Face aux intempéries, les musées ont un plan

Protection des biens culturelsLa Ville de Genève dispose d’un protocole bien rodé pour mettre les œuvres à l’abri.

Fleuron du dispositif genevois, la Berce – un container de stockage de première intervention mobile – contient le matériel nécessaire à la prise en charge d’œuvres endommagées. Un dispositif unique au monde présenté en octobre 2015.

Fleuron du dispositif genevois, la Berce – un container de stockage de première intervention mobile – contient le matériel nécessaire à la prise en charge d’œuvres endommagées. Un dispositif unique au monde présenté en octobre 2015. Image: STEEVE IUNCKER-GOMEZ

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Pluies torrentielles, canicule, inondations… Les objets d’art souffrent aussi du dérèglement climatique. L’orage du 15 juin (lire notre édition du 16 juin) a endommagé le Musée d’art et d’histoire (MAH), qui a subi d’importantes infiltrations. Si aucune œuvre n’a été altérée dans les salles d’exposition, la partie souterraine du bâtiment a été inondée, nécessitant l’intervention du Service d’incendie et de secours (SIS) ainsi que du dispositif de protection des biens culturels (PBC) de la Ville de Genève. Les grandes variations de température induites par les épisodes caniculaires de ces dernières semaines menacent également l’intégrité des œuvres. Les matériaux naturels (bois, huiles, pigments…) sont particulièrement sensibles et nécessitent une attention constante de la part des institutions muséales.

Anticiper pour mieux sauver

Mieux vaut prévenir que guérir: en matière de protection des biens patrimoniaux, c’est même une obligation. Le protocole de conservation des œuvres est principalement axé sur l’anticipation d’éventuels sinistres, qu’ils soient dus aux catastrophes naturelles, aux aléas météorologiques ou à une défaillance humaine.

«L’équipe de régie et sécurité du Musée d’ethnographie assure une veille quotidienne des installations, explique Carine Durand, conservatrice et responsable des collections. Cela réduit considérablement les risques.»

Les températures et le taux d’hygrométrie (pourcentage d’humidité dans l’air) sont programmés pour rester stables toute l’année, peu importent les conditions extérieures. Au MAH, l’ancienneté du bâtiment ne permet pas d’assurer aux objets d’art des conditions de conservation et d’exposition optimales. «Le musée date de 1910 et il n’a pas connu de rénovation majeure depuis, déplore Silvia Iurio, administratrice du MAH. Les œuvres les plus fragiles sont exposées dans des vitrines qui assurent des conditions climatiques acceptables.»

Le musée a par ailleurs dû être fermé durant les fortes chaleurs, eu égard au personnel et aux visiteurs. Pour faire face à ces dangers et, dans une plus large mesure, aux risques de sinistre en général (incendies, tremblements de terre, conflits armés…), le Conseil administratif de la Ville s’est doté dès 2009 d’un protocole strict. Conçu pour anticiper les éventuels dégâts et réagir le plus rapidement possible, il convoque tous les acteurs en charge de la protection des biens culturels, du directeur de musée au représentant d’assurance.

La «cellule de crise», pilotée par l’état-major (gestion des bâtiments et de la logistique, responsable d’intervention, directeur du musée, chef de collection…), organise le déroulement de l’intervention. «Elle est bien rodée puisqu’elle a la capacité de réunir les politiques, les spécialistes muséaux et les représentants des assurances, affirme Carine Durand. C’est une procédure exemplaire.»

Limiter le chaos

Et pour cause: lors du violent orage du 15 juin, elle s’est réunie en seulement quarante-cinq minutes, assistée de la Protection civile et du SIS: «Du matériel d’absorption d’eau a été disposé en suffisance, affirme Sylvia Iurio. L’intervention sur site avec nos équipes, le SIS et la PCi s’est déployée jusqu’à 1 h 30 le lendemain matin.»

Consciente des enjeux liés à la conservation du patrimoine genevois, la Ville a institué dès 2009 une formation destinée à la gestion des situations de crise.

«En six ans, environ 250 personnes ont été formées à la protection des biens culturels en Ville de Genève», relève Nelly Cauliez, conservatrice et responsable de l’Unité régie de la Bibliothèque de Genève. La mise en scène de faux sinistres avec la collaboration du SIS, une fois par année, permet aux différentes institutions de se former, d’améliorer la rapidité et la précision de leurs interventions.

Envié du monde entier

«Le dispositif de la Ville de Genève est une particularité qui fait figure d’exemple, se réjouit Martine Koelliker, directrice adjointe du Département de la culture et du sport. Il est source d’inspiration et de modèle pour certaines institutions suisses et, à plus grande échelle, européennes.»

L’Unité conservation de la Bibliothèque de Genève, pilotée par Nelly Cauliez, est très sollicitée par certains cantons qui souhaitent mettre sur pied un protocole PBC similaire. Des formations sont dispensées par l’unité, profitant aux Hautes Écoles de gestion de Genève et de Neuchâtel.

La renommée du concept PBC n’est en effet plus à prouver: d’ici à la fin de l’année, des collaborateurs du Louvre, des Archives nationales de Paris et de la Bibliothèque nationale de France vont bénéficier de l’expertise de la Ville.

Par ailleurs, la Berce (container de stockage de matériel de première intervention mobile) est le fleuron du dispositif genevois. Unique au monde, elle contient le matériel nécessaire à la prise en charge d’œuvres endommagées, comme du papier absorbant, des boîtes hermétiques, et même de quoi congeler à -30 degrés Celsius certains objets abîmés, figeant la détérioration jusqu’à leur prise en charge par un restaurateur. Très appréciée, la Berce a impressionné le comité PBC national du Japon. Dans l’Empire du Soleil levant, l’expertise genevoise a su faire mouche.

Créé: 07.08.2019, 16h34

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