La Russie savoure, l’Arabie saoudite déguste

FootballAvant le premier match du Mondial 2018, les abords du stade Luzhniki ressemblaient à une extraordinaire salade de fruits.

Que la fête commence. Robbie Williams a assuré le show avant le match d’ouverture et un large succès de la Russie.

Que la fête commence. Robbie Williams a assuré le show avant le match d’ouverture et un large succès de la Russie. Image: KEYSTONE

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«L’Arabie saoudite va gagner trois à un!» Deux filles, chevelure voluptueuse, et deux gars, barbe taillée au poil, drapeaux sur les épaules, font le buzz à la sortie du métro face au stade Luzhniki. Il est 13 heures et le parc olympique commence à se remplir. Le quatuor arrive en droite ligne de Riyad. Les demoiselles, visage maquillé avec classe, se trémoussent au son de Shaquira et de son «Time for Africa». C’est vieux, mais ça marche toujours. Les gars jouent les durs, assurant à tous les smartphones qui passent que leurs Chevaliers vont terrasser les cosaques russes.

Au moins auront-ils vécu cinq heures d’illusion. Car en soirée les fiers supporters ont dû être refroidis par la débâcle de leur sélection nationale. Cinq à zéro. Une honte qui a, au contraire, redonné fierté et confiance à une sélection russe qui ne croyait pas à pareille fête pour ce match d’ouverture.

Sous le regard de Lénine

Mais rembobinons quelque peu. Le début d’une Coupe du monde est un instant particulier. En temps normal, un match de foot oppose deux équipes, donc deux groupes de supporters. Jeudi après-midi, dans les parages du stade Luzhniki, c’était plutôt mode «salade de fruits». Un extraordinaire mélange de couleurs et de saveurs, de la créativité à n’en plus finir. Une sorte de plat géant autour duquel s’agglutine une nuée de photographes. Sûr que tous les supporters n’étaient pas là par hasard, à l’instar de ces Brésiliens, Mexicains ou Costaricains, tellement préparés qu’ils chantaient juste.

Ce charivari contrastait grave avec le sérieux des services de sécurité, dont chaque agent semble connaître sur le bout des doigts le manuel de fouille. Celui qui parviendra à faire entrer un fumigène dans le stade aura tout du magicien. Mais comme Vladimir Poutine a dit que la sécurité c’était pour le bien de tous, cela doit être vrai. D’ailleurs personne ne se rebiffe. À l’intérieur de l’enceinte, aucune hystérie, mais de l’espace et des gens plutôt bien éduqués et calmes, au moment de s’engager entre les stands flamboyants des sponsors.

Intéressant de déambuler dans cette allée au bout de laquelle Lénine observe le monde. De loin, il paraît fier. De près, on voit qu’il détourne la tête, comme s’il était écœuré de ce qui se passe à ses pieds. Lui qui avait défendu le travailleur doit voir rouge en scrutant la lignée de multinationales, réussites suprêmes du capitalisme, qui se pâment devant lui. Son malaise doit encore monter d’un cran quand il constate que la majorité d’entre elles sont russes ou chinoises. Le monde a bien changé et pas seulement pour Vladimir Ilitch. Pour le football aussi. Désormais l’argent vient en grande partie d’Asie.

Mais peu importe. Car en flânant le supporter fait des découvertes savoureuses. Comme ce géant de l’agroalimentaire chinois, dont le stand exhibe des vaches multicolores. La plus grande, noir et blanc, ferait mourir d’envie un agriculteur fribourgeois. D’autant plus que le vacher n’est autre que Lionel Messi, vêtu d’un anonyme maillot bleu marine. Son message: «La puissance de la nature permet à vos enfants de mieux grandir.» Venant de la Pulga (la puce), c’est plutôt piquant. Mais ça marche et ils sont nombreux à se mettre en scène entre la vache et le Messi.

Pas dans l’euphorie

Dès 16 heures, les tribunes de cet incroyable stade Luzhniki commencent à se remplir, méticuleusement et sans heurt. Dans les haut-parleurs, une play-list du tonnerre, de celles qui mettent le feu à une arène universelle. Mais c’est juste l’échauffement. Le premier vrai frisson arrive une heure avant le coup d’envoi, quand la voix grave du speaker égrène les noms des joueurs de la Sbornaja. Les Saoudiens arriveront bien plus tard, comme s’ils n’avaient pas besoin de s’échauffer. Avec le recul, ce n’était peut-être pas la bonne stratégie.

Mais cela ils ne le sauront qu’après le concert de Robbie Williams, qui visiblement fait toujours recette. Presque autant que Vladimir Poutine. Toutefois, si le premier permet au public de s’agiter, voire de chanter, le second intime un respect profond. Impressionnant d’entendre 81 000 spectateurs de football se taire en quelques secondes, puis ovationner d’une seule voix le président comme un empereur dans un péplum.

À 18 heures, en mondiovision, la Coupe du monde 2018 a débuté. Mais pas dans l’euphorie. Une certaine tension se ressent dans les tribunes rouges. Comme si, malgré leur patriotisme sans faille, les Russes se méfiaient de leur équipe, dont les derniers résultats laissaient plutôt présager le pire. Sans éclat, mais avec assurance, la Sbornaja a levé une partie des doutes en enfilant cinq buts à des Chevaliers du désert dépassés. La foule, elle, a apprécié, salué, avant de repartir comme elle était venue. Dans le calme.

Créé: 15.06.2018, 07h28

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