La 42e Bâtie débute jeudi. Zoom sur un projet inédit!

Festival de GenèveSon nouveau capitaine Claude Ratzé l’a voulu plus rassembleur et plus local, le rendez-vous de la rentrée genevoise inaugure l’ère du réseau et des alliances.

La transversalité à pleines dents! Faisant fi des frontières qui séparent les disciplines artistiques, les générations, les genres, les origines ou les renommées, La Bâtie donne carte blanche à Michèle Pralong, Julie Cloux, Marius Barthaux et Alexandra Bellon pour deux créations destinées à tourner, «elle s’assit» et «Verra Verra».

La transversalité à pleines dents! Faisant fi des frontières qui séparent les disciplines artistiques, les générations, les genres, les origines ou les renommées, La Bâtie donne carte blanche à Michèle Pralong, Julie Cloux, Marius Barthaux et Alexandra Bellon pour deux créations destinées à tourner, «elle s’assit» et «Verra Verra». Image: LAURENT GUIRAUD

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Brasser plutôt que séparer! Il n’y a guère qu’un domaine où La Bâtie nouvelle mouture déroge à cette règle. Au choix d’un lieu central adopté par la direction précédente, Claude Ratzé et son équipe préfèrent désormais la scission entre le restaurant, nommé Septembre vert, sis à la salle communale du Faubourg, et le Club, réservé aux noctambules, installé à la salle communale de Plainpalais.

Globalement, on fédère (lire notre avant-première du 19 juin dernier). Privilégiant la création du cru, sur laquelle on saupoudre quelques têtes d’affiche internationales. Encourageant les collaborations entre créateurs et établissements locaux. Célébrant les noces de l’amateur et du professionnel, à l’instar du chorégraphe français Jérôme Bel qui ouvre le bal jeudi au Théâtre du Léman (voir ci-contre).

Michèle Pralong appartient à cette frange de gens de théâtre qui accueille avec ferveur la nouvelle organisation en réseau des scènes régionales. Jonglant pour sa part avec les pratiques de l’écriture, de la dramaturgie et, plus récemment, de la mise en scène, l’ancienne codirectrice du Théâtre du Grütli (2006-2012) se réjouit que «toutes les institutions se parlent, partagent leurs réflexions concernant les artistes de tous horizons pourvu qu’ils fassent bouger les choses». Avec l’intégration du Théâtre de l’Usine et de l’Abri au sein du hub que forment déjà les Grütli, Comédie, Poche, Saint-Gervais et Bâtie repensés, «on vit une nouvelle forme d’émulation» sourit-elle. On la questionne plus avant.

La Bâtie version Ratzé institue les «Commandes pluridisciplinaires» dont vous signez l’un des modules. Quel est ce nouveau projet?

Huit commandes de duos ou solos pluridisciplinaires ont été adressées à huit artistes locaux - six jeunes issus des grandes écoles de musique, de danse ou de théâtre, et deux créateurs plus aguerris, la chorégraphe Tamara Bacci et moi-même. Portées par un même éclairagiste et un même ingénieur son, ces commandes obéissent à deux motivations premières. Il s’agit d’abord d’extraire les praticiens de leur cadre habituel en les confrontant à d’autres champs. Tamara collabore ainsi avec la plasticienne Carmen Perrin sur une idée très singulière. Tandis que je sors esthétiquement du théâtre en m’alliant à une percussionniste. Le second axe repose sur la confiance témoignée aux diplômés de ces écoles en plein essor que sont la Manufacture à Lausanne ou la HEAD à Genève afin d’organiser leur passage à la vie professionnelle. La Bâtie assume ainsi une responsabilité politique d’autant plus belle qu’elle produit entièrement ses commandes sur deux mois. En marge de l’étalage de spectacles internationaux, le festival marque son respect pour la relève.

Quelle est d’après vous la principale vertu du mentorat?

Je trouve qu’il faut exploiter cette intéressante forme de collaboration, mais ce n’est pas le cas de ces «Commandes», qui laissent aussi bien des groupes de jeunes que des unités plus expérimentées travailler seuls. En tant que telle, la commande est étrangement mal vue, dans les milieux théâtraux. Par définition, elle est contraignante, et exige donc l’honnêteté de celui ou celle qui l’accepte ou la refuse.

Comment avez-vous travaillé avec Julie Cloux, comédienne, et Alexandra Bellon, percussionniste - pour un duo théâtre et musique -, et avec Marius Barthaux - pour un solo de danse?

