L’Ariana rend hommage à Gustave Revilliod

ExpositionCet homme, ouvert au monde, a créé un musée pour abriter ses collections.

L’une des salles de l’exposition qui présente la variété des objets collectionnés par le mécène genevois.

L’une des salles de l’exposition qui présente la variété des objets collectionnés par le mécène genevois. Image: JEAN-MARC CHERIX MUSÉE ARIANA

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Les Genevois ont enfin l’occasion de faire connaissance avec un être d’exception, Gustave Revilliod, à qui l’on doit la création du Musée Ariana. «Un homme ouvert au monde», comme tient à préciser le sous-titre de l’exposition consacrée à cet infatigable voyageur, grand collectionneur, humaniste, né dans la Cité de Calvin en 1817 et mort au Caire en 1890.

Pour rendre hommage à cet homme singulier et attachant, une publication imposante réunissant 32 auteurs vient de sortir de presse et fera l’objet d’un article à venir. Plus spectaculaire, l’exposition qui se découvre dès demain sur trois étages de l’Ariana rassemble des pièces issues des collections du mécène réparties dans différents musées et bibliothèques publics genevois.

Un peu d’histoire

Tout au long de sa vie, Gustave Revilliod, Genevois de bonne famille, a rapporté de ses voyages quantité d’objets qui vont rapidement envahir son hôtel particulier de la vieille ville. Il achetait beaucoup de céramiques, mais aussi des tableaux, des bijoux, des tapisseries, du mobilier, des livres (dont une centaine de bibles en diverses langues) ainsi que des curiosités. L’homme finira par faire construire un écrin somptueux d’inspiration italienne dans sa propriété de Varembé pour abriter ses collections et les mettre à disposition du plus grand nombre. Baptisé Ariana, en mémoire de sa mère, le musée sera ouvert au public en 1884 et va longtemps ravir les foules par la variété des pièces présentées, avant que ce fourre-tout finisse par les lasser. En 1930, l’Ariana sera uniquement dévolu à la céramique, et les œuvres offertes jusque-là au regard du visiteur entre ses murs trouveront asile dans d’autres institutions genevoises.

Collaboration soutenue

Il aura donc fallu quatre ans à la conservatrice Anne-Claire Schumacher et à Ana Quintero Pérez, toutes deux commissaires d’exposition, pour faire revenir dans le giron de l’Ariana des objets disséminés dans différents musées et bibliothèques dépositaires du fonds Revilliod.

Quatre ans à repérer les objets les plus représentatifs de la curiosité du collectionneur, à les analyser, à en faire restaurer certains avant de les mettre en valeur. «Il fallait habiter ce lieu, y mettre abondance d’objets pour en faire un musée évoquant le XIXe siècle, mais avec un regard contemporain», souligne la conservatrice. Pour la présentation dans le vaste sous-sol de l’institution, les commissaires ont fait appel, une fois n’est pas coutume, à une scénographe, Patricia Abel, qui a su recréer dans cet espace clos le foisonnement des intérêts du collectionneur.

La cartomancienne d’Osaka

L’Orient y occupe une place de choix, avec des céramiques monumentales, bien sûr, mais aussi le papier peint de la chambre chinoise, les meubles finement travaillés, les sculptures en ivoire. Une figure emblématique du musée tient la vedette de la salle orientale: on a ressorti des réserves celle que l’on disait sorcière, mais qui est une cartomancienne de la région d’Osaka, faite en bois, recouverte de papier mâché, dotée de cheveux humains…

À côté de tableaux, de bustes de César ou de pièces d’argenterie se trouvent aussi les broderies réalisées par Godefroy Silderl, homme de confiance et intendant de Gustave Revilliod qui sera nommé conservateur du musée au décès de son maître.

Dans la coursive du premier étage de l’Ariana, des documents exposés dans de petits présentoirs montrent un Revilliod plus intime, avec des objets ayant appartenu à sa mère, des capsules temporelles, des titres de voyage.

Et au rez-de-chaussée, le salon d’époque présente celui qui fut aussi homme de lettres et d’édition. Figure en bonne place le testament de Gustave Revilliod, tenant sur plusieurs pages enluminées, dans lequel le mécène lègue son musée, ses collections et son domaine à la Ville de Genève. Précisant qu’il ne veut pas que l’on touche au parc Varembé, qui s’étendait alors jusqu’au lac. L’État de Genève y a pourtant fait construire le siège de l’ONU. La tombe du grand homme se trouve d’ailleurs quelque part dans le parc, sous un grand arbre.

«Gustave Revilliod, un homme ouvert sur le monde» - Musée Ariana, av. de la Paix 10 - du 2 novembre au 2 juin - www.ariana-geneve.ch

Créé: 30.10.2018, 20h19

Gustave Revilliod par Frank d’Albert-Durade. (Image: MAH)

Un double regard sur les donations

Comme Gustave Revilliod le fit en son temps, des mécènes ou des collectionneurs donnent aujourd’hui encore des œuvres au Musée Ariana. Celui-ci a donc proposé à deux connaisseurs de la céramique d’artistes, Roswitha Schild et Hanspeter Dähler, de mettre en scène ces pièces issues de ses collections contemporaines. Les curateurs ont fait leur choix et sorti des réserves de l’institution une soixantaine de céramiques qui se retrouvent réunies dans les deux salles d’exposition à l’étage réservées à la création d’aujourd’hui.

Posées sur les socles d’une belle sobriété, les pièces, très rapprochées les unes des autres, offrent au regard une telle profusion de styles, de formes, de couleurs et de traitement que cela en devient troublant. Quel cheminement suivre pour aller d’une céramique à une autre? Or voilà que, soudain, l’œil perçoit entre les objets rassemblés des lignes qui se répondent, des émaux qui vibrent de concert, des formes qui dialoguent. Il reconnaît la patte d’un créateur. Il apprécie une sculpture, une matière. Et fond devant ces œuvres uniques des arts du feu.

«Come on baby, light my fire», Musée Ariana du 2 novembre au 10 mars.

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