmi lesquelles le commanditaire de l’œuvre, le conseiller administratif Claude Ketterer – contemplant l’envol de dizaines de pages de musique à la rencontre les mélomanes groupés dans la salle.

Le facétieux artiste avait atteint l’âge de 90 ans en juillet dernier, mais sa santé avait commencé à décliner gravement au printemps 2016. Il est mort dimanche.

Fils de chef d’orchestre

Sa grande joie à la fin de l’été 2015 avait été la sortie du film Appia, mémoires d’une œuvre, réalisé à l’instigation de Jean-François Berger et réalisé par Nasser Bakhti (voir la «Tribune de Genève» du 21 octobre 2015). «Mon idée était de consacrer un film à l’histoire de la fresque d’Appia pour le plafond du Victoria Hall, se souvient Jean-François Berger. Finalement, le documentaire de Nasser Bakhti évoque la carrière entière du peintre et c’est très bien comme ça. Mais rappelons quand même que la commande du plafond par Claude Ketterer avait valu à son bénéficiaire des inimitiés dans le milieu artistique genevois.»

En effet, le conseiller administratif chargé de la Culture ne voulait qu’Appia et n’avait demandé personne d’autre. Et Dominique était un autodidacte. Même si le peintre était issu d’un milieu qui ne manquait pas d’artistes, lui-même n’avait pas accompli les études que suivent habituellement les lauréats de concours pour des commandes publiques.

Fils du chef d’orchestre

Edmond Appia, qui officiait avec Ernest Ansermet au pupitre de l’Orchestre de la Suisse romande (OSR), petit-neveu d’Adolphe Appia, rénovateur internationalement connu de la scénographie au début du XXe siècle, le jeune homme touche à tout avant de se consacrer au dessin. Et pas encore au dessin créatif de la veine artistique, mais au dessin d’architecte dans un bureau genevois.

De cet apprentissage de la précision et de la juste perspective, il reçoit les armes qui lui permettront de placer ses rêves dans des décors exacts et reconnaissables. Dans sa dernière publication sortie aux Editions Slatkine en 2013, Genève. Guide amoureux et sentimental pour les curieux, Dominique Appia offre aux jeunes générations un résumé de cet art particulier de la mise en scène d’une Genève rêvée, qui a fait son succès.

On y voit en couverture les tours de la cathédrale Saint-Pierre surgissant d’une ville dont les maisons et les immeubles sont autant de livres disposés de part et d’autre d’un cours d’eau, le Rhône. Les livres, objets si familiers et si symboliques, peuplent les compositions d’Appia. Ils sont parfois victimes du feu, un élément dont le futur peintre s’est senti proche lors de son passage chez les pompiers pendant son service obligatoire à la Protection civile. Genevois, Appia l’était au plus profond de lui-même. Ce descendant d’Italiens réformés des Vallées vaudoises du Piémont aimait la ville du bout du lac et ses peintures le prouvent. L’une d’elles, que l’on peut admirer dans le hall de l’Hôtel Métropole, montre un Genevois célèbre, qui siégea en 1863 au premier Comité international de la Croix-Rouge avec le chirurgien Louis Appia (toujours la même famille!). Il s’agit du général Dufour qui, sur cette fresque amusante, s’envole dans les airs sur sa monture habituellement rivée à son socle sur la place Neuve.

Grand Prix de l’affiche

L’art de Dominique Appia a également fait merveille au service de l’affiche. En 1979, le Centre national d’art et de culture Georges Pompidou reçoit grâce à lui le Grand Prix de l’affiche française, pour celle qu’il a créée à l’occasion de l’exposition Le temps des gares. A Genève, son affiche pour l’exposition du Musée d’ethnographie Le visage multiplié du monde: quatre siècles d’ethnographie à Genève, en 1985, marque durablement les imaginations.

Moins connues sont les mosaïques que Dominique Appia a réalisées dans la cité du bout du lac. On en voit dans les bassins de la maison d’horlogerie Rolex aux Vernets. En digne petit-neveu d’Adolphe Appia, Dominique s’est aussi intéressé au théâtre avec, pour le Grand Théâtre de Genève par exemple, les décors de Shéhérazade, du temps de la direction d’Hugues Gall. (TDG)

Créé: 09.01.2017, 20h45

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