Au Mamco, Lionel Bovier mène sa révolution de velours

InventaireEn poste depuis un an, le nouveau pilote du Musée d’art moderne et contemporain de Genève opère une transition douce, mais ferme. Entretien.

Lionel Bovier a repris les rênes du Mamco en janvier 2016. On aperçoit, entre le directeur et ses livres, un morceau de la maquette reproduisant le plateau du 1er étage du musée. Image: Steeve Iuncker-Gomez

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Lorsqu’il a assis, en janvier 2016, sa silhouette de dandy dans le fauteuil occupé par Christian Bernard, fondateur et directeur du Mamco depuis 1994, c’est la première chose que Lionel Bovier a fait installer: une maquette du 1er étage du musée, sur les petites parois de laquelle il vérifie la cohérence de ses accrochages.

Une preuve de l’importance de la spatialité pour celui qui, en un an, a abattu passablement de murs et lancé une réforme paisible de l’institution, en passant les collections à son crible érudit d’historien de l’art. Inventaire de l’année écoulée et perspectives d’avenir.

Où en êtes-vous de l’examen des quelque 2500 pièces des collections et dépôts d’œuvres?

Je pense qu’on doit être aux deux tiers des dossiers à traiter. J’ai mis un terme à nombre de conventions de dépôt. Il s’agit en effet d’engagements lourds, en temps et en argent. Si l’on a besoin d’œuvres pour une exposition, il est tout aussi simple de les emprunter. Si ces œuvres nous sont nécessaires de manière plus régulière, et cela concerne très peu de cas, alors il serait souhaitable de les conserver, avec l’espoir de les recevoir en don ou de les acquérir.

Comment élargir la collection?

Elle s’est beaucoup développée déjà en une année, avec plus de quatre cents nouvelles œuvres, achetées grâce aux privés, données par des artistes ou transmises par legs, comme celui de la galeriste genevoise Marika Malacorda et celui des collectionneurs suisses Claudine et Sven Widgren. C’est le symptôme que notre identité en tant que musée patrimonial s’impose.

Qu’est-ce qu’une bonne collection?

Impossible de donner une recette ! Mais, disons, pour prendre l’exemple de celle d’un privé qui constitue l’un des dépôts que j’ai souhaité conserver au musée, que c’est un ensemble qui est plus intéressant que la somme de ses parties. Cette collection est précieuse, car elle enregistre aussi bien les vainqueurs de l’histoire, ceux qui sont reconnus désormais en tant qu’artistes, que les vaincus d’une époque, mais dont les pratiques viennent offrir de nouvelles pistes de réflexion sur l’écriture historique de cette période.

L’une de vos ambitions était de développer le réseau national du Mamco…

Cet été 2017, la statistique que nous avons mise en place à l’accueil nous dira combien on a progressé sur ce plan-là, puisque nous enregistrons les codes postaux depuis l’automne 2016. Grâce à notre entrée dans l’AMOS (Art museums of Switzerland), nous avons aussi bénéficié du soutien de Genève Tourisme et de Suisse Tourisme pour des campagnes de communication internationales. Ce sont des moyens que, seuls, nous n’avons pas, et je pense que cela portera rapidement ses fruits.

Le Mamco communique-t-il assez?

A la taille de notre équipe, nous communiquons énormément! Mais nous manquons encore de certains outils pour le faire. La semaine prochaine sort un livre qui retrace 20 ans du musée et dont l’essentiel de l’iconographie est inédit. Un labeur collectif qui nous aidera dans notre entreprise d’élargissement du public. La prochaine étape, c’est le site Internet, puis la mise en ligne des œuvres de la collection.

Comment se passe la collaboration avec les autres musées genevois?

Très bien. Mais je pense qu’on pourrait simplifier les procédures administratives pour gagner en fluidité. Je milite pour un droit d’usage des collections genevoises: toutes les institutions publiques devraient pouvoir utiliser les œuvres de toutes les autres. Les pièces devraient pouvoir circuler le plus facilement possible pour des expositions entre musées genevois.

Vous sentez-vous assez soutenu par les politiques?

En tout cas, les rapports sont bons, cordiaux et réguliers, nous travaillons de façon constructive à l’établissement des dossiers à traiter en priorité et à définir la feuille de route pour la rénovation du bâtiment.

A quel horizon?

Il y a eu, en quinze ans, cinq projets différents et de nombreux changements d’interlocuteurs. Or, ce sont des questions institutionnelles qui doivent dépasser les individus. Ce que je peux affirmer, c’est que nous avançons. Il y a toutefois deux nouvelles que je peux annoncer: la première, c’est la généreuse mise à disposition par la Caisse de pension de l’Etat de Genève, propriétaire des autres bâtiments du site, d’une ancienne cabine électrique à l’entrée côté rue des Vieux-Grenadiers, pour une librairie d’art contemporain gérée par Beckbooks + Oraibi, deux jeunes libraires qui ont monté un projet dans le sous-sol du Rameau d’Or. Ensuite, un sponsor a offert de rénover le «lobby», cet espace multifonctionnel qui sépare le Centre d’art contemporain du Mamco. Même si j’appelle de mes vœux une rénovation technique globale du bâtiment, ce sont des premiers signes positifs d’une évolution.

Vous avez repensé la narration en l’inscrivant dans une chronologie. Etes-vous satisfait du dispositif?

