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Course au Conseil fédéral
Christophe Darbellay prend à revers son monde

Christophe Darbellay annonçant à Charrat le 2 février 2025 qu’il ne sera pas candidat au Conseil Fédéral, devant un panneau marqué ’Le Centre Valais romand’.
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En bref:
  • Christophe Darbellay renonce à sa candidature pour se concentrer sur le Valais.
  • Les retraits des favoris avaient ouvert une fenêtre de tir pour lui.
  • Il préfère éviter un duel avec l’influent Markus Ritter, selon ses calculs.
  • Darbellay privilégie la sécurité et mise sur un patriotisme cantonal fort.

Dans le microcosme politique valaisan, la candidature de Christophe Darbellay ne faisait plus l’ombre d’un doute. Mais le conseiller d’État, en lice pour sa réélection, est de ceux qui prennent volontiers leur monde à contre-pied. «J’aime la Suisse, j’aime le Valais, mais on ne peut pas vivre avec deux cœurs dans la poitrine. J’ai choisi de mettre la priorité sur mon canton qui amorce une grande mue», a-t-il annoncé ce dimanche, devant une presse médusée.

Sourire aux lèvres, le Martignerain surprend son monde, alors que les observateurs imaginaient déjà un duel face au Saint-Gallois Markus Ritter. D’ordinaire, un papable à la fonction suprême convoque la presse pour se déclarer. Mais pas Christophe Darbellay.

Jusqu’ici, l’homme avait pourtant profité d’un extraordinaire alignement de planètes. Souvenez-vous. Le 15 janvier dernier, dans la foulée de l’annonce surprise de Viola Amherd, l’option Darbellay n’en était pas une. Le conseiller d’État candidat à sa réélection était, tout au plus, spectateur des tractations bernoises. 

Mais les retraits successifs des favoris, de Gerhard Pfister à Martin Candinas en passant par Isabelle Chassot, Benedikt Würth, Philipp Kutter ou Andrea Gmür-Schönenberger, lui ont dégagé, selon ses propres mots, «une fenêtre de tir». Il ne la saisira finalement pas.

Pas le poids face à Markus Ritter

Si Christophe Darbellay se retire, c’est d’abord pour son canton, dit-il. Et ses enfants. «C’est déjà suffisamment difficile d’avoir un papa conseiller d’État.»

Mais c’est aussi que le politicien a fait ses calculs. Face au très influent Markus Ritter, conseiller national depuis 2011 et président de la puissante Union suisse des paysans, le Valaisan n’avait pas les faveurs de la cote. Même si, selon lui, ses chances «étaient intactes».

Il précise: «Le jeu était ouvert, mais je n’avais pas le temps à disposition pour aller dans les moindres recoins du pays convaincre 246 élus fédéraux. J’ai d’ailleurs eu des soutiens dans tous les camps politiques, jusque dans un parti qui, soi-disant, ne me porte pas dans son cœur», relève-t-il en référence à l’UDC. 

Reste que le Valaisan aurait eu beaucoup de difficultés à séduire le premier parti du pays. Artisan de l’éviction de Christoph Blocher, l'ex-président du PDC suisse avait également comparé la formation à une «secte de débiles» en 2011. À Berne, où il a œuvré douze ans (de 2003 à 2015) comme conseiller national, beaucoup s’en souviennent. Et peu lui pardonnent.

Il déserte donc le champ de bataille. Mais stratège, le ministre sortant contourne soigneusement le récit d’un homme qui se soustrait au combat. Non, désormais, il capitalise sur son retrait pour en faire un argument de campagne. C’est, en substance, le Valais d’abord. Un patriotisme cantonal qui plaît aux urnes.

Trop à perdre en Valais

Christophe Darbellay l’a réaffirmé, «le train pour le Conseil fédéral ne passe qu’une fois». Sauf qu’en gare, le ministre cantonal attendait également sa correspondance pour le gouvernement valaisan. En jouant sur les deux tableaux, le Valaisan prenait le risque de manquer les deux convois.

Des médias attendent près des affiches de campagne pour les élections cantonales valaisannes devant une salle polyvalente à Charrat. Les affiches montrent Christophe Darbellay de la Kantonalpartei der Mitte, à l’approche d’une possible candidature au Conseil fédéral. Montagnes en arrière-plan, 2 février 2025.

Le 2 mars prochain, à l’issue du premier tour au Conseil d’État qui oppose six candidats pour cinq sièges, Christophe Darbellay devrait être en passe d’être réélu. Mais s’il s’était lancé dans la course au Conseil fédéral, les écologistes auraient pu provoquer un second tour le 23 mars. Le Centre Valais romand aurait alors fait face à un dilemme.

Faut-il repartir avec son sortant qui, le 12 mars, pourrait se hisser à la table des sept Sages? Faut-il compléter le ticket avec un autre nom et prendre le risque d’un vote-sanction contre le ministre qui rêve d’ailleurs?

Ce dimanche, Christophe Darbellay a tranché. Et il joue la sécurité.

Berceau du clan Darbellay

Le conseiller d’État a choisi de dévoiler ses intentions dans le petit village de Charrat, à 6 kilomètres de Martigny. On aurait pu s’attendre à un autre dénouement inverse, tant la symbolique du lieu est forte. C’est ici, dans la fertile plaine du Rhône, que son oncle Charly et son père, Arthur, s’installent avec le reste du clan Darbellay en 1947. Charrat devient alors le berceau d’une famille influente.

Charly Darbellay, député pendant seize ans au Grand Conseil valaisan, est d’ailleurs l’homme qui réveillera une fibre politique chez son neveu. Neveu qui, quarante ans après la retraite politique de son oncle, renonce à la dernière marche du pouvoir.

Et le train, paraît-il, ne passe qu’une fois.

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