Jean-Michel Esperet raconte «Le dernier come-back de Vince Taylor»

LIVRES DE PRINTEMPS (19) Le Genevois s’attache à faire revivre une étoile filante du rock français. Vince est mort à Lutry après une vie complètement brûlée.

Vince Taylor. Pochette de compilation.

Vince Taylor. Pochette de compilation. Image: DR

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Il n’a jamais été une vraie star, avec tout ce que cela suppose de consensuel. Au début des années 1960, Vince Taylor se voyait pourtant opposer à Johnny Hallyday dans le petit monde du rock français. Tout les différenciait, pourtant. Faute d’être Américain, le très brun Brian Maurice Holden possédait un passeport anglais. Seulement voilà… La Grande-Bretagne semblait alors vieillotte. Les Stones et les Beatles n’avaient pas encore passé par là.

Revenu à Genève en 1995 après avoir bourlingué, Jean-Michel Esperet nous offre aujourd’hui une biographie du rocker, prudemment qualifiée de roman. Plus les choses sont vraies, moins il convient de le dire trop haut aujourd’hui. On ne sait jamais. Vince, l’auteur l’a découvert à 11 ans, en 1960. Il a entendu, dans un café de village suisse, «Brand New Cadillac» en glissant une pièce dans le juke-box. «C’est le mot Cadillac qui l’avait fait choisir.» Trente et un ans plus tard, il a appris que l’homme, rongé par un cancer des os, était mort à Lutry. Pas très loin de ce village.

Un monde presque perdu

On sent beaucoup de recherches dans cet ouvrage, qui fait remonter au lecteur le temps, comme dans le livre de Wells. Le Genevois est sur les traces d’un monde presque perdu. Les premières années du rock parisien frisent aujourd’hui l’archéologie. En un demi-siècle, tout s’est évanoui, ou presque. Si Johnny est toujours là, bientôt septuagénaire, que sont devenus Billy Bridge, Danny Logan, Vic Laurens ou Danny Boy? Même les tournées nostalgiques n’ont pas fait ressurgir ces noms flamboyants. Leurs porteurs sont parfois morts sans que nul ne le réalise, à part quelques fans.

Vince Taylor, lui, reste un petit mythe. Il faut dire qu’il a toujours donné dans l’excès. Ce que Jean-Michel Esperet nous raconte, c’est une vie brûlée par la drogue (encore douce) et l’alcool. Violent, imprévisible, autodestructeur, Vince buvait comme un trou. Il ne s’est du coup jamais coulé dans un moule bien popote, comme l’a finalement fait Johnny en dépit de ses airs de mauvais garçon. Aux grands hôtels ont succédé les domiciles banlieusards, avant une nouvelle rentrée. Le livre actuel ne s’intitule-t-il pas «le dernier come-back de Vince Taylor?»

Malentendu fondamental

Volontairement, l’auteur se perd dans les détails. Certains apparaissent infimes. Mais dire et nommer, c’est aussi se souvenir. C’est arracher à l’oubli. C’est maintenir en vie. On est d’ailleurs toujours surpris, en jetant un œil sur les sites dédiés aux stars mineures. Plus leur gloire fut restreinte, plus le culte reste fervent. Les grandes religions cinématographiques et musicales se perdent dans la masse.

Tombé comme un aérolite chez les libraires, «Le dernier come-back de Vince Taylor» ne fait pas partie de ces biographies bon marché, vite faites et encore plus rapidement oubliées. C’est un livre fouillé, sous les apparences. Il fait ainsi comprendre le malentendu fondamental. Vince le perdant, Vince l’excessif, Vince le solitaire n’avait pas sa place dans la France des années 1960. Elle ne pense qu’à consommer et à faire des bébés. Tandis que Vince se saoule, Johnny se marie en grande pompe avec Sylvie Vartan, à Loconville…

Pratique

«Le dernier come-back de Vince Taylor», de Jean-Michel Esperet, aux Editions L’Ecarlate, 195 pages.

(TDG)

Créé: 20.04.2013, 10h43

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Papyrus: 1000 sans-papiers régularisés à Genève
Plus...