Jeanne Cordelier revient avec une autofiction, «Escalier F»

LES LIVRES DE LA RENTRÉE (2) L’auteur de «La dérobade» (1976) retrouve sa fratrie minée par la pauvreté. Il s’agit officiellement d’un roman, mais tout sonne vrai.

La couverture du nouveau livre de Jeanne Cordelier.

La couverture du nouveau livre de Jeanne Cordelier. Image: Phébus

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Coucou, la revoilà! On l’avait un peu oubliée. Il faut dire que «La dérobade» se situe très loin dans le temps. C’est en 1976 que Jeanne Cordelier avait sorti ce qu’on n’appelait pas encore à l’époque une autofiction. A 32?ans, elle y racontait sa chute dans la prostitution, suivie de douloureuses relevailles. L’héroïne du livre, bientôt adapté au cinéma avec Miou-Miou en vedette, prenait d’innombrables coups de son souteneur, avant de pouvoir enfin lui échapper. On n’avait pas connu un tel succès dans le genre depuis «L’astragale» d’Albertine Sarrazin en 1965.

Jeanne Cordelier revient aujourd’hui chez Phébus avec «Escalier F», qui suit «Reconstruction», paru chez le même éditeur en 2010. Entre-temps, elle a vécu dix-sept ans en Suède et épousé un coopérateur au développement. Elle n’a pas vraiment cessé de donner des romans, tout en écrivant parallèlement des pièces de théâtre. Le tout, bien sûr, sur fond de voyages. Un coopérateur, cela ne reste pas souvent chez soi.

Veillées funèbres

L’écrivaine est amenée à regarder en arrière dans «Escalier F». C’est qu’elle n’est pas seule au monde, en dépit des apparences. Il y a la fratrie, qui a subi les mêmes coups de la vie et qui, elle, ne s’en est pas sortie. Dany, la romancière à succès, se voit ainsi amenée à des réunions de famille qui ressemblent souvent à des veillées funèbres. Christian, Lucette, Patrick… Nous sommes dans une marginalité violente, avec en figure de proue la mère dénaturée, qui entend encore toujours tout régenter, alors qu’elle n’a jamais su que faire du tort aux siens.A coup de petites phrases sèches et incisives, Jeanne Cordelier donne la description d’un monde qui se délite, alors même qu’il n’a jamais été bien solide. C’est triste. C’est sordide. C’est désespéré. Mais il subsiste l’idée d’une unité perdue. D’une enfance ayant existé, même si elle a été volée. La fin de ce livre bref, que guetterait le misérabilisme si tout n’était pas vrai, en dépit de l’appellation «roman», se passe une fois de plus au cimetière. «Regarde, il neige, ai-je dit.» «Il ne neige pas, Dany, ce sont les cendres de ton frère.»

Pratique «Escalier F», de Jeanne Cordelier, aux Editions Phébus, 143 pages. (TDG)

Créé: 21.08.2012, 16h03

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