Aujourd’hui au Brésil, la précarité est au moins aussi grande que l’amour du jeu

FootballUn regard brésilien Musicien, Eduardo Botelho est aussi footballeur. En marge du match de dimanche, il réunit guitares et… cors des Alpes.

Musicien et bien sûr amateur de football, Eduardo Botelho chez lui, avec quelques-unes de ses guitares.

Musicien et bien sûr amateur de football, Eduardo Botelho chez lui, avec quelques-unes de ses guitares. Image: Jean-Paul Guinnard

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Il bosse tous les jours son instrument, très tôt le matin, avant les bruits du monde qui s’éveille. «La matière est si vaste, ça ne s’arrête jamais», dit-il en souriant. À Yvonand, Eduardo Botelho (63 ans) évolue à son aise au milieu des guitares. Compositeur, arrangeur, enseignant aussi, il vit de la musique depuis son arrivée en Suisse, voilà un peu plus de trente ans. Avec la Coupe du monde qui débute, les sentiments, bien sûr, se bousculent.

Il aime le jeu, c’est certain, mais le football s’inscrit aujourd’hui dans un contexte particulièrement difficile pour son pays d’origine, avec lequel il garde des liens étroits. Il en parle volontiers autour d’un café, avec une statistique étonnante en guise d’entrée dans la discussion: «Mardi, la «Folha de São Paulo» ( ndlr : l’un des grands journaux du pays) a fait paraître un sondage effectué auprès des Brésiliens, explique-t-il. Résultat, 53% des personnes interrogées avouent n’avoir aucun intérêt pour le tournoi mondial.»

Misère et violence

Un chiffre qui va à l’encontre des clichés habituels d’un Brésil foot et samba. «Le nouveau gouvernement a coupé beaucoup de programmes sociaux, souligne Eduardo Botelho. On a plus de misère, plus de violence aussi; 60 000 morts l’an dernier, c’est choquant. La semaine dernière, la grève des camionneurs a paralysé tout le pays. Nous avons 15 millions de chômeurs. La famine est revenue. Certains ménages n’ont pas l’électricité. La précarité est immense. C’est inacceptable.»

Le constat est sévère, qui plaque pourtant à une réalité encore trop méconnue. «La communauté internationale commence à en prendre conscience. Mais ce n’est pas pour rien si les gens n’ont guère envie de penser au foot.»

Notre interlocuteur fait une pause. «Excusez-moi, mais vous conviendrez que le cadre n’est pas particulièrement festif.» On l’oublie un instant, pour raviver quelques souvenirs qui aussitôt font mouche. Le sport rattrape Eduardo, l’enfant qu’il était à São Paulo. «J’ai grandi dans le foot qui, comme chez tous les Brésiliens, possède un caractère magique. Didi, Garrincha, Pelé bien sûr, un mythe. Mon père m’emmenait au stade pour le voir jouer. Quand le ballon était dans ses pieds, c’était le silence. Le public se demandait ce qu’il allait faire…»

Aujourd’hui, le football a pris une autre dimension, plus commerciale bien sûr. «C’est souvent pour les jeunes une porte de sortie, une chance de faire fortune. Mais il n’y a plus de conscience politique, de gars qui, comme Socrates, utilisaient leur image pour faire avancer les choses. Les joueurs pensent surtout à leurs millions, leurs bateaux, leurs voitures. C’est une génération consumériste… ou alors évangélique. Mais dites-moi donc ce que le bon Dieu vient faire là-dedans!»

La ginga de Neymar

La fierté d’avoir une belle équipe perdure malgré tout. «On sait qu’on pratique depuis longtemps le meilleur football de la planète, avance Eduardo Botelho sans forfanterie. Le jeu dans le sable donne à nos joueurs une souplesse de chevilles particulière. Il y a aussi le rythme, très important. Et puis le mouvement du corps. C’est la ginga, ce jeu de jambes qui s’inspire de la capoeira et déconcerte l’adversaire.»

L’art du dribble, ce dialogue, ces pas d’une danse qui finit par mettre l’adversaire à terre. «Voilà ce qui fait toute la beauté du jeu. Neymar n’a rien inventé, mais il possède la ginga, on l’a bien vu sur le but inscrit il y a quelques jours contre l’Autriche.» Brésil irrésistible? «C’est une très belle équipe. J’ai une petite réserve sur la défense. Mais avec une attaque pareille elle sera difficile à arrêter.»

Concert à Yvonand

Et la Suisse? «J’aime son esprit, son efficacité aussi. La Suisse pourra sans doute bloquer certaines initiatives. Ce match n’est pas gagné d’avance. Mais si le Brésil parvient à exprimer son immense potentiel…» Quoi qu’il arrive, Eduardo Botelho a imaginé une autre rencontre autour de cette belle affiche. Au camping de la Menthue (dimanche à Yvonand dès 17 heures, entrée libre), il réunit les musiciens de Terra Brasil et un groupe de cors des Alpes. Incongru? Pas si sûr!

Créé: 16.06.2018, 10h14

Éric Pédat (ancien gardien)

«Un gros match de Sommer: 1-1»

«Si les Suisses tiennent bon durant les trente premières minutes, je pense que c’est jouable. Avec un grand Sommer dans les buts et un peu plus de baraka qu’il y a quatre ans face à l’Argentine, il est possible de répéter une grosse perf comme face à l’Espagne en 2010.»

Caroline Abbé (joueuse du FC Zurich Frauen)

«Jamais au top au début: 1-1»

«Je vais forcément tenir pour la Suisse, en me disant que les grandes équipes ne sont jamais au top au début. Je pense que si on est bien compact défensivement, en évoluant en contre, on a des chances d’en marquer un. Je mise sur un bon 1-1.»

John Dragani (entraîneur du Stade Nyonnais)

^«Le coup de l’Espagne: 0-1»

«Je vois bien le même coup que la Suisse avait joué à l’Espagne en 2010 et un succès de 0-1: une domination stérile du Brésil et une grosse abnégation en défense des Suisses. Cela n’empêchera pas ensuite les Sud-Américains d’être champions du monde!»

Léonard Thurre (ex-international)

«Le Brésil est sur sa planète: 2-0»

«Avec des joueurs qui évoluent sur une autre planète, le Brésil risque bien d’être un adversaire trop fort pour les Suisses. Même s’ils sont toujours capables de nous surprendre. Allez, 2-0 pour le Brésil et les Helvètes qualifiés ensuite en huitièmes».

Michel Pont (ancien adjoint de l’équipe de Suisse)

«Je vois un 0-1, Gelson à la 88e»

«Même si le Brésil c’est le Brésil et qu’il peut très bien y avoir un 6 à 1, j’ai l’intime conviction que les Suisses vont réaliser un gros match. Je vois bien un but de Gelson Fernandes à la 88e. Mais tout ne se jouera pas sur ce match.»

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