Fermeture des parcs de jeux en ville de Genève

ReportageLes terrains de sport dans les préaux d’écoles ou encore les aires de jeux sont désormais interdits au public partout dans la ville.

Sur les deux rives, toutes les aires de jeux municipales sont désormais enguirlandées par les rubalises de la police. Surfaces ludiques partout confinées. Ici dans le parc Geisendorf.

Sur les deux rives, toutes les aires de jeux municipales sont désormais enguirlandées par les rubalises de la police. Surfaces ludiques partout confinées. Ici dans le parc Geisendorf. Image: Lucien Fortunati

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C’est Victor, deux ans, qui annonce la nouvelle à sa mère, dans un français impeccable, sans descendre de son petit vélo: «Tout fermé, maman…» Oui, tout est fermé. Des kilomètres de rubalises ont été tirés dans les surfaces ludiques de la ville. Ces rubans de signalisation en deux couleurs balisent désormais tout ce qui, hier encore, faisait office d’aire de jeux à Genève.

Hier, c’était lundi en fin de journée, quand la police municipale s’est déployée sur ordre sanitaire dans ces lieux de plein air joliment aménagés où la tentation de s’y retrouver à plusieurs est grande, particulièrement par beau temps, c’est-à-dire tous les jours. La météo, en passant, se montre à cet égard décourageante.

Innocence perdue

Donc, sur les deux rives, des agents dévidant leurs rouleaux, afin de délimiter des zones interdites par dizaines, dans des périmètres souvent proches des préaux d’école. Ces sports innocents, qui s’inventent au ras du goudron – foot, basket, ping-pong – ne le sont plus. Les balançoires, les toboggans, les agrès, les cordages tissant leurs toiles d’araignées sont à leur tour prohibés.

Les agents ont dû parfois se muer en gymnastes pour accrocher leurs panneaux d’interdictions et «suturer» des paniers haut perchés réservés aux grandes tailles. A Geisendorf, par exemple, des basketteurs faisant aujourd’hui carrière aux Etats-Unis ne reconnaîtraient plus leur ancienne cour d’école.

Surveillance quotidienne

Victor a raison: «Tout fermé!» Et sa mère ne cache pas sa satisfaction à la vue de ce balisage dissuasif. «Je vous avoue que ça m’arrange», glisse-t-elle, soulagée d’être soutenue dans sa surveillance quotidienne. Tous les âges se retrouvent ainsi à égalité d’interdits, face à ce plein air qui se confine à vue, se soustrait et se fige dans son inactivité forcée.

Sur les deux rives, toutes les aires de jeux municipales sont désormais enguirlandées par les rubalises de la police. Surfaces ludiques partout confinées. Ici dans le parc Geisendorf. (Photo Lucien Fortunati)

Le sort réservé aux chevaux à bascule du parc aux hippopotames, au pied des falaises de Saint-Jean, est le même. Ligotés, les chevaux en bois, coupables ensemble d’une faute qu’ils n’ont pas commise. Sinon de garder sur eux les germes égarés de la maladie.

Les mains qui touchent

«On n’en veut pas aux accessoires, mais aux mains qui les touchent», répète, ce mardi matin, un agent qui était déjà très écouté la veille au soir. Comme est lu à la lettre le panneau fixé à chaque entrée donnant sur un espace de jeux: « Mesures de prévention. Le lieu est fermé jusqu’à nouvel avis. Covid-19, Stop-Stop-Stop.»

Les amateurs de musculation en plein air sont également concernés par la mesure prise. Fini le «proxisport», à midi comme à minuit. Il y a moins d’une semaine, on rencontrait encore ses adeptes jusque tard dans la nuit pour recueillir leurs confidences essoufflées, à bonne distance de sueur, tous et toutes profitant de ces équipements sportifs destinés aux adultes, répartis par la Ville de Genève dans une dizaine d’endroits différents.

Les jeux d'enfants comme les équipements sportifs pour adultes sont désormais interdits d'accès. Ici dans le parc Geisendorf. (Photo Lucien Fortunati)

L’un d’eux nous expliquait que son appartement était trop petit pour héberger ses sessions de pompes et tractions. Il devra s’y résoudre, trouver d’autres prises en hauteur, renoncer à la verticalité, se replier sur lui-même.

Respect de l'interdiction

Et que fait-on des contrevenants, demande la juge désignée des comportements nouvellement interdits? Il n’y a pas de contrevenants. En temps normal, il n’est pas rare de tomber sur un ahuri en train d’arracher le ruban de la police ou de passer dessous pour mettre un pied, puis l’autre, dans la zone sécurisée. Là, non. On retourne, toujours ce mardi, voir les aires de jeux mises à l’index. Elles sont désertes. Les parcs publics, de petite et moyenne taille, voient leurs visiteurs habituels les fuir.

«En début de semaine, il y avait encore beaucoup de monde dans les cheminements de Geisendorf, raconte cette habitante de la Rive droite. Les attroupements ont enfin cessé. Du moins la journée.» La dame qui témoigne se déplace avec ses trois bichons (Malu, Bambou et Mia), des couche-tôt de père en fille. La nuit est plutôt l’affaire des rondes policières.

Du passage nocturne, certes, mais point d’aller-retour. Les silhouettes dans la pénombre sont celles des bénéficiaires fréquentant les sleep-in aménagés dans les proches halles de gymnastique. Des corps fatigués, contents d’aller se coucher sur leur lit de camp.

Créé: 24.03.2020, 17h43

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