La rédactionConstituante: ainsi le Valais reste le Vieux-Pays
La nouvelle Constitution valaisanne s’apparente davantage à un dépoussiérage qu’à un texte moderne.
«Dessine-moi une Constitution pour le XXIe siècle.» C’était l’invitation, il y a six ans, de ceux qui voulaient réviser le texte fondateur des Valaisans, datant de 1907. Mis sous toit mardi, le texte sera soumis au vote l’an prochain. On aurait dû y penser, mais lorsqu’on cite l’écrivain aviateur Antoine de Saint-Exupéry, le risque de ne pas être à la hauteur est grand. Et il faut bien l’admettre, au bout de six ans de travaux qui auront coûté 8 millions de francs aux contribuables, la carlingue dans laquelle les Valaisans sont priés d’embarquer ne fait pas rêver.
En fait, les véritables modifications sont politiques. Le Conseil d’État passe de cinq à sept membres. Les treize districts sont remplacés par six régions dont la fonction paraît davantage relever du découpage électoral que d’un échelon administratif utile dans un canton de 380’000 habitants. Six régions mais toujours treize étoiles sur le drapeau, comme un symbole de la paralysie que certains taxeront de compromis. Quand le peuple votait à 72% pour réviser totalement la Constitution, le mandat donné pouvait paraître plus ambitieux. D’autant que les deux autres éléments majeurs, le droit de vote communal aux étrangers et un congé parental, sont soit soumis à un vote supplémentaire soit dépendants de décisions fédérales.
Les constituants rétorqueront qu’il y a çà et là des notions sur le numérique, le développement durable et quelques bricoles sur la justice, mais rien qui fasse véritablement XXIe siècle, d’autant que celui-ci arrive déjà à son quart. Et qu’on ne s’y méprenne pas: les (petites) révolutions auraient pu être aussi bien conservatrices que progressistes. On pourrait entendre qu’il faille ancrer davantage certaines valeurs, tout comme il aurait été légitime de se vouloir plus universaliste. Mais ce débat de fond n’est pas allé plus loin que le préambule qui gardera finalement sa forme d’origine: «Au nom de Dieu tout-puissant».
«Pire, ce texte qui devait rassembler met aujourd’hui en exergue un canton plus fracturé que jamais, avec un Haut-Valais qui ne se retrouve en rien dans ce projet.»
Par exemple, aux premières loges face au changement climatique, le Valais aurait pu être pionnier. Il aurait pu y parler de son territoire, de ses ressources en termes forts. Des lignes directrices trop importantes pour être repoussées dans d’hypothétiques lois. Mais oubliant son passé de bâtisseur de barrages, le canton se la joue désormais sculpture sur nuage.
Et il y a peut-être le plus décevant: la Constituante se rêvait affranchie des logiques de partis, elle en aura été larvée, peut-être plus encore que l’est le Grand Conseil. Pire, ce texte qui devait rassembler met aujourd’hui en exergue un canton plus fracturé que jamais, avec un Haut-Valais qui ne se retrouve en rien dans ce projet. Au fond, c’était peut-être écrit, Saint-Exupéry n’a jamais su dessiner de mouton au Petit Prince, il a dû se contenter d’une caisse. Alors, une Constitution… Aux attentes (trop) élevées, le Valais répond par ce texte sans véritable ambition. Et n’en déplaise à ceux que cette étiquette agace, ce n’est pas ainsi qu’il se débarrassera de son surnom de «Vieux-Pays».
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