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L’Hôtel Bel’Espérance montre l’exemple en accueillant des femmes sans-abri

Hébergement d’urgence. La crise sanitaire ouvre les portes des hôtels qui sont vides. Reportage.

Le sleep-in femmes installé dans une halle de gym de l'école de Trembley s'est vidé de ses dernières occupantes mardi soir.
Le sleep-in femmes installé dans une halle de gym de l'école de Trembley s'est vidé de ses dernières occupantes mardi soir.
LAURENT GUIRAUD

Les mots lui sont venus comme ça: «On a l’impression de rêver; mais non, on ne rêve pas.» Le contraire d’une phrase en l’air, sortant de la bouche d’une femme sans-abri, mardi soir, sur le coup de 22h, au beau milieu de la salle à manger de l’Hôtel Bel’Espérance.

Avec une dizaine de ses sœurs de rue, rencontrées depuis le début de l’hiver au gré des hébergements d’urgence, elle découvre sa nouvelle adresse, au pied de la Vieille-Ville, en contrebas du Collège Calvin.

Ensemble, elles écoutent Laurence, la travailleuse sociale, leur annoncer ce qui donne encore plus de poids au rêve éveillé. «La chambre individuelle que vous occupez dès à présent, vous n’êtes pas tenues de la quitter demain matin. Elle est à vous désormais jour et nuit, jusqu’au 19 avril en tout cas.»

Se pincer pour y croire. Aïe! De joie: une chambre à soi, un lit à soi, une douche à soi. «Leurs visages se sont transformés lorsqu’elles ont découvert l’endroit. Partout des smiles qui faisaient chaud au cœur», glisse l’une des instigatrices de la soirée. Tout est allé très vite.

C'est la première fois qu'un hôtel de la place ouvre ses portes aux personnes majeures vivant dans la précarité.
C'est la première fois qu'un hôtel de la place ouvre ses portes aux personnes majeures vivant dans la précarité.

Chronologie accélérée

Retour sur cette chronologie accélérée. La bonne nouvelle arrive de Berne – oui, de Berne - mardi en milieu de matinée. La direction générale de l’Armée du Salut accepte de mettre son unique établissement hôtelier – il n’y en a pas d’autre en Suisse – à disposition du Collectif d’associations pour l’urgence sociale (CAUSE), à l’origine des sleep-in ouverts en différents endroits de la ville.

L’un d’eux était dès le départ réservé aux femmes. Déjà en Vieille-Ville, juste à côté, dans l’église de Verdaine. Puis dans la maison de maître de l’avenue de la Roseraie; enfin, avec l’arrivée du coronavirus, sur l’autre rive, dans une halle de gym de l’école de Trembley.

Trois structures successives inconditionnellement ouvertes à des bénéficiaires durablement précarisées, sans toit ni ressources propres. La dernière, sur ce parquet en bois de salle de sport aux dimensions généreuses, répondait aux règles de distance sociale. Mais il fallait quitter cette même salle le matin pour ne la retrouver qu’à 21h.

Errance forcée

Des journées entières d’errance forcée. Les sans domicile sont deux fois dehors actuellement. Les lieux de repli ont fermé; ceux qui maintiennent une prestation font cantine mobile. Le «à l’emporter» s’est généralisé. «Nous allions marcher au bord du lac, puis nous poser dans les bus et les trains, à répéter plusieurs fois les trajets au chaud, car la bise est forte», témoigne d’une voix fatiguée mais reconnaissante la nouvelle doyenne de l’hôtel.

L'Hôtel Bel'Espérance, géré par l'Armée du Salut, retrouve sa vocation historique: celle d'un foyer pour femmes, créé jadis, dans un siècle où l'on ne parlait pas du coronavirus.
L'Hôtel Bel'Espérance, géré par l'Armée du Salut, retrouve sa vocation historique: celle d'un foyer pour femmes, créé jadis, dans un siècle où l'on ne parlait pas du coronavirus.

Le personnel au complet a été mis au chômage technique – une bonne quinzaine de postes -, mais le directeur, Alain Meuwly, aux affaires depuis 2015 – la 3e étoile obtenue par l’établissement, c’est lui - est toujours sur le pont. Il s’est fendu d’un joli discours d’accueil, rappelant à sa clientèle féminine que l’Hôtel Bel’Espérance fut, dans sa première vie, entre 1932 et le milieu des années 90, un «foyer de la femme», comme en témoigne encore l’enseigne au graphisme d’un autre âge accroché sur la partie supérieure de la façade, à l’angle des rues de Verdaine et de la Vallée.

Dix tables et dix chaises

Pour autant, la soirée n’est pas au cours d’histoire caritative. On mange et on va se coucher. Dix tables et dix chaises, pas une de plus. La belle salle à manger n’a pas été reconfigurée pour faire du lien social. La tempête sanitaire impose ses règles à tous les étages, mais l’on mesure à quel point un hôtel de 40 chambres permet, pratiquement, de confiner ceux et celles qui l’occupent.

Les mineurs non accompagnés, au nombre de dix, placés par le SPMI, font chambres séparés depuis deux semaines déjà dans cet hôtel à vocation chrétienne avant d’être commerciale (six autres sont à l’Accueil de nuit de Galiffe). Un exemple à suivre.

«Pour nous, c’était presque une évidence déclare Alain Meuwly. On donne un élan, la crise sanitaire va, on peut l’espérer, susciter d’autres initiatives comparables. Plus d’un tiers des hôtels de la place ont fermé. Des hôteliers pourraient à leur tour se porter volontaires. Notamment ceux qui gèrent des établissements de catégorie moyenne, équipés de chambres simples à l’entretien facile.»

Force de propositions

Et le personnel de salle, et les encadrants, on les recrute où? Sur le terrain. Ils y sont tous les jours. Le collectif des associations ne relâche pas sa force de propositions. Y compris celle qui conduirait à monter des équipes mobiles pour assurer une présence tournante dans les différents lieux investis.

Les travailleuses sociales, usinées depuis des mois par l’accueil spécifique qu’elles doivent assurer tous les jours, ont lancé le mouvement, en livrant des plats chauds aux adresses de repli – hôtel, pension, studio –, trouvées récemment pour des femmes particulièrement vulnérables qui fréquentaient jusqu’alors le sleep-in.

Structures à taille humaine

L’une est enceinte, une deuxième est accompagnée d’un enfant de six ans, la troisième souffre de toxicodépendances. «Pas question pour elles d’aller dans un lieu d’hébergement aux dimensions de celui qui se prépare à la caserne des Vernets», indique leur protectrice, Claudia, urgentiste de la première heure, favorable elle aussi, par expérience, aux petites structures à taille humaine.

On lui parle ce mercredi à midi, au moment de sa prise de travail, à l’hôtel, un lieu inédit pour elle également. Les nouvelles du jour sont bonnes: «J’ai croisé quatre femmes en arrivant ce matin. Elles avaient moins de cernes, elles étaient contentes et pas stressées. L’accès à internet leur a permis d’entrer en contact avec leurs familles, de leur envoyer des messages.» De dire simplement qu’elles sont en sécurité, là où elles sont.

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