J’ai en effet organisé un récit plus chronologique et plus historique, sans doute parce que je suis historien de l’art et qu’il s’agit, pour moi, de la manière la plus simple pour rendre compte ce qui se passe à un moment donné sur une scène artistique. J’ai ajouté un certain nombre d’outils pédagogiques, comme les textes au mur, et modifié petit à petit l’identité visuelle de l’institution. Mais l’âme du musée ne change pas. Il a été construit sur des intuitions intelligentes. Au niveau des espaces et des parcours, nous avons désormais dégagé un espace de 1000 m2 au premier étage qui pourra se modifier au gré des expositions – donc un plateau de même taille que ceux que nos collègues étrangers utilisent. La singularité du dispositif général est de se modifier en fonction de ce qui apparaît au 1er étage. Ainsi, le reste du musée, c’est-à-dire les 2e et 3e étages, réagira à l’exposition Zeitgeist, présentée en février, qui revient sur le développement d’une peinture et d’une sculpture figurative depuis les années 1960. Et au 4e étage seront installées les collections d’espaces, qui sont très spécifiques au Mamco, comme l’atelier de Sarkis.

Votre Mamco idéal dans dix ans?

Je suis attaché à ce bâtiment, donc ce serait celui-là, mais rénové, avec une hygrométrie et une température sous contrôle. On aurait réaménagé les accès au rez-de-chaussée, avec un accueil beaucoup plus large des visiteurs, une cafétéria et une librairie. On se serait entendu, avec les autres acteurs du bâtiment, pour ouvrir de manière concertée et disposer d’une billetterie unique. Nos activités participeraient de la discussion internationale autour de l’art contemporain et notre équipe travaillerait dans de meilleures conditions, notamment salariales.

Y aurait-il une patte Lionel Bovier?

Une telle institution n’est pas le lieu de l’ego. C’est très collectif, même si en tant que directeur, on a forcément la responsabilité de la direction artistique et de la conduite stratégique. Mon rêve, si je devais en formuler un, serait qu’un jour tout le Mamco puisse être en recherche sur une problématique esthétique ou un mouvement artistique sur un temps beaucoup plus long qu’actuellement. Je vois la stratégie de cette année, soit le principe de tout un musée qui réagit à l’une de ses parties, comme une façon de tester cette idée.

(TDG)

Créé: 19.01.2017, 19h59

A artgenève, le Mamco fera son marché en direct

Débuter avec un stand vide et le garnir au fil des jours et des achats. Voilà In Course of Acquisition, le projet insolite et un rien farfelu qu’a monté Lionel Bovier pour artgenève 2017, le salon d’art international qui tiendra sa 6e édition à Palexpo du 26 au 29 janvier prochain.

Le musée enrichira sa collection en toute transparence, en faisant l’acquisition d’œuvres découvertes chez les exposants durant le temps de la manifestation. «Je voulais rendre visible un processus qui se déroule dans toute foire d’art et montrer qu’un musée est un partenaire actif pour les artistes, les galeries et les collectionneurs dans cet écosystème», explique le directeur. Les critères d’achat seront les mêmes qu’usuellement: pertinence de l’artiste et de l’œuvre pour la collection et correspondance du prix aux moyens disponibles. Le budget, dont le montant total demeure confidentiel, a été réuni par l’Association des amis du Mamco, un donateur anonyme et Mirabaud & Cie SA.

Mais le programme d’artgenève 2017, révélé hier à la presse, ne s’arrête pas là. Le salon annonce la présence, aux côtés des institutions et d’expositions curatées, de quelque 85 galeries d’art contemporain, d’art moderne et de design, alignant près de 800 artistes. Au nombre des points forts de l’événement, une installation lumineuse monumentale, sur 2000 m2, de l’Anglais Anthony McCall, une figure historique du cinéma expérimental. Par ailleurs, la Fondation Beyeler, qui fête cette année ses 20 ans d’existence, participera pour la première fois à la foire d’art genevoise. Le design sera également mis à l’honneur sur un stand, par le prisme d’une exposition du plasticien français Mathieu Mercier, mettant en relation des objets avec des animaux taxidermisés.

Il y aura, enfin, plusieurs appendices hors les murs à cette grand-messe. Artgenève/sculptures proposera, du 24 janvier à la fin de mars, une série d’œuvres sur le quai Wilson; comme l’année dernière, un cycle d’été suivra dans le parc des Eaux-Vives. Et la nouvelle section cinéma du salon élira domicile dans la salle du Cinérama Empire, à la rue de Carouge. Les projections auront pour fil rouge Andy Warhol, disparu il y a tout juste trente ans.

Articles en relation

Wade Guyton fait impression au Mamco

Art contemporain Dans un espace réaménagé du musée, l’artiste américain expose une trentaine d’immenses toiles sorties d’imprimante. Plus...

L’art est à la fête ce vendredi dans le ciel genevois

Performance Pour célébrer l’anniversaire de l’art, le Mamco organise du «skywriting» vendredi de 18h30 à 19h. Plus...

Lionel Bovier transfigure le Mamco en redéployant les collections du musée

Art contemporain Le nouveau directeur inaugure sa première séquence d’expositions alors que s’ouvrent les 50 jours pour la photographie. Plus...

Le Genevois Lionel Bovier prend ses aises aux commandes du Mamco

Art contemporain Le nouveau directeur a tenu ce mardi sa première conférence de presse pour exposer sa vision et ses projets. Rencontre. Plus...

Christian Bernard: «En 21 ans, le Mamco a infusé dans la société genevoise»

Art contemporain Le 31 décembre, Christian Bernard remettra les clés du bâtiment qui abritait la Société genevoise d’instruments de physique à son successeur Lionel Bovier. Bilan. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Les Français envisagent le référendum d'initiative citoyenne
Plus...