Jean-Pierre Brouillaud raconte la folle journée de «Martin Martin»

LES LIVRES DE L’HIVER (54) Léger comme une bulle de savon, le roman nous montre un monde où tout le monde dirait la vérité. Ce serait invivable!

La couverture du livre, avec le dessin de Mix & Remix

La couverture du livre, avec le dessin de Mix & Remix Image: DR

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Le livre pourrait s’intituler «La folle journée», comme s’appelait au départ «Le mariage de Figaro» de Beaumarchais. Tout s’y déroule en vingt-quatre heures dans une ville française, que le lecteur devine provinciale. Et surtout irréaliste. A côté de «Martin Martin» de Jean-Pierre Brouillaud, «Amélie Poulain» tiendrait d’une approche particulièrement radicale de la vérité sociale.

Tout commence dans une boucherie. «Bonjour madame Buie, alors elle était bien tendre, ma bavette, je ne vous avais pas menti.» L’usage voulait que la dame complimente son fournisseur. Eh bien là non. Elle lui a servi le fond de sa pensée. «Elle était dure comme de la pierre, monsieur Quinzebilles. Immangeable, presque. Comme d’habitude.» Que se passe-t-il donc? Martin Martin commence à s’interroger.

Querelles et guerres

Et voilà que tout le monde se met à dire ce qu’il pense. Sur le plan privé, les haines éclatent dans l’immeuble. Au niveau international, on en arrive aux invectives, puis aux menaces. La guerre risque d’éclater aux quatre coins d’une Planète pourtant ronde. On le disait bien jadis. «Pas de bonne éducation sans mensonges.» La famille de Martin Martin réunie pour un sempiternel déjeuner ennuyeux se retrouve ainsi au bord de la rupture. Seule la mère, une vieille carne, n’a pas modifié son comportement d’un iota.

Qui est le responsable de cette plaisanterie planétaire. Ce pourrait bien être Dieu. «Dieu est taquin», nous assure l’auteur, qui le connaît bien. Car le double de Jean-Pierre Brouillaud (qui enseigne par ailleurs le droit) ne cesse d’intervenir. Il se raconte en train de raconter. Il commente. Il interpelle. Il insinue. Puis il poursuit, jusqu’au final. Un final que le lecteur a vite deviné. Tout finira par rentrer dans l’ordre. «L’expérience fut distrayante», explique Dieu. «Mes adjoints ont bien compris que j’étais le boss pour un bon moment encore, je crois qu’il est temps d’arrêter le massacre.»

En se félicitant que nous demeurions dans une religion où l’on puisse encore plaisanter avec ce genre de chose (mettez Allah à la place de Dieu…), le lecteur arrive tout léger à la dernière page. Le roman a la jolie apparence et la consistance d’une bulle de savon. Il fait sourire, ce qui devient rare. Vous souriez beaucoup en lisant du Philip Roth ou du J.M. Coetzee, vous?

Pratique

«Martin Martin» de Jean-Pierre Brouillaud, aux Editions Buchet Chastel, 139 pages.

(TDG)

Créé: 09.03.2013, 09h43

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