Améris, l’auteur discret du cinéma français

CinémaSon onzième film, «Je vais mieux», avec Éric Elmosnino, sort le 30 mai.

Dans «Je vais mieux», Éric Elmosnino a mal au dos, mal au cœur, mal à l’âme.

Dans «Je vais mieux», Éric Elmosnino a mal au dos, mal au cœur, mal à l’âme. Image: DR

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Onze films, une œuvre. Loin des grandes thématiques sociales, Jean-Pierre Améris construit, depuis les années 1990 et un «Bateau de mariage» qui marqua son entrée au cinéma, une filmographie constituée de titres abordant maux sociaux et mots d’amour, dans une constante sincérité et un souci de plaire qui lui fut parfois reproché. Aujourd’hui sort son nouveau film, «Je vais mieux», adapté d’un roman de David Foenkinos et truffé de dizaines de références discrètes. C’est l’histoire d’un cinquantenaire qui a mal au dos et tente de résoudre son problème pour découvrir qu’il cache une crise plus grave, plus profonde. Éric Elmosnino mène la danse parmi plusieurs familiers de Jean-Pierre Améris, comme François Berléand. Coup de fil.

Comme souvent dans vos films, vous abordez dans «Je vais mieux» un thème dont le cinéma ne parle jamais: le mal de dos.

Je n’ai en effet jamais vu de films qui en parle. Ce qui m’intéressait, c’était de montrer que le mal de dos est un révélateur de tous nos maux. Ce personnage, c’est évidemment moi. Mes souffrances du dos, mon état d’anxiété. J’ai toujours aimé travailler sur les corps. C’était le cas dans «Marie Heurtin», dans «C’est la vie». J’essaie de filmer des gens qui se libèrent. Dans «Je vais mieux», le héros considère sa douleur comme une ennemie avant d’en faire son alliée.

En onze films, c’est seulement la troisième fois que vous réalisez une comédie. Pourquoi si peu?

Car c’est difficile. On ne sait jamais si celle-ci va provoquer le rire ou non. Et puis je considère qu’il s’agit d’un genre très intime. Ces trois comédies me sont les plus proches. Et en plus, elles me permettent de m’adresser directement au spectateur. Avec l’idée de réaliser des films qui font du bien. Ce qu’on attend d’un film ou d’un livre, c’est qu’ils consolent. Le rire est sur ce point un élément consolateur.

Le film diffère-t-il beaucoup du roman de Foenkinos?

Oui, le roman est davantage dans le règlement de comptes.

De Philip Roth à Italo Svevo, «Je vais mieux» contient énormément de références sans que le film ne les assène. Était-ce facile de les saupoudrer?

Elles sont intégrées dans la trame. Mais toutes ces références renvoient à des auteurs que j’adore, comme ceux que vous citez mais aussi Kafka. Donc elles me viennent plus naturellement, je pense. Et le fait que je ne pratique pas un cinéma naturaliste, que je ne filme presque jamais des scènes dans la rue ou la campagne, mais plutôt en intérieur, dans différents bâtiments, doit sans doute faciliter les choses.

Vous n’aviez jamais tourné avec Éric Elmosnino. Pourquoi avoir pensé à lui pour ce rôle?

Quand on a cherché qui pourrait jouer Laurent, il s’est vite imposé. Il me fait penser à un personnage de Sempé. Je me suis vite rendu compte aussi qu’il pourrait utiliser tout son corps. Ce qu’il y a de cocasse, c’est que comme nous tournions dans le désordre, il me demandait chaque fois avant telle ou telle séquence où en était son mal de dos. J’ai une grande affection pour lui. De toute façon, si vous remarquez, je ne prends que des acteurs qui ont de la fantaisie en eux.

C’est sans doute pour cela que vos films ont de la fantaisie.

Sûrement, oui, et j’aime bien qu’on me les définisse de cette manière.

Justement, comment vous considérez-vous dans le cinéma français?

Comme quelqu’un de discret qui fait des films qui lui ressemblent. Je suis un révolté très doux.

On vous voit peu en sélection dans les grands festivals. Cela ne vous tente pas?

J’ai l’impression que mes films ne sont pas assez forts pour les affronter. Je préfère de loin les longues tournées en province pour les présenter.

«Je vais mieux» devait initialement sortir en janvier. Pourquoi la date a-t-elle reculé de quatre mois?

Car le film de Philippe Le Guay, «Normandie nue», sortait aux mêmes dates et traitait d’un sujet parent. Lui-même avait déjà changé de date à cause du Spielberg.

Parmi toutes vos réalisations, quel est votre film favori?

Je dirais «Les émotifs anonymes» et «Marie Heurtin». Le premier est celui qui me ressemble le plus. Le second a été fait avec rien, même s’il n’y paraît pas.

Et tous deux sont avec Isabelle Carré.

C’est vrai. On devait faire un troisième film ensemble mais le montage financier n’a pas pu se réunir.

Et vos plus grosses déceptions?

«Poids léger» et «Je m’appelle Élisabeth», qui ont été peu vus. (TDG)

Créé: 29.05.2018, 18h19

La critique

Bobos et bleus à l’âme

Il dit «aïe» et son monde va mal. Le héros du roman de David Foenkinos, et aujourd’hui du film de Jean-Pierre Améris, courbe le dos, perclus de douleurs, avant de s’apercevoir que tout cela vient de son mal-être, donc que tout est dans la tête. Rien de fondamentalement nouveau dans ce constat, qui semble même enfoncer des portes ouvertes, mais il y a la manière. Celle d’Améris est fort agréable. Surtout lorsqu’il confie les manettes, devant caméra, au comédien de «Gainsbourg, vie héroïque». Éric Elmosnino. Le cinquantenaire est presque de tous les plans. D’abord physiquement cabossé, mal de dos, puis courbé au boulot, courbé en amour, le corps désarticulé, comme lâché par une nature qui se rebelle.
Les bobos de Laurent, bleus à l’âme ou coups de blues, révèlent un état dépressif que l’art d’Elmosnino et la patte d’Améris font basculer vers l’humour. Sans cela, «Je vais mieux» serait noir, glauque et désespérant. Au contraire, il accumule plutôt les bouffées de bonne humeur, les parenthèses de rigolade et les envolées printanières. Les comédiens sont bien choisis, jamais là où on les pose, d’Alice Pol à Henri Guybet. Il faudrait juste un peu plus de folie pour que le film prenne totalement son envol et parvienne à se dépasser.

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