Marius réalise sa création «Verra Verra» de son côté. Nous avons été réunis au sein du Programme 1 (il y en a 4) sur la base du lieu où seront données nos représentations, à savoir Le Poche. Les cartes blanches offertes par Claude Ratzé ne doivent pas excéder 20 à 25 minutes - une durée forcément électrique! Dans «elle s’assit», je mets en scène la musicienne Alexandra Bellon, qui joue du tam à l’aide d’un archet, et la comédienne Julie Cloux, qui assure par sa diction une maîtrise très aboutie de la métrique. Le résultat tient autant du concert que de la performance théâtrale. La Bâtie fait en sorte que ces petites formes puissent intéresser les programmateurs et tourner facilement.

Votre spectacle prend appui sur le personnage classique de Phèdre?

Au fil de mon travail théâtral, j’ai collectionné un certain nombre de didascalies, tour à tour libératrices (chez Elfriede Jelinek), astreignantes (chez Beckett) ou poétiques (Kleist). L’auteur y interrompt le dialogue pour s’adresser au lecteur par-dessus son épaule. Dans le «Phèdre» de Racine, il n’y en a qu’une: «elle s’assit». Celle-ci intervient lors du premier aveu par Phèdre de son amour interdit pour Hippolyte. L’héroïne tragique dit s’effondrer, et Racine insiste en intercalant au sein des 12 pieds de l’alexandrin cette précision concernant son mouvement de chute. J’ai eu envie de zoomer sur ce trou dans lequel l’auteur fait tomber le corps. Je vois cette défaillance physique comme le mouvement d’un coming out, par un personnage divisé entre le désir et la honte, objet d’émotion et d’opprobre.

Six ans après votre fin de mandat à la tête du Grütli, êtes-vous satisfaite de votre parcours?

Oui, j’ai appris durant cette période à mettre sur pied des plateformes qui me permettent de combiner mes pratiques à la fois de rédactrice, de dramaturge et de créatrice. J’ai la chance de pouvoir avancer aujourd’hui sur le double chemin de la curatrice et de l’artiste. Je planche actuellement sur deux grands projets allant dans ce sens, l’un pour 2019, l’autre pour 2021. En fait, je trouve que Genève est clairement une belle place pour travailler.

La Bâtie – Festival de Genève, «Commandes pluridisciplinaires» du 31 août au 10 sept. au Poche/GVE et au Théâtre Saint-Gervais. Prog. complet et billetterie sur www.batie.ch

Créé: 28.08.2018, 19h58

L'essentiel

Coup d’envoi Le festival déroule du 30 août au 16 septembre plus de 40 propositions dans presque autant de lieux.

Interview La Genevoise Michèle Pralong expose la «Commande pluridisciplinaire» qu’elle réalise pour le Label Bâtie.

Coups de cœur Parmi l’offre foisonnante des 4 premiers jours, on tire 4 musts danse, théâtre et musique.

(Image: V. ELLENA)

«Gala» mêle sans complexe pros et amateurs

Jérôme Bel figure et inaugure la 42e Bâtie ces jeudi et vendredi au Théâtre du Léman. En pape de la «non-danse», le Français entraîne dans «Gala» une ribambelle d’amateurs et de professionnels, de valides et d’invalides, de jeunes et de vieux dans une fête du mouvement libéré. K.B.

(Image: D. THEBERT FILLIGER)

La femme et le mustang unis dans «Hate»

Deux fois programmée au sein de cette édition, l’actrice, auteure et metteure en scène franco-suisse Laetitia Dosch fait jouer à un cheval le rôle de l’Autre dans «Hate» – à voir de vendredi à lundi au Théâtre du… Loup. De l’indifférence à l’assujettissement, en passant par l’amour. K.B.

(Image: P. DEPREZ)

La règle de trois établie par Jan Martens

Troisième invitation genevoise faite au chorégraphe belge Jan Martens. Dans «Rule of Three» (vendredi, samedi et dimanche à l’ADC), les transes rythmiques du percussionniste NAH gagnent un trio de danseurs avant de mettre le public face à sa propre frénésie. K.B.

(Image: DR)

Grems, un rappeur visionnaire à La Gravière

Il incarne comme peu d’autres la figure de l’artiste total. Graphiste, designer et graffeur français, Grems s’est surtout imposé à travers une poignée d’albums au rap ciselé. Il faut le (re)découvrir le 1er septembre à La Gravière, où il présente son dernier venu, «Sans titre #7». R.Z.

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