Barbier-Mueller fait tourner des manèges forgés à la gloire des ancêtres

Art africain La plus belle collection au monde d’«asen» du Danhomè est genevoise. Le musée situé dans la Vieille-Ville expose ses fleurons.

Cet «asen», réalisé à la cire perdue, montre un couple escorté d’un serpent à cornes évoquant l’arc-en-ciel, d’un éléphant, d'un oiseau et d'un bananier.

Cet «asen», réalisé à la cire perdue, montre un couple escorté d’un serpent à cornes évoquant l’arc-en-ciel, d’un éléphant, d'un oiseau et d'un bananier. Image: LUIS LOURENCO/MUSÉE BARBIER-MUELLER

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On pourrait les regarder des heures. Chaque asen en fer forgé ressemble à un petit plateau de théâtre mettant en scène la vie quotidienne des Fon de l’ancien royaume du Danhomè (ou Dahomey). Ici, un tailleur dépliant sa longue pièce d’étoffe, là, un forgeron brandissant son marteau. Un boucher armé d’un grand couteau et d’un crochet trône entre ses deux béliers aux belles cornes torsadées, qui attendent l’heure du sacrifice. Une femme se tient devant son mari, une ronde et lourde calebasse emplie de nourriture dans les mains.

Ces décors, travaillés dans le métal avec une délicatesse inouïe, sont souvent agrémentés d’éléments allégoriques liés au culte vodun ou vaudou, religion officielle du Danhomè – aujourd’hui une région à cheval entre le Bénin et le Togo. Caméléons et serpents à cornes louvoient entre palmiers et bananiers, signes de fertilité. Le coq marque le retour du jour. Chaînes et cordes évoquent le lien indissoluble, le cordon ombilical, ainsi que la transmission aux générations futures. Couvre-chef et parasols signalent l’importance de l’individu honoré, assis au centre de la scène sur un siège imposant, tout comme la hauteur du tronc supportant l’asen ou le travail de ciselure des branches de cet arbre métaphorique.

Des manèges enchantés...

Car ces manèges enchantés que l’on fait tourner à bout de bras lors de cérémonies, avant de les planter dans la cour du palais royal ou au milieu de la place principale du village, sont plus que des objets décoratifs: chaque asen raconte l’existence terrestre d’un ancêtre défunt. «Dans le vodun, les disparus font partie du monde des vivants. Afin d’honorer son parent décédé, la famille commande la réalisation d’un asen 12 à 18 mois après la mort. Il symbolise le destin, mais aussi l’esprit qui nous fait vivre. On organise alors une fête au cours de laquelle tous les descendants se réunissent. On compose une chanson à la gloire du défunt et on plante l’asen en bonne place», commente Suzanne Preston Blier, professeure à Harvard, qui signale que cette tradition est encore vive aujourd’hui.

L’historienne de l’art africain, spécialiste mondiale des asen, étudie depuis trente ans la collection Barbier-Mueller, «la plus belle et riche au monde». Les 65 œuvres rassemblées datent d’une période s’étendant du milieu du XIXe siècle aux années 50. La plupart des pièces ont été réalisées en fer forgé, «travaillé avec une finesse qui laisse penser que le métal est aussi souple que du papier ou du tissu». «Après 1906, les artistes fon ont appris la technique de la cire perdue», relève la spécialiste, qui parvient à reconnaître la «patte» de cinq artistes différents dans l’exposition «Asen: mémoires de fer forgé. Art vodun du Danhomè», à voir au Musée Barbier-Mueller jusqu’au 26 mai 2019, dont elle signe le catalogue.

«Asen: mémoires de fer forgé. Art vodun du Danhomè», à voir au Musée Barbier-Mueller, 10, rue Jean Calvin, jusqu’au 26 mai 2019. (TDG)

Créé: 22.11.2018, 16h46

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