Critique de théâtreLa magie de Prospero brille à Renens
Omar Porras saupoudre son savoir-faire féerique sur «La tempête» de Shakespeare au TKM. Une création à voir pendant trois semaines.

La pièce est mythique, ses échos magiques ont traversé les siècles. «La tempête» de William Shakespeare s’ébroue ces jours au TKM de Renens dans une mise en scène du thaumaturge des lieux, le directeur Omar Porras.
Le spectacle, moment fort de la rentrée du théâtre, va rester trois semaines à l’affiche, après sa première du mardi 24 septembre. Une durée qui n’est plus très courante, à l’heure où les rotations des programmations ne maintiennent que rarement une production plus de dix jours.
«La tempête», qui cumule enchantements scéniques et signature du plus grand dramaturge de l’histoire, semblait bien placée pour oser un tel investissement sur la longueur. La pièce se présente aussi comme un objet idéal pour le metteur en scène Omar Porras, féru d’effets de plateaux féeriques, de profusion de couleurs, de costumes et surtout de ces masques qui permettent d’ouvrir d’autres dimensions, à mi-chemin du réel et du fantastique. «Nous sommes de l’étoffe dont sont faits les rêves…»
Fantasmagorie
Une fois de plus, l’homme de théâtre d’origine colombienne déploie des fastes de fantasmagorie autour de l’intrigue. Prospero, duc de Milan chassé de ses terres par son frère et exilé sur une île avec sa fille, provoque par ses sortilèges le naufrage d’un navire transportant le roi de Naples et son fils, ainsi que son félon de frère.
L’exotisme du lieu, les esprits invoqués par le magicien de noble ascendance sont autant d’atouts pour faire briller de chatoyants dispositifs scéniques sur fond de mystérieuse pénombre. Et Omar Porras, les doigts pris dans le pot de lumières phosphorescentes, ne s’en prive pas!

Passé le préambule d’une troupe musicale qui ouvre l’espace de la fiction par sa sarabande, le metteur en scène lance aussitôt ses spectateurs dans les impressions fortes. Jamais la pièce ne méritera autant son sous-titre de «Voix du vent» que lors de ces bourrasques initiales, évoquées par un tonnerre fracassant et par le chaotique ballet des voiles, suggérant évidemment le naufrage mais aussi le tumulte passé et futur du monde.
Vengeance occulte
L’intrigue peut ensuite prendre le relais avec un Prospero orchestrant sa vengeance – et son pardon – en maître de l’occulte et de la narration. Chaque tableau brille de mille feux, qu’ils soient de lumière ou d’artifices. Les comédiens, tous affublés d’un masque aux charmes grotesques – à l’exception de la fille de Prospero – excellent à souligner cette exagération visuelle par des éclats burlesques ou tendres. Mentions spéciales au comique de Ferdinand (Pierre Boulben), fils du roi de Naples aussi énamouré qu’ingénument queer, et à la malice poétique d’Ariel (Jeanne Pasquier), esprit subjugué par Prospero à la gracilité surnaturelle.
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Les peuples premiers sont suggérés, non pas tant par Caliban, le fils honni de la défunte sorcière Sycorax qui a pu prendre cette signification, que par des figures totémiques, apparitions étranges dans cette forêt de signes aux couleurs ondoyantes.

Cette démultiplication des effets visuels peut susciter quelques réserves. Ce fard constant fait par moment écran à l’humanité des personnages, mais Omar Porras ne cache pas ici son penchant pour des songes chatoyants, déclinés à l’infini, où le burlesque le dispute à l’envoûtement. Une très bigarrée traversée des apparences.
Renens, TKM, jusqu’au di 13 oct. www.tkm.ch
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