Le plus grand hôtel de Suisse ferme ses portes… et il n’est pas le seul

Hôtellerie genevoiseNeuf établissements accueillent du personnel soignant des HUG.

Le plus grand hôtel de Suisse, avec ses quelque 500 chambres devrait fermer ses portes ce lundi soir.

Le plus grand hôtel de Suisse, avec ses quelque 500 chambres devrait fermer ses portes ce lundi soir. Image: Google Street View

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C’est emblématique, le Starling Hotel Geneva devrait fermer ses portes ce lundi soir, nous confirme une standardiste. Le plus grand hôtel de Suisse, avec ses quelque 500 chambres, n’est de loin pas le seul à jeter l’éponge dans le canton. Une quarantaine d’établissements auraient pris la même décision, sur les 125 recensés par l’Office cantonal de la statistique, dénombre Genève Tourisme.

Le taux d’occupation n’atteint probablement pas 10 % dans la plupart d’entre eux. Pour certains, c’est l’absence de clients qui a mené à la fermeture des portes, comme le narre Christophe de Ram, directeur général de l’hôtel des horlogers à Plan les Ouates. «Le premier impact a été la clientèle internationale qui ne venait plus. Puis ça a été le tour de la clientèle locale liée aux gros chantiers. Il n’y a plus vraiment de demande donc on a sollicité le chômage technique pour nos équipes. L’avantage ainsi c’est que les contrats restent en vigueur, et en cas de reprise les employés sont mobilisables très vite.»

À l’inverse, ce sont des préoccupations sanitaires qui ont incité le Warwick, près de la gare Cornavin, à fermer boutique. «C’est plus par rapport à la sécurité du personnel, affirme le directeur de la restauration de l’établissement, Boris Vachon. On avait encore des clients mais on les a redirigés vers des hôtels aux alentours.» La même réflexion s’est opérée à l’hôtel Bristol, où la clientèle d’affaires habituelle avait fait place à quelques brebis égarées. «On a reçu des touristes arrivant de Zermatt, car le Valais avait temporairement fait fermer les hôtels, avance Xavier Collange, directeur général. Ils essayaient de trouver des vols pour rentrer chez eux, en Russie, en Arabie Saoudite, en Espagne. Ça ne vaut pas la peine de faire prendre des risques au personnel pour deux clients. C’était délicat, jour après jour on sentait les collaborateurs inquiets pour eux-mêmes: on est dans un métier avec des contacts directs.» Des compagnies de sécurité viennent depuis surveiller les lieux, «il faut aussi faire couler l’eau dans les salles de bains pour éviter que les siphons sèchent».

Une des dernières clientes du quatre étoiles supérieur a été redirigé vers le Fairmont (ex Kempinski), dont le directeur, Thierry Lavalley, préside la Société des hôteliers genevois. Il décroche d’une voix éteinte qu’on ne lui connaît pas. «C’est symbolique pour les hôtels de rester ouverts alors qu’il n’y a plus que quelques chambres louées par-ci par-là. Cela dépend de la sensibilité des propriétaires. Les clients qui restent ont un rôle à jouer avec la situation du coronavirus, ils sont par exemple responsables des situations d’urgence dans de grandes sociétés internationales». L’absence de visibilité pèse sur tout le secteur. «On n’est qu’au début du tunnel. Quand on regarde derrière soi, on voit encore le jour. Dans deux semaines, quand on sera au milieu du tunnel, il y aura le noir devant et derrière».

Les portes restent ouvertes coûte que coûte à l’hôtel Richemond, grâce à une clientèle d’habitués présents pour de longs séjours de plusieurs mois (tout comme le Métropole). «Certains disposent d’un pied à terre à Genève mais décident quand même de dormir chez nous au quotidien, décrit Isabelle Isola, directrice de la communication et du marketing. Leurs besoins, c’est d’être chouchoutés, d’avoir ce cocon de services pour se sentir bien, en sachant que toute l’équipe est derrière eux. Le room service est maintenu et leur permet de rester confiné. Cela reste ainsi confortable pour le client en lui proposant une alternative proche de ce qu’il a l’habitude de consommer. On a dû fermer le buffet de petit déjeuner, donc on le propose en chambre uniquement». L’ouverture par temps de crise laisse une partie du personnel les bras croisés. «C’est embêtant de venir pour quatre clients, confesse une collaboratrice de l’hôtel résidence Dizerens, on est un peu désœuvrés.»

Le soignant? le nouveau client

Les HUG indiquent que neuf hôtels - dont les noms ne sont pas communiqués - accueillent à l’heure actuelle du personnel soignant. «L’objectif est que les collaborateurs mobilisés pour la prise en charge des patients, puissent, après des journées trop longues, trouver le repos adéquat, rappelle le service médias.» Les établissements ont été choisis dans un rayon de proximité des différents sites de soins, comme Cluse-Roseraie, les Trois-Chênes, Loex, de manière à pouvoir être rejoints à pied. Certains ont fait un geste commercial… d’autres pas. 200 nuitées ont été réservées dans ce cadre. Et une centaine de particuliers se sont aussi proposé pour l’hébergement.

Non loin du site principal de l’hôpital, la Cour des Augustins déclare faire partie de la liste, et avoir proposé un «tarif préférentiel confidentiel pris en charge par les HUG». Elle maintiendrait ainsi un taux d’occupation d’environ 70 % en ce moment. Aux Pâquis, l’hôtel Royal, seul rescapé du groupe Manotel, aurait également ouvert ses lits, «à prix coûtant, répond Paul Muller, son directeur, le ton las. On fait ce qu’on doit faire, ce sont des gens qu’on est contents d’avoir quand tout va bien, il faut les accueillir quand tout ne va pas bien.»

Créé: 23.03.2020, 18h45

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