Claude Arnaud romance sa vie dans «Brèves saisons au paradis»

LES LIVRES DE L’ÉTÉ (12) Après «Qu’as-tu fait de tes frères?» l’écrivain continue le récit de sa trajectoire. Nous sommes cette fois au début des années 1980.

Claude Arnaud. Son récit est très bien mené, mais l’aspect générationnel du premier livre s’est perdu en chemin.

Claude Arnaud. Son récit est très bien mené, mais l’aspect générationnel du premier livre s’est perdu en chemin. Image: AFP

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Il s’agit d’une suite, mais sans doute pas d’une fin. En 2010, Claude Arnaud publiait chez Grasset «Qu’as-tu fait de tes frères?» présenté comme un roman alors que tout, ou presque, y est vrai. Le déballage continue aujourd’hui avec «Brèves saisons au paradis». Un paradis inévitablement perdu après plus de 300 pages. Mais la messe ne semble pas dite. Dans ces mémoires faussement masqués, l’auteur reste encore dans les années 80, alors qu’il est né en 1955.

Récapitulons d’abord l’épisode précédent. Claude a vu le jour dans une famille bourgeoise, aux portes de Paris. Il a deux aînés, sur lesquels porte l’ouvrage, et un cadet, laissé dans le flou. La famille est dominée par l’image de la mère. Elle tombe malade et meurt. Reste le père, avec qui se posent d’innombrables problèmes d’autorité. Il faut dire que nous sommes juste avant Mai 68, puis en plein dedans.

Les suites de Mai 68

Prototype même du roman (appelons-le comme ça) générationnel, «Qu’as-tu fait de tes frères?» illustre la manière dont l’air du temps peut souffler sur une famille. Brillant sujet, le fils le plus âgé se retrouvera dépassé par la disparition d’un système lui convenant. Le suivant donnera dans la gauche dure. Claude enfin, véritable ludion, jouera les gavroches de Mai. A 13 ans, il couche tantôt chez l’un, tantôt chez l’autre, puis vite avec tout le monde. Nous vivons un temps libertaire.

Bien conduit, bien écrit, grave puisque les deux aînés mourront, le premier d’un suicide en clinique psychiatrique et le second mystérieusement en vacances, «Qu’as-tu fait de tes frères?» avait flirté avec plusieurs prix littéraires. Il se terminait dans les années 70. La décennie parenthèse. Le monde semblait s’ouvrir, alors que l’économie n’apparaissait pas encore essoufflée. Bref. Tout allait bien.

Ménage à trois garçons

«Brèves saisons au paradis» se situe plus tard. Claude a fait son trou. Il vit avec Jacques dans l’appartement de Bernard. A l’insurgé, qui s’était baptisé Arnulf, a succédé le parasite de luxe. Bernard, qui n’a jamais rien fait de ses dix doigts, à part lire (il faut des doigts pour tourner les pages), représente certes une forme de dissidence sociale. Mais il s’agit plus d’un excentrique à l’anglaise que d’un politique.

Au début tout va bien. Mais Jacques, qui s’occupe d’une revue de cinéma, cesse d’aimer Claude. Il regarde ailleurs. Bernard, qui a le jeune Claude «à la bonne», le garde chez lui. Il a aussi besoin d’une cour. La vie continue donc, en mineur. Il passe, comme dans les derniers chapitres du précédent volume, quantité de gens ayant connu leur heure de gloire. C’est le moment de se dire que cette dernière reste fragile. Hélène Cixous ne doit pas être morte, mais c’est tout comme. Le sinistre philosophe Louis Althusser n’est plus connu que pour avoir étranglé son épouse. Quant à Roland Barthes, il survit sous perfusion grâce à l’Université, un peu comme Anatole France dans les écoles jusque dans les années 1950.

Un peu trop mondain

Le livre se termine avec le sida. Les temps changent. Les proches de Claude sont touchés. Très bien mené, mais trop mondain pour avoir une valeur de témoignage générationnel, le livre retrouve enfin là un centre de gravité. Mais rien de professionnel n’a en fait commencé. Claude Arnaud n’est pas encore écrivain. Il faudra du temps pour qu’il commence notamment l’énorme biographie de Jean Cocteau, dont les amateurs du poète ne sauraient faire l’économie.

Disons pour terminer que cet ouvrage, un brin cliquant à cause des références littéraires, a de la peine à faire le poids cette saison face à l’«A nous deux Paris!» de Benoît Duteurtre. Là aussi, il est question du début des années 80. Mais son antihéros souffre, rate, se drogue, tombe malade du sida et meurt dans l’indifférence. Il s’agit ici d’une pure fiction. Mais le ton tragique apparaît juste. Claude Arnaud aurait peut-être dû rester sur la bonne impression de «Qu’as-tu fait de tes frères?»…

Pratique

«Brèves saisons au paradis», de Claude Arnaud, aux Editions Grasset, 333 pages. Sortie le 29 août.

(TDG)

Créé: 05.09.2012, 10h06